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Samedi 15 Mai 1819 - The Old Claddagh Ring

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Par Pouiny

Ah, qu’il est bon de retourner à la civilisation ! Je n’ai pas pris le temps d’écrire mes aventures jusque-là ; il faut dire qu’à partir du moment où j’ai atteint Ballyvaughan, j’ai l’impression que le temps s’est soudainement accéléré et que les heures passaient en un claquement de doigts. Mais j’ai quitté le Burren sans regret, bien que je garderai toujours ces plaines dans mon cœur, malgré la souffrance qu’elles ont pu me causer. J’ai pu réparer ma boussole au petit village et après quelques jours de repos, j’ai repris ma route en suivant la côte vers le nord. Nous avons marché avec Richard… jusqu’à aujourd’hui, ou nous avons atteint non sans mal la grande ville de Galway !

Heureusement que nous sommes retournés dans les interactions sociales progressivement au fil du chemin, puisque je pense que même le chien géant avait perdu l’habitude des humains après tant de semaines à vagabonder sans limites dans le désert sans fin. Et le port de Galway était noir de monde ! Je ne me suis pas attardé. Après tant de jours de marche, j’avoue que je n’avais plus qu’une envie : mettre mes pieds nus dans l’eau salée. Cela tombait bien, car après quelques discussions sur la grande place, j’ai cru comprendre que la baie de Galway était particulièrement réputée.

J’ai longtemps hésité avec un bon pub et de la musique, je le confesse. Mais Richard était si fébrile en ville qu’il a fait pencher la balance. Nous voilà ainsi, devant le coucher de soleil blanchissant la mer à nos pieds. Les paysages sont magnifiques, certes ; mais les galets sont durs et l’eau me donne soif. Ça n’arrête pas le grand lévrier qui s’est mis en tête de poursuivre les vagues et mordre la houle.

La mer est agitée et bien que les cailloux donnent envie de ricocher, c’est définitivement peine perdue. Je me fais passer pour plus romantique que je ne le suis vraiment à faire semblant d’admirer le coucher de soleil sur la plage et soupirer comme si c’était la plus belle chose que j’avais pu voir de ma vie. En vérité, le décor est assez proche de ce que je pouvais me plaire à observer depuis les baies de Dublin. Même si ici, je redécouvre à l’horizon les îles d’Aran. À nouveau, je me perds dans mes rêveries en devinant cette fois-ci face à moi la plus grande des îles de l’archipel, Inis Mór. Y irai-je ? Qu’y verrai-je ? Et comment traverser une mer aussi peu hospitalière ? Mais bientôt, mon regard a dérivé autour de moi, comme si je cherchais comment m’occuper. Et je viens d’apercevoir à l’instant une jeune fille s’assoir non loin de moi, chantonnant une petite mélodie qui m’est inconnue. C’est sa main qui a attiré mes yeux ; une étrange bague a son annulaire droit, dont les rayons de soleil faisaient scintiller l’or. Je n’ai rien de mieux à faire, et elle a réussi avec toute son innocence à attiser ma curiosité. Posons un peu le carnet, peut-être que j’y reviendrais avec une nouvelle histoire à raconter.

Le voyage a peut-être affuté mon flair. Je me doutais que j’aurais sûrement quelque chose à tirer de cette rencontre, mais je ne m’attendais pas à tant ! À peine approché, je lui ai vite demandé quel était cet anneau qu’elle portait à son doigt et ce qu’il représentait. Elle était très fière de me montrer ce magnifique bijou de famille, hérité de son aïeule. J’ai eu droit à tout l’historique du clan Joyce de la ville de Galway ! Néanmoins, je dois dire que c’est surtout l’histoire de sa bague qui a gardé mon attention. Elle est bien singulière ; un cœur orné d’une couronne trône en son centre, tenu par deux mains de chaque côté. Elle m’a expliqué qu’il y a longtemps, son aïleul Richard Joyce était tombé amoureux d’une fille dont il n’avait pas obtenu la main, mais dont il avait fait la promesse d’épouser. Mais en ce temps-là, le travail était dur en Irlande ; il dut quitter l’île pour en rejoindre d’autres à l’autre rive de l’océan, espérant revenir victorieux et riche au pays afin de la couvrir d’or. Cependant, tout ne s’est pas passé comme prévu dans les Caraïbes ; bientôt, il fut capturé par des marchands d’esclaves qui l’ont vendu à un forgeron d’Alger, quelque part en Afrique. L’ancêtre ne se dégonfla pas et œuvra d’arrache-pied chez son propriétaire, jusqu’à maîtriser l’entièreté des techniques d’artisan de la forge. Pendant ce temps-là, les îles britanniques vécurent un bouleversement majeur de leur histoire ; le Roi Jacques II d’Angleterre, à qui la couronne revenait de droit, fut renversé par un étranger du Nord du nom de William d’Orange, mettant fin à la dynastie catholique qui s’installait. Si ce conflit fut l’un des plus grands désespoirs dans la vie des Irlandais selon Grand-père, ce fut un sauvetage pour l’aïeul Joyce, car le nouveau Roi envoya immédiatement une lettre à Alger afin que soient relâchés les esclaves venant de ses terres. De joie, il passa la nuit entière à confectionner cette bague que j’ai pu observer aujourd’hui. Son ancien propriétaire l’aimait tant qu’il tenta de le garder en lui promettant sa richesse ainsi que la main de sa fille, mais avec respect pour celui qui lui avait tout appris, il refusa poliment et s’en alla retrouver celui à qui il avait promis son cœur à Galway. Avec les cadeaux du forgeron et son nouveau savoir-faire, il la demanda pour épouse avec cet anneau et en déclarant : « Let love and friendship reign ! » Que l’amour et l’amitié règnent !

Aujourd’hui, cet anneau est transmis de génération en génération dans le grand Clan Joyce de Galway. S’est même créé, selon la jeune fille, un symbole dans la façon de le porter. Celui qui met l’anneau à la main droite n’a pas encore connu l’engagement. Si le cœur pointe vers l’extrémité des doigts, la personne cherche l’amour. Si le cœur pointe vers la poitrine… eh bien, même sans être fiancé, quelqu’un a capturé le cœur de celui qui le porte, et restera fermé à tous ceux qui se présenteront. J’ai par conséquent prêté attention au sens de la bague sur elle ; le cœur pointait vers son sourire radieux. Dommage pour moi ! Je lui ai alors demandé qui avait donc la chance d’avoir son amour. Mais elle m’a simplement répondu avec un peu de malice : « c’est une histoire que je garderai pour moi ! »

J’ai bien tenté de lui promettre ce que j’avais sur moi, j’ai même essayé de négocier Richard ! Mais rien à faire, son silence mystérieux est resté jusqu’à la tombée de la nuit. Je n’eus que pour tout récit supplémentaire le chant qu’elle tenait de sa mère parlant de cet anneau. Une belle chanson au demeurant, si bien que je suis quand même gagnant soir…

The old Claddagh ring it belonged to my granny

She wore it a lifetime and gave it to me

on her worn finger she wore it so proudly

’Twas made where the Claddagh rolls down to the sea.

What tales it could tell of trials and hardships

And the grand happy days when the whole world would sing

Away with your sorrow,’twill bring life tomorrow

Being everyone loves it, the old Claddagh ring.

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