side_navigation keyboard_arrow_up

OSS-17

visibility 4
article 679
Par Rimeko

Vous retrouvez des eaux plus sûres, où une douce bioluminescence souligne la crête des vagues. L’air est frais et délicatement bleuté comme des cubes de glace cliquetant au fond d’un verre. Un matelot évoque des rumeurs de leurres et d’yeux dans les flots. Les autres le font taire.

Un fusilier suggère encore de capturer cette eau luisante dans des fioles de verre – peut-être pourriez-vous en tirer un bon prix – mais l’idée ne récolte que peu de partisans. Il y a peu, la Capitaine de l’Alcide a ordonné de tapisser sa cale de miroirs afin de dérober l’éclat des étoiles, construisant ainsi, sans le savoir, son propre brasier funéraire. Son vaisseau a disparu corps et âme. Déjà, l’Orphée sous vos pieds tremble et fume comme une bête à qui on en aurait trop demandé. La lampe clignote par intermittence, les moteurs hoquètent, le tout à la limite de la surchauffe. Vous ne pourrez pas repasser en surrégime.

Vous détachez vos doigts du gouvernail, un à un, expirez longuement, puis ordonnez à l’équipage de rester à leur poste et vous dirigez vers la cabine de commandement.

« La Ceinture australe », déclare votre navigateur lorsque vous franchissez le seuil.

Appuyé contre le bureau, le couturier s’occupe de nettoyer les plaies que les ongles du navigateur ont creusé dans sa propre chair. Il est rare de le voir manier gaze et alcool, au lieu des aiguilles qui ont inspiré à l’équipage son surnom, sans parler des clous et outils qui également pendent à sa ceinture. Son rôle est de maintenir les choses en un seul morceau. Quant au coutelas rituel... Mieux vaut ne pas l’évoquer. Le couturier lève les yeux à votre entrée – des yeux incolores, par-dessus son masque figurant la gueule d’un animal disparu – puis il retourne à sa tâche sans un mot.

Votre navigateur ajoute que droit devant, au-delà des lueurs de la Ceinture australe, se dressent nombre écueils qui vous forceront à naviguer avec une extrême prudence. Vous réfléchissez déjà à quel membre d’équipage devrait relever la vigie pour négocier ce passage difficile alors que vous faites machinalement jouer votre épaule ankylosée. Il va donc vous falloir maintenir votre concentration à la barre, mais si déjà vous n’avez plus à vous soucier d’une poursuite...

Votre contremaître toque au chambranle et vous annonce, fronçant le nez, que du lointain vous parvient l’écho d’une envoûtante mélopée. Des sirènes rôdent.

Votre perte chante à bâbord, apprenez-vous, et votre navigateur trace sur la carte un arc partout ailleurs, précisant avec une grimace que ces eaux-là sont risquées, d’après ses cartes, les fonds marins affleurant à la surface en meurtrières flèches de roc.

Alors que vous repartez affronter les ténèbres au dehors, le couturier tend la main et vous retient par le bras. Vous marquez une pause.

« Vous tenez le coup, Capitaine ? »

Bien sûr. Il n’y a pas de raison. Vous ne seriez pas Capitaine si vous fléchissiez à la première difficulté. Vos yeux sont secs et vos doigts douloureux, mais vous savez pouvoir ignorer tout inconfort avec l’ancre solide du gouvernail entre vos mains. Et cette angoisse qui gigote dans votre ventre comme des anguilles que l’on découpe ? Ce n’est rien que le fruit pourri de votre imagination. Le couturier vous relâche avec un mouvement de tête pour lui-même.

« La peur a une odeur, dit-il simplement. Elle les attire. »

Vous touchez, machinalement, l’étoile nautique tatouée par-dessus votre cœur, puis vous rajustez votre casquette et reprenez votre place à la barre. Vous êtes bien conscient que le couturier vous emboîte le pas. Devant vous, pris dans les feux de votre lampe de proue, se dresse le premier croc.

Juste sous la coque de l’Orphée, large comme une lune aveugle, s’ouvre un œil. Il vous fixe.

Abandonner cette folie et retourner au port, tant qu’il est encore temps

Continuer (vous n’avez pas peur)

Virer à bâbord et combattre les sirènes

Tenter... autre chose

Commentaires

forum Fond et forme exigeant
Seuls les membres peuvent accéder aux commentaires.