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Introduction

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Notes de l’auteur : Disclaimer: Tous les personnages et l'univers m'appartiennent.

Ville Noire

Introduction :

Les comètes s’appuieront tendrement aux forêts avant de les foudroyer[...]

Tu verras l’horizon s’entrouvrir et c’en sera fini tout à coup du baiser de l’espace

Mais la peur n'existera déjà plus et les carreaux du ciel et de la mer

Voleront au vent plus fort que nous

La mort rose — André Breton

— Tout ce silence. La lumière du Mangoin qui fait briller la poussière en suspension ; la sueur sur les tempes des travailleurs, les enfants dans leurs jambes, les herbes séchées qui luttent pour un peu d’humidité et les lézards endormis. Tout cela va mourir ce soir et ne le sait pas encore.

— Tu trouves ça triste ?

— C’est merveilleux, au contraire. La beauté de l’éphémère se fait plus forte quand le temps fuit. Je me sens émue. C’est bien.

La chaleur est étouffante. Sur le rocher qui surplombe la vallée, deux adolescentes discutent à mi-voix, se laissant mollement bercer par la moiteur de l’atmosphère tout en balançant leurs jambes dans le vide. La première, plus grande, triture son collier de perles du bout des doigts et marmonne d’une voix pâteuse :

— Le Mangoin. Il est parfait, non ?

— Un soleil d’fin du monde…

— C’est vrai.

L’astre solaire descend sur la ligne d’horizon et trempe le paysage d’une lumière mauve et fade. Les ombres dessinent des traînées bordeaux sur la terre labourée des champs avant de s’étendre sur les murs criblés d’obus d’une ville déserte.

L’autre fille, petite et grasse, boit une longue gorgée de la bière tiède qu’elle tient en main puis murmure :

— On décide qu’c’est l’heure ?

Sans attendre de réponse, elle sort un pistolet de sa poche et le pose sur sa robe d’été à fleurs. La grande se perd dans la contemplation de l’arme :

— Pas de risque que je me rate ?

— J’l’ai graissé tout à l’heure.

— Et tu l’as essayé ?

— Mais oui, sur une jardinière. Tu m’fais confiance ou non ?

— Question stupide. Où l’as-tu trouvé ?

— J’révèle pas mes p’tits secrets. On s’croirait dans un film avec ça, hein ?

Elle pointe l’arme devant elle et mime plusieurs bruits de tirs de sa bouche poupine, ce qui fait glousser de rire son amie. Tout en tripotant ses perles, celle-ci tend la main :

— Donne. Je te connais Nono, tu vas te faire mal.

Avec un sourire goguenard, la plus petite lui passe l’arme en la tenant par le canon. Puis elle marmonne en fronçant le nez :

— J’vais m’faire chier sans toi... J’me sens comme un maron1.

— Mais non, c’est moi qui vais tout rater.

La grande finit par lâcher son collier et continue :

— On se voit bientôt, alors ?

— Parle pour toi...

La fille au collier de perles sourit à moitié avant de placer le canon du pistolet dans sa bouche. L’autre soupire et s’occupe avec application de gratter une piqûre de moustique sur son bras dodu.

La détonation lui arrache une grimace de douleur tandis qu’elle plaque ses mains sur ses oreilles. La chute du corps de son amie se fait sans bruit. L’adolescente se sent nauséeuse. Elle reste là longtemps, à siroter la fin de sa bouteille de bière et ce n’est qu’à l’apparition des premiers insectes qu’elle se décide à faire rouler le cadavre dans la pente.

Son rythme cardiaque s’accélère progressivement et une boule se forme dans son ventre. Quelque chose vient pour tout dévorer et la petite ronde connaît cette chose.

Elle l’appelle l’Apoptose2 du monde.

1Le terme "maron" est un mot ancien utilisé par les marins et qui désigne un homme abandonné par son équipage sur une île déserte.

2L’apoptose est le mécanisme d'auto-destruction des cellules.

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