Elian partit plein nord, son escorte gênée sur les talons. Dolandar passa devant sa reine, qui avançait à vitesse lente, ralentie par sa blessure. Il connaissait la route. Comme tous les elfes mâles adultes, il avait été dissident. Il avait combattu sur les murailles de Tur-Anion.
Elian tourna la tête vers Ceïlan. Son frère avait mené les dissidents. Il avait encouragé les elfes à s’en aller, à désobéir à Beïlan, à s’allier aux humains contre la volonté du roi. Elian frémit. Ceïlan pesait lourd dans la balance elfique. Son avis comptait. Trop.
Elle commença à douter.
Il avait trahi une fois. Il l’avait fait contre son propre frère. Qu’est-ce qui l’empêcherait de recommencer ? De le faire contre elle ?
Elle allait à Tur-Anion contre sa volonté. Et lui, que ferait-il en retour ? La contourner ? La faire tomber ? Glisser quelques mots bien choisis dans les oreilles des siens, l’air de rien ? Monter le peuple contre elle ? Il en était capable. Il l’avait déjà fait.
Une sensation froide glissa dans sa nuque.
Pourtant, sa présence à ses côtés la rassurait. Parce qu’elle pouvait le surveiller. Le garder dans son champ de vision. Ne pas le perdre de vue.
Son cœur, lui, murmurait autre chose. Il lui disait de lui faire confiance. De s’abandonner. Sa tête, elle, hurlait. Elian détourna les yeux, incapable de savoir. Incapable d’agir. Perdue.
- Pourquoi tu te retiens ? demanda Theorlingas.
- Pardon ?
- Ça te détendrait. Il ne dira pas non.
Elian plissa les yeux. Elle ne comprit pas. Pas tout de suite. Puis le sens des mots lui parvint, brut, sans filtre. Elle se figea. Theorlingas… croyait qu’elle voulait Ceïlan. Et qu’il suffisait de demander.
- Voilà qui prouve que tu ne la connais pas, intervint Ceïlan, calme.
- Parce que toi, si ?
- Assez pour savoir qu’elle refusera toute relation intime avec moi. Elle a grandi chez les humains.
Elian frémit. Il savait. L’autre aussi. Tous les deux savaient. Ils voyaient tout. Elle aurait voulu devenir invisible.
- Pourquoi ? demanda Theorlingas, curieux.
- Parce que nous sommes sortis du même ventre, répondit Ceïlan.
Pas de mot en lambë pour dire frère ou sœur. Ni père, ni mère. Ces liens n’existaient pas.
- Et alors ? fit Theorlingas, surpris.
Elian sentit quelque chose se briser.
- Changez de sujet, gronda-t-elle.
- Je ne comprends pas.
- Maintenant.
Theorlingas leva les mains, comme pour reculer. Ceïlan s’éloigna sans rien ajouter. Le silence revint, épais, un peu trop tard. Elian marcha sans parler. Les pensées tournaient, se cognaient, se heurtaient. Ce monde n’était pas le sien.
La présence de Dolandar la rassurait. Des assassins pouvaient surgir à chaque détour du chemin.
Elian caressa le médaillon dans son aumônière. Elle l’avait pris à son agresseur, quelques mois plus tôt à peine, mais cela lui semblait appartenir à une autre vie. Cet objet… c’était une clef. Une issue. Un moyen de repousser, un peu, la menace. Et c’était déjà énorme. Peut-être même découvrirait-elle enfin qui il était.
Elle observa son escorte. Là où elle comptait se rendre, ils seraient une gêne. Comment s’en débarrasser ?
Pendant qu’elle y pensait, les elfes redoublaient d’attention : eau fraîche, fruits, graines. Leur zèle l’étouffait.
Quand les premières tours de Tur-Anion apparurent à l’horizon, Elian s’arrêta net.
- Tu es fatiguée ? proposa Theorlingas. Tu veux un fruit ? Une pause ?
- Non. Theorlingas, Ceïlan, vous allez au palais. Vous annoncez la venue de la reine des elfes.
- Tu ne viens pas ? siffla Ceïlan, méfiant.
- Ceïlan, tu vas au chevet de la reine Yillane. Tu fais ce que tu sais faire.
Il se raidit. Prêt à exploser.
- Theorlingas, toi, tu observes. Tu écoutes. Tu récoltes tout ce que tu peux. Sers-toi de ton sourire, de tes yeux, de ton… s’il le faut. Ça ne te gênera pas, j’imagine ?
- Au contraire, répondit-il avec un éclat de rire.
- Je veux aussi que tu fasses courir une rumeur. Tu dis à tout le monde que Ceïlan m’a guérie d’une blessure au métal noir. Une guérison complète. Miraculeuse.
- Ce n’est pas vrai, coupa Ceïlan.
- Je te demande de mentir, Theorlingas. De mentir bien.
- Pourquoi ? demanda une voix grave.
Dolandar. Sa première parole depuis le départ.
- Parce qu’il est inutile d’utiliser une arme si on sait qu’elle n’a plus d’effet.
- Tu veux que l’ennemi abandonne le métal noir, comprit Dolandar.
- Lui faire croire qu’il n’a plus d’avantage. Qu’il a perdu l’atout qu’il croyait tenir. Que ma main est meilleure qu’elle ne l’est.
Dolandar approuva d’un signe. Puis, calmement :
- Et moi ?
- Tu viens avec moi.
Elle se sentait plus forte avec lui. Et puis, hors d’Irin, les elfes étaient libres. Dissidents. Dolandar ne l’aurait pas laissée seule de toute façon. Autant l’avoir de son côté.
- Je n’aime pas ça, gronda Ceïlan.
- Tu soignes Yillane, et tu restes près de Bran. Le plus possible. Theorlingas, tu peux vanter Ceïlan malgré vos différends ?
- C’est réglé, annonça Dolandar, l’air détaché.
- Ah bon ? Comment ?
- Une sodomie. Ça marche toujours, dit-il avec un haussement d’épaules.
Elian se tourna vers les deux concernés. Aucun embarras. Aucune gêne. Juste deux elfes, sereins. Elle, en revanche, se sentit mal à l’aise. Une fois de plus, elle n’était pas de ce monde.
- Allez au palais. Dolandar et moi vous rejoindrons dans deux jours.
- Et si tu n’es pas là ? lança Ceïlan.
- C’est que je serai morte. Mais Dolandar est là pour éviter que ça arrive, n’est-ce pas ?
Dolandar plissa les yeux, mais ne répondit pas.
- Tu te mets en danger pour rien ! insista Ceïlan.
- Mon ventre est précieux, je sais, souffla-t-elle.
- Ne plaisante pas avec ça ! La vie de ton futur…
- Va au palais. Maintenant.
Sa voix claqua. Son regard était froid. Plus que froid : tranchant. Ceïlan hésita. Refuserait-il de suivre les prérogatives de sa reine ? Lui servirait-il l’excuse « dissident » pour désobéir ? Il s’inclina, lèvres pincées, et tourna les talons.
Elian le suivit des yeux, interdite. Il l’avait écoutée. Il lui avait obéi. Sa main droite se mit à trembler. D’angoisse ? De soulagement ?
- Où va-t-on ? demanda Dolandar, son regard la transperçant.
- D’abord dans l’auberge du sanglier égorgé et ensuite, à la guilde des assassins.
- L’auberge de ? Assassins ? répéta Dolandar en clignant des yeux. Pourquoi ?
- À l’auberge, pour trouver des vêtements. Nous attirerions bien trop l’attention vêtus ainsi. Il y a des décennies qu’une femme elfe n’a pas foulé le sol de Falathon. Or je veux passer inaperçue.
Elian s’élança vers l’endroit en question. Dolandar la rattrapa d’une foulée.
- Et la guilde des assassins ?
- J’ai tué l’un d’eux, annonça Elian.
Dolandar secoua la tête. Cette information n’expliquait rien. Elian précisa :
- C’est l’un des moyens pour intégrer la guilde.
- Pourquoi veux-tu devenir un assassin ? demanda-t-il, perdu.
Elian grimpa le mur qui se dressait devant eux, disparut par une fenêtre, lança des vêtements puis redescendit. Elle se changea devant un Dolandar déjà apprêté. Elle n’avait pas eu besoin de lui expliquer comment se vêtir. Il connaissait les habits humains. Dissident, il l’avait été, et pas seulement pendant la guerre, c’était une évidence.
- Tu as acheté ces vêtements avec quel argent ? demanda-t-il.
Elian lui lança un regard ahuri.
- Je ne les ai pas payés, répliqua-t-elle. Je les ai pris à leurs propriétaires, profitant qu’ils étaient occupés à autre chose.
Dolandar serra la mâchoire, les yeux froids, sévères. Son regard jugea, condamna. Elian l’ignora.
Leur déguisement leur offrit l’anonymat souhaité. Nul ne prêta attention à ces deux voyageurs avançant à pas décidés. Elian s’arrêta devant une immense demeure en pierre fermée d’un lourd portail en fer.
- Tout le monde sait que cet endroit est leur quartier général ? s’étonna Dolandar.
- Non, le rassura Elian. Je le sais parce qu’il y a longtemps, Arnaud, le chef de la guilde, m’avait proposé de les rejoindre. J’avais refusé.
- J’approuve ton choix, la soutint Dolandar. Pourquoi vouloir les rejoindre maintenant ?
- À l’époque, tuer me répugnait.
- Plus maintenant ?
Pour toute réponse, Elian s’accroupit devant le mendiant ivre faisant la manche près de la grille.
- Bien le bonjour, dit-elle en ruyem, langue qu’elle n’avait pas manié depuis longtemps, comme ressortie d’un autre univers.
Elian ouvrit son aumônière, en sortit un collier alourdi d’un pendentif et le montra à l’ivrogne.
- Je veux entrer, dit-elle.
L’homme observa le pendentif puis se leva sans montrer le moindre signe de vertige. En un claquement de doigts, il venait de dessaouler. Dolandar admira le don d’acteur de cet homme. L’elfe y aurait cru.
- T’as obtenu ça comment ? demanda l’homme tandis que le pendentif retournait dans l’aumônière.
- En tuant son précédent propriétaire, annonça Elian d’un ton sûr.
Dolandar admira la maîtrise du faux ivrogne. Il hocha la tête, sans indiquer de surprise, de peur ou un quelconque sentiment. L’homme se tourna vers la grille mais Elian l’arrêta d’un geste de la main.
- Petite précision : je suis Elian, comtesse d’Anargh. Étant désormais l’une de vous, ma mise à prix est caduque.
L’homme sourit puis ouvrit la grille sans un mot. Il fit signe aux deux invités de le suivre, referma derrière eux et les emmena dans l’immense bâtiment de pierres blanches. Elian, occupée à surveiller le mendiant, ne sut comment Dolandar réagit à la nouvelle de la mise à prix sur la tête de sa reine, information dont elle ne lui avait jamais fait part.
Ils passèrent des escaliers, des salles, des cours pour finalement être priés d’attendre dans un couloir immense décoré de tapisseries colorées et de statues éclatantes relevées d’or et de saphirs.
Ils attendirent un court moment et la porte s’ouvrit, dévoilant le faux ivrogne et un homme à la peau brun clair. Sa tête, dépourvue de cheveux, était cintrée d’un collier de barbe noire.Il portait un ensemble de cuir et soie brodé d’or aux couleurs vives, signe de richesse. À sa ceinture, deux dagues étaient visibles mais Elian douta qu’il s’agisse là de ses seules lames disponibles. Il lança sur ses visiteurs un regard sombre.
- Je vous laisse le soin de lui répéter ce que vous m’avez dit, précisa l’ivrogne, un immense sourire sur les lèvres.
Il fit un pas de côté et observa son supérieur en dansant d’un pied sur l’autre. Le chef soupira de contrariété. Dolandar était crispé, la main prête à dégainer.
- Bien le bonjour, Arnaud, dit Elian.
Le chef se crispa. Cette inconnue connaissait son nom, celui du maître de la guilde des assassins ? Le mendiant ricana. La situation semblait égayer sa journée.
- Je suis Elian, comtesse d’Anargh, se présenta-t-elle.
Arnaud se figea, abasourdi. Il se tourna vers son homme de main qui riait nerveusement sans pouvoir s’arrêter.
- Je suis également reine d’Irin, précisa-t-elle en retirant sa capuche afin de révéler sa nature elfique.
D’un geste, elle demanda à Dolandar de faire de même. Le fou rire de l’acteur envahissait le couloir, allégeant l’atmosphère lourde entre les deux interlocuteurs se faisant face.
- Je suis de plus un membre de votre guilde, indiqua Elian en sortant le collier et le pendentif de son aumônière. Je l’ai pris à celui qui a essayé de rafler la mise à prix sur ma tête.
Arnaud ne regarda pas l’objet tendu. Il ne quittait pas Elian des yeux, la dévisageant, la scrutant, la transperçant, détaillant son visage avec précision et intérêt.
- Elian ? Non, ça ne peut pas… Attends… Elian, la comtesse d’Anargh, c’est… Non, une voleuse des bas-fonds ne peut pas devenir comtesse en…
- Reine, le rectifia Elian. Je suis reine, maintenant.
Le faux mendiant riait à plein poumons. Arnaud secoua la tête en levant les yeux au ciel tant les propos lui semblaient ridicules. Elian désigna Dolandar du menton et le maître de la guilde des assassins accepta la vérité. Après tout, qui, sinon la reine des elfes, pourrait se promener avec un elfe comme garde du corps ?
- Hé ben ma cocotte, lança Arnaud, les lèvres s’étirant sur un sourire véritable. Tu as bien fait, à l’époque, de refuser ma proposition. Regarde où ça t’a menée. Reine ! Qui aurait pu deviner ?
Pas moi, pensa Elian qui n’arrivait toujours pas à se faire à l’idée qu’elle portait ce titre qui ne signifiait rien pour elle.
- Je te souhaite la bienvenue à la guilde des assassins, Elian, ancienne voleuse, comtesse d’Anargh et reine d’Irin. Ton compagnon peut se détendre. Tout va bien.
Dolandar garda la main sur son épée, prêt à dégainer.
- Que puis-je pour toi, Elian ? continua Arnaud sans accorder le moindre intérêt supplémentaire à Dolandar.
- Manger, boire, indiqua Elian.
- Bien sûr. Faisons la fête pour accueillir notre nouveau membre.
Elian et Dolandar furent conduits dans une immense salle à manger qui se remplit de monde. À l’entrée, Elian retira sa cape qu’elle plaça sur un clou. Dolandar l’imita. Leurs atours elfiques leur valurent quelques regards mais les assassins n’insistèrent pas.
- Je n’aime pas ce lieu, indiqua Dolandar en s’asseyant à gauche d’Elian. Ces gars… Ils bougent comme…
- Des assassins ? termina Elian à sa place. C’est ce qu’ils sont… et moi aussi, pour information.
- Combien de personnes as-tu tué, Elian ? demanda un assassin pendant le festin.
- Trois, indiqua Elian à l’assemblée.
- Je déteste ce lieu où le nombre de morts détermine le rang de quelqu’un, dit Dolandar en lambë. Trois, c’est beaucoup ou pas selon leurs critères ?
- Mon ami demande si mes trois assassinats m’apportent un rang élevé, indiqua Elian.
- Ça dépend, répondit un assassin en riant.
- De quoi ? demanda Dolandar en ruyem.
- Trois fois la même arme ? demanda l’assassin.
- Une flèche pour le duc de Phalté, une dague pour l’assassin, une lame d’assassin pour le roi des elfes noirs, indiqua Elian.
Le silence se fit dans l’assemblée puis des sifflements admiratifs suivirent.
- Un roi tué par une lame d’assassin ? s’exclama un homme admiratif.
- Apparemment, ça dépend qui et comment, indiqua Elian en souriant à Dolandar qui affichait une mine renfrognée.
- On part quand ? demanda-t-il.
- Lorsque j’aurai eu mon information, indiqua Elian.
- Que veux-tu savoir ? demanda Arnaud en s’asseyant à côté d’elle.
- D’après toi ? répliqua Elian.
- Elian, je ne connais pas son identité. Il ne l’a pas déclinée et je n’ai pas demandé.
- Décris-le moi.
- Que dire… bredouilla Arnaud en secouant la tête. Ce type était d’une banalité affligeante. Il ressemblait à un banal maraîcher. Quand il m’a dit la somme à inscrire, je lui ai ri au nez. Il a ouvert sa bourse. Ce mec avait le montant sur lui, en pierres précieuses. Je n’en avais jamais vu autant et d’aussi pures. Je n’en ai pas cru mes yeux.
Les mots firent écho à un souvenir lointain teinté de mélancolie. Narco. L’acheteur de l’anneau d’Elgarath. Banal. Riche. Pierres précieuses. Pouvait-il s’agir de la même personne ? Elian plissa les yeux. Beïlan avait enlevé Laellia dans le but de la faire parler. Qu’est-ce que la sœur du roi pouvait détenir comme secret utile aux elfes noirs ? Et si cela n’avait rien à voir avec l’invasion en cours ? Serait-il possible qu’il ne comptait s’en prendre qu’à la gardienne de l’anneau d’Elgarath ? La fausse, puisque la bague se trouvait bien au chaud, cachée à la base de la chevelure d’Elian, sa véritable gardienne.
- Putain, tu fais chier d’avoir tué mon gars. Tu te rends compte la récompense qui me passe sous le nez ?
- Tu n’avais qu’à envoyer un meilleur assassin, répliqua Elian.
- Vu le montant de la prime, je les ai tous envoyés. S’il t’a trouvée en premier, c’est qu’il était le meilleur.
- J’ai eu de la chance, indiqua Elian.
De la chance qu’il ne lui tombe pas dessus maintenant. Elian ne mangeait pas. Non pas qu’elle n’avait pas faim, mais son bras droit refusait de lui répondre. Saisir sa cuillère de la main gauche ne serait pas passé inaperçu en ce lieu où tous les yeux savaient voir. Cette blessure au métal noir priverait à jamais Elian de ses forces. Elle ne pourrait plus jamais se passer d’un protecteur, d’une escorte. Elle était faible, diminuée. Ce salopard en était la cause. Il devait payer.
- Elle gouverne ce monde, répliqua Arnaud.
- Taille, âge, poids ?
- Imagine un mec dans la rue, insista Arnaud, un badaud dégustant un gâteau au miel. C’est lui.
- Taille, âge, poids ? insista Elian.
- Ma taille, dans la fleur de l’âge, mon poids environ, peau, cheveux et yeux marron, aucun bijou, aucun signe distinctif. Je te le dis. Ce mec, c’est personne. Tu ne le retrouveras pas etvu la récompense promise, il ne s’arrêtera pas là.
- Je sais, précisa Elian. Puis-je dormir ici ?
- Naturellement, s’exclama Arnaud. Tu es l’une des nôtres.
Elian hocha la tête.
- C’est dur de vivre avec cette peur constante, comprit Arnaud. Tu ne sais pas qui suivre, en qui faire confiance. Tu crains tout le monde, tout le temps. Le danger est partout, permanent, insistant, transperçant. Chaque pas nécessite des trésors de surveillance. Tu ne peux jamais relâcher ton attention.
Elian avala difficilement sa salive. Il lisait en elle comme dans un livre ouvert. Il connaissait bien la situation, supposa-t-elle, puisque ses hommes la faisaient vivre à chacune de leur victime.
- Tu as besoin d’un peu de répit, continua Arnaud. Tu es en sécurité ici. Tu es l’une des nôtre. Il ne t’arrivera rien. Nous te protégerons. Il en va de notre honneur.
Elle toucha son épaule droite en grimaçant. La douleur venait de se réveiller et s’étendait, implacable, se frayant un chemin vers le cœur.
- Elian ? Ça va ? s’enquit Dolandar, inquiet.
Il attrapa sa reine et la soutint tandis qu’elle s’endormait dans ses bras.
- Elle relâche son attention, indiqua Arnaud pour rassurer l’elfe. Elle est en confiance ici. Elle semble épuisée. Je vais te montrer où tu peux porter ta reine pour qu’elle reprenne des forces.
Elian se sentit soulevée mais dans cet endroit, enfin, elle se sentait bien. Elle s’enfonça dans un profond sommeil, oubliant le monde et ses pièges.