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Chapitre 6 : Elian - Mise à prix

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Par Nathalie

Elian s’éveilla dans un lit d’une chambre simple sans décoration. Dolandar méditait sur le sol à côté d’elle. Il ouvrit les yeux dès qu’elle se releva, preuve qu’il la surveillait de près.

- Tu es plus pâle que la neige. Je vais te faire porter à manger et à boire.

Dolandar ouvrit la porte, discuta avec un homme dans le couloir puis la referma. Il s’assit sur le lit près d’elle puis lança :

- Ta tête est mise à prix et tu cherches le commanditaire.

Aucune critique dans le ton. Une affirmation.

- Ma tête était mise à prix, le corrigea Elian en insistant sur le verbe conjugué au passé.

- Les assassins officiels de Falathon vont arrêter de vouloir te tuer. Et le reste de la population ? S’il a autant d’argent que ça, il trouvera d’autres bras. Qui est cet homme ?

- Je ne sais pas, admit Elian. N’importe qui, apparemment.

Un homme assez influent pour être écouté par les elfes noirs… et les orcs… Assez riche pour acheter Falathon tout entier. Et il désirait l’anneau d’Elgarath. Pourquoi ?

Un homme entra avec de quoi se restaurer puis ressortit. Elian mangeait tout en parlant.

- J’aimerais retrouver Beïlan, annonça Elian.

- Pour l’interroger, comprit Dolandar. Personne n’a compris pourquoi tu demandais après lui. Nous avons tous mal compris tes intentions.

Les prunes savoureuses adoucirent les traits d’Elian.

- Vous croyiez quoi ? Que je voulais le baiser ?

Dolandar ne dit rien. Son silence le fit pour lui.

- Ça vous arrive de penser à autre chose qu’au sexe ?

Dolandar fronça les sourcils. Elian n’en revint pas. Apparemment, non. Elle était censée gouverner un peuple qui ne pensait qu’à baiser. Rien de bien enthousiasmant.

- Je suis épuisée, indiqua-t-elle avant de se coucher, sous le regard dégoûté de Dolandar.

Elle fut réveillée par son protecteur.

- Elian, ça fait deux jours que nous sommes là. Ceïlan et Theorlingas vont craindre le pire. Il faut les rejoindre.

Elian, encore embrumée, hocha la tête. Elle se leva, avala un bol de jus de fruit et quelques abricots puis suivit Dolandar dans les couloirs derrière un assassin leur servant de guide. Arrivée devant la cour menant à l’extérieur, Elian se figea tandis que Dolandar avançait sans se rendre compte que sa reine ne le suivait plus. Il stoppa lorsqu’il s’aperçut de son arrêt.

- Elian, tu viens ?

Elle ne bougea pas. Arnaud apparut près d’elle.

- Il va falloir l’affronter, le monde réel.

- Je sais, dit Elian en pleurant.

- Donne tes bras.

Elian se tourna vers le maître de la guilde des assassins et obéit sans crainte. Il retira ses bras d’archer et en plaça deux nouveaux. Le cuir vert et bleu était sculpté d’entrelacs.

- Les autres juraient trop avec ta tenue, indiqua Arnaud. Ceux-là passeront inaperçus.

- Merci, Arnaud, dit Elian en testant son nouvel équipement.

- Prends ça aussi, dit-il en lui tendant une ceinture tenant un fourreau de cuir noir contenant une dague et deux couteaux de lancer. Ton matériel fait peine à voir. Je me fiche que la reine d’Irin soit mal équipée mais un de mes assassins, certainement pas. J’ai un certain standing à tenir, figure-toi !

Elian rit. L’arme équilibrée s’ajusta à sa main.

- Bon courage, murmura le maître de la guilde des assassins. Tu vas y arriver. Tu es forte.

- Lui aussi, répondit Elian avant de rejoindre Dolandar, chaque pas pesant, comme si la terreur engluait ses pieds.

Son corps, faible et tendu, refusait d’avancer. La peur, cette compagne invisible, s’accrochait à elle comme une ombre.

Aucun mot ne fut échangé entre les deux elfes durant tout le trajet les menant au palais royal. Ils furent accueillis en grande pompe lors d’une cérémonie très ennuyeuse. Enfin, Elian put, collée par Dolandar, parler en privé avec Bran lui même protégé par Ceïlan.

- Ma femme est morte, lâcha Bran sans détour, les mots tombant comme une lourde pierre dans l'air lourd de la salle.

- Tu viens de devenir père de deux adorables petites filles, le contra Ceïlan.

La mort en couche d’une femme à Irin était toujours pleurée mais si elle avait permis la naissance de deux filles, alors la fête aurait duré plusieurs lunes.

- Toutes mes condoléances, dit Elian. Je suis navrée que rien n’ait pu…

- Ceïlan peut te soigner du métal noir mais pas ma femme d’un accouchement ? gronda Bran. Peut-être qu’il n’y a pas mis tout son cœur parce que ce n’est qu’une humaine.

- Ceïlan ne m’a pas guérie, chuchota Elian à l’oreille de Bran. Je tiens à peine debout. J’ai régulièrement des crises. En réalité, Bran, je suis à l’agonie.

Elian se recula pour permettre à Bran de digérer l’information. Le roi de Falathon chercha des yeux une réponse qui ne se trouvait nulle part.

- Pourquoi ? Pourquoi ?

Son regard passa sur chacun des elfes présents, un par un. Ceïlan et Dolandar gardèrent les lèvres serrées.

- J’aimerais un endroit privé, dit Elian, un vrai, me permettant de me passer de nos deux protecteurs. Je voudrais te parler, à toi, et seulement à toi.

Dolandar et Ceïlan tiquèrent. Leur reine souhaitait s’entretenir seule avec le roi des humains de Falathon, sans eux. Elle ne les incluait pas dans son cercle de confiance. Ils grincèrent des dents. Bran hocha la tête et fit signe à Elian de le suivre. Les trois elfes parcoururent de nombreux escaliers pour finir sous terre, dans ce qui ressemblait aux fondations du château. Là, se trouvaient des geôles.

- Elles sont toutes vides, indiqua Bran. On ne s’en sert plus. Il n’y a qu’une seule entrée. Nos gardiens peuvent se poster là. Nous irons plus loin en avant afin d’être tranquilles.

Elian hocha la tête.

- Je vous ordonne de rester là et de tout faire pour ne pas entendre ma conversation avec Sa Majesté Bran Eldwen, c’est clair ?

Ceïlan et Dolandar hochèrent la tête. Les deux chefs s’éloignèrent.

- Pourquoi un tel subterfuge ? Pourquoi faire croire que Ceïlan t’a soignée ?

- Pour que notre adversaire ne tente pas de s’en prendre à toi de cette manière. À quoi bon si c’est voué à l’échec ?

- Notre adversaire ? Mais de qui parles-tu ? Que crains-tu ? Les elfes noirs sont partis. Les orcs aussi. La paix est de retour. Tu es… sur tes gardes, en permanence. J’avoue ne pas comprendre.

- Qui a réuni les tribus orcs ? Qui les a amenés à déraciner des arbres pour réaliser une trouée ? Qui est cet allié des elfes noirs qui veut ma mort ?

Elian sortit de son aumônière la mise à prix. Bran pâlit en la parcourant.

- Laellia m’avait prévenu mais le montant est … ahurissant ! Le royaume de Falathon ne serait pas capable de débloquer une telle somme. C’est inimaginable. Pourquoi en vouloir à ce point à la comtesse d’Anargh ? Non pas que je te dénigre, mais la plupart des nobles ne savent même qui est chargé de ce comté sudiste. J’ai cherché. J’ai interrogé des gens. Impossible de connaître le commanditaire.

- Ça sera d’autant plus difficile maintenant que le sceau de la mort s’est éloigné de moi. Les assassins ne me chercheront plus. Je m’en suis assurée.

- Cela n’implique pas que tu sois hors de danger. Les officiels ne te courent plus après. Des individuels, des brigands, des mercenaires, en revanche… Avec une telle somme, il peut acheter à peu près n’importe qui. Pourquoi toi ?

- Ce n’est pas la comtesse d’Arnagh qu’il a en ligne de mire… pas seulement disons. Cet homme, qui qu’il soit, est le même que celui qui a tenté de s’approprier l’anneau d’Elgarath peu avant ton mariage.

- Qu’en sais-tu ?

- Je le sais, c’est tout. Il est là, actif, agissant dans l’ombre, fantôme insaisissable. Il porte sur lui, dans une simple bourse, le montant de ma prime, en pierres précieuses.

- Impossible ! C’est du délire ! Ta blessure t’a rendue paranoïaque ! Tu as vécu des évènements traumatisants, je comprends mais je t’assure, tout va bien maintenant.

- Non, ça ne va pas. Trop de questions restent sans réponse. Si on ne sait pas pourquoi les orcs ont agi de la sorte, cela pourra se reproduire n’importe quand. D’autres trouées pourraient apparaître.

- Et les nobles veilleront…

- Comme le duc de Phalté le faisait ? Le fantôme ne s’arrête devant rien. Il dispose d’une quantité d’argent hallucinante lui permettant de corrompre à peu près n’importe qui. À quel point es-tu sûr de la loyauté de tes sujets ? Les miens se sont retournés contre mon prédécesseur et ont désobéi à un ordre direct de sa part.

- Le soutien des elfes a été crucial, répliqua Bran.

- Ça ne fait pas moins d’eux des traîtres, contra Elian.

Bran grimaça.

- Un mariage royal devait avoir lieu le mois dernier, dit Bran. Laellia a été déclarée souffrante. En apprenant ton arrivée prochaine, j’ai fait savoir que Ceïlan soignait Laellia et qu’elle serait bientôt en mesure de se rendre au mariage auquel sa présence était cruciale, sans que personne ne sache trop pourquoi.

- Parfait. J’amènerai l’anneau là-bas, ne t’inquiète pas.

- Tu crois que ces protections sont encore nécessaires ? Je veux dire… À quoi bon récupérer une babiole comme celle-là, maudite qui plus est ? Quel intérêt peut-il y avoir à empêcher des unions royales ?

- Les elfes noirs ont enlevé Laellia afin d’obtenir d’elle l’emplacement de l’anneau d’Elgarath, indiqua Elian.

- Non, la contra Bran. Ils l’ont enlevée parce qu’ils pensaient m’affaiblir en agissant de la sorte, me pousser à me rendre, otage contre…

- Non, insista Elian. Beïlan voulait faire parler Laellia. Il avait prévu de me torturer pour la forcer à divulguer l’information désirée par leur allié et je sais aujourd’hui que cet homme désire l’anneau d’Elgarath. Faire le lien n’a pas été difficile.

Bran fronça les sourcils. Elian lui fit signe de revenir vers leur escorte aux oreilles pointues.

- Et si tu m’expliquais ce qui s’est passé sous les murailles ? Depuis quand tu es une elfe ?

- Depuis ma naissance, ricana Elian alors que Ceïlan et Dolandar leur emboîtaient le pas.

Ils remontèrent vers les couloirs animés et colorés.

- Khala, le roi des elfes noirs, m’a reconnue.

- Reconnue ? répéta Bran. Il te connaissait ?

- Moi, non. Ma mère, Ariane, oui.

Bran fronça les sourcils. Dolandar et Ceïlan se tendirent.

- Ils ont eu une relation intime, il y a longtemps, permettant la naissance de Beïlan.

- Ce nom… Tu m’as dit qu’il était le nouveau roi d’Irin, se rappela Bran.

- J’ai réclamé le trône afin de l’en priver, indiqua Elian, puis j’ai assassiné Khala. Chez les elfes noirs, cela permet d’obtenir le poste de la victime.

- Comme en Trolie, comprit Bran.

Sa sœur avait eu la même réponse à cette annonce. L’écho arracha un sourire à Elian.

- Saelim m’a demandé de lui transmettre le titre. J’ai accepté.

- Pourquoi ? demanda Bran, circonspect.

- J’ai déjà du mal à être reine d’Irin, alors de Dalak !

Bran ricana.

- Irin, au moins, j’arrive à y aller toute seule, poursuivit Elian. Dalak se trouve au beau milieu des terres sombres. Je suis certaine d’errer des lunes dans ce désert sombre sans jamais m’y retrouver.

- Pourquoi la flèche ?

Elian plissa les yeux.

- Parce que la fidélité de chacun ne semble pas aussi claire qu’elle n’y paraît. Je dirais qu’il y a des dissensions au sein des elfes noirs et que la montée au pouvoir de Saelim, d’une manière aussi peu honorable, n’a pas plu à tous.

- La raison peut très bien aussi être d’ordre financière, fit remarquer Bran.

- C’est possible. Des elfes noirs vénaux, ça doit bien exister.

- Financière ? Pourquoi ? demanda Ceïlan qui intervenait pour la première fois.

- Parce que la tête d’Elian est mise à prix et que le montant est exorbitant, annonça Dolandar.

Ceïlan gronda de déplaisir.

- Quoi ? s’étrangla Theorlingas en apparaissant près d’eux depuis un couloir attenant.

- Voilà qui prouve définitivement que les murs ont des oreilles, lança Elian à Bran que l’apparition surprise de l’elfe des bois avait fait sursauter.

- Mise à prix ? Tu te promènes au sein d’un royaume humain, tranquille, alors qu’une menace de mort pèse sur toi ? s’écria Ceïlan avant de se tourner vers Bran, calme et impassible. Elle est frappée du signe de la mort et ça ne te fait rien ?

- Je le savais déjà, précisa-t-il.

- Ma tête n’est plus à prix, assura Elian.

- Il n’en reste pas moins que le commanditaire est là, quelque part, à l’affût, gronda Dolandar.

- Il n’y a personne, le contra Bran. Tout va bien maintenant. Ne la suivez pas sur ce chemin, s’il vous plaît. Vous l’encouragez à voir un danger là où il n’y a rien. Ce mal est derrière nous. La situation est apaisée désormais. Reste à recréer les liens et nous le ferons lors du souper, qui ne va pas tarder. Je vais rejoindre mes appartements afin de m’apprêter. À tout à l’heure.

Bran partit à gauche. Les elfes le regardèrent disparaître au bout du couloir sans bouger.

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