side_navigation keyboard_arrow_up

OSS-18

visibility 4
article 515
Par Rimeko

L’espace d’un instant, tendu à se rompre, vous ne pouvez détourner le regard. L’œil fore à travers les strates de votre être. Il voit. Il sent. Vous êtes un insecte épinglé sous l’attention d’une éclipse vaste comme une pupille où l’Orphée lui-même paraît pouvoir sombrer.

Votre cœur bat dans votre gorge, prêt à vous étrangler, misérable créature que vous êtes. Ici, la peur pare les ténèbres de crocs prêts à se refermer sur vous, voraces, prêts à craquer vos os pour en extraire la moelle, là où se terre cette délectable animale terreur. Vous vous arrachez à grand peine à ce jugement d’écorcheur. Sans bruit, les ombres ricanent.

Vous trouvez le couturier à vos côtés, plus proche encore, matérialisé là comme un spectre. Son masque grimace son éternel sourire – celui d’une bête qui gronde – et vous vous dites que ses yeux sont gris, ou peut-être bleus, mais pâles comme celui, en-dessous, qui terrifie votre équipage. Vous, vous n’avez pas peur. Vous ne pouvez pas vous le permettre.

« Ce qui bat », vous souffle le couturier – et il vous tend son coutelas, sa lame aiguisée jusqu’au fil d’un soupir, la pointe entre deux doigts et la poignée vers vous. Sa main ne tremble pas. La vôtre, si. Il n’y a pas d’autre échappatoire, car il reste bien une chose que l’océan sans soleil respecte en toute circonstance : une offrande rouge.

Le cœur lourd, vous vous approchez de votre plus jeune matelot. Il vous regarde, sans vouloir comprendre, et articule un mot sans souffle. Vous le bousculez, le faites tomber à terre et l’immobilisez sous votre poids. Ses yeux sont immenses. Dans ceux-là, pourtant, vous ne pouvez basculer corps et âme. Il appelle sa mère–

D’abord, vous lui tranchez la gorge. Vous ne supporteriez pas d’entendre ses supplications.

Vous l’ouvrez de la gorge au nombril, comme un poisson. Puis, méthodiquement, vous séparez chacune de ses côtes de son sternum. Il y a une vis dans celle du bas, rouillée, peut-être l’œuvre de votre couturier. La cage thoracique s’ouvre avec un grincement de charnière et vous plongez les mains dans cette chair rouge et frémissante. Vous soulevez le cœur de votre plus jeune matelot hors de sa poitrine. Il ne s’arrêtera pas : aucun de vous ne peut mourir.

Vous mordez dedans avant de l’offrir, palpitant et sanguinolent, à l’avidité des vagues.

Quand vous vous redressez, essuyant vos mains poisseuses sur votre pardessus, le corps à vos pieds se tortille toujours. Le couturier s’approche, silencieux. Il l’attrape par-dessous les aisselles, le tire et le traîne jusqu’à la cale. Il refermera la seconde bouche qui bâille dans sa gorge, ressoudera ses côtes, recoudra la peau ici aussi. Sans-cœur désormais, votre matelot continuera de servir.

Le reste de l’équipage vous considère avec horreur, mais nul n’a protesté.

Pousser plus loin, au-delà des crocs de roche

Virer à tribord, loin des écueils mais là où gronde l’orage

Commentaires

forum Fond et forme exigeant
Seuls les membres peuvent accéder aux commentaires.