Il tente de dénouer l’écharpe. Se bat doucement. S’écharpe. Garde son calme. Ses doigts tremblotent nerveusement, comme les pattes d’une frénétique araignée.
Une longue écharpe blanche, accrochée au bras droit du vieux chêne. Il fait un pas en arrière, défie l’Ancien du regard. À bout de souffle, il halète. Longtemps. Les yeux perdus dans le peu d’air qui trouve son chemin jusqu’à son visage innocent. Encore vert… Rien qu’une branche encore toute vive, souple. Chargée de fruits mûrs…
Je mets la main à ma joue. Presque inconsciemment. Mes doigts se referment sur les bords. Encore rougis, boursouflés. Bien sûr. Évidemment. Moi aussi j’suis vert, naïf… Je remonte lentement, le long de la plaie. À certains endroits, ma chair s’est comme cristallisée. Laid. Et pas qu’un petit peu. Je frissonne. J’ai touché l’épicentre. Le con. Ça fait moins mal que la première fois, mais ça pulse, en vagues sourdes. En vagues lourdes, comme il faut. Ils m’ont pas loupé, les types, au moins…
L’autre s’acharne toujours. J’avance, titube. Mal… il ne me remarque pas. Jusqu’à deux mètres. Là il me regarde, anormalement longtemps. Pas ma joue, ça j’ai l’habitude. Mais tout le reste. De deux grands yeux couleur lac de montagne. Ronds.
Et là il la voit. Semble s’excuser, détourne le regard. Très vite. Trop vite.
— Pardon… Pardon, vraiment… je voulais pas, non ! Je voulais pas…
— C’est pas grave, gamin. Pas grave du tout. T’es pas le premier. Pas le dernier non plus.