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OSS-15

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article 446
Par Rimeko

Vous ordonnez qu’on prépare les canons et l’équipage, jusque là pétrifié d'horreur, s’empresse de vous obéir. Votre maître-artilleur dirige chacun à son poste. Vous n’avez toutefois pas le temps de faire feu que le kraken jaillit à la surface, livide comme le ventre d’un poisson mort, comme un squelette mis à nu. Ses yeux ne reflètent aucune étoile. Un instant, votre regard est happé dans les profondeurs de ces deux gouffres noirs–

–puis ses tentacules se referment sur l’Orphée. Vous dégainez votre coutelas, bien inutile cependant contre l’épaisse peau du monstre. La lame glisse sans faire de dégâts, s’enfonçant à peine de quelques pouces – une égratignure dérisoire pour un appendice plus large qu’un homme n’est haut. D’implacables ventouses se plaquent sur la coque, déjà leurs denticules s’y enfoncent et le métal hurle sous l’assaut.

Quant aux matelots emportées par le monstre, leurs cris cessent bien vite avec le craquement de leurs os. Même les non-morts ne peuvent crier sans air dans leur poumons, et il n’y a pas d’air là où bouillonne le sang. Chair et esquilles blanches se mêlent, avant d’être englouties par l’océan. Le réservoir percé, le fioul se mêle aux eaux sombres comme du goudron. Dans le chaos des vagues et du combat, le faisceau de votre lampe de proue déchire la nuit, roulant comme l’œil d’une bête à l’agonie, accrochant des reflets huileux d’arc-en-ciel déments, rehaussés de bouillonnements écarlates.

Un canon fait feu, bien tard, trop tard. Un tentacule lâche le bastingage, un autre le remplace. La voix de votre maître-artilleur se brise. Quelqu’un aboie un ordre. Peut-être est-ce vous. Peut-être vous accrochez-vous encore un peu à l’espoir – sauf que le kraken, lui, s’accroche plus férocement encore à votre navire.

Vous vous brûlez les mains en tentant de recharger le canon, mais tout est fini : le kraken, ses yeux en hallali d’étoiles juste à la surface de ces eaux éclaboussées par votre ruine, s’empare de la proue et de la poupe de l’Orphée. Et il tire. Le pont tremble sous vos pieds. L’acier se tort, se déchire, s’arrache. Dans un fracas de fin du monde, l’Orphée cède sous la pression de ce titan.

Le choc de l’eau froide vous coupe le souffle et, quand vous inspirez...

Vous rejoignez les bancs des noyés bleus et bouffis, avec leurs cheveux d’algues et leurs sourires noirs, prisonniers à jamais des vagues. Jamais plus vous ne remettrez pied à terre.

Vous avez fait naufrage.

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