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Merci les Scouts

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Par &douard

Des scouts, je ne garde pas que du positif. La non-mixité, la compétition parfois trop accentuée, la hiérarchisation un peu stricte et une certaine forme d'entre-soi (pas forcément voulu) font que j'ai voulu quitter cet univers à 17 ans pour me tourner vers le BAFA. Mais ce serait injuste de regarder ça alors que je garde tant de beaux souvenirs de ces 9 années (oui, 9 !!). Alors que le scoutisme a littéralement changé ma vie.

Le scoutisme a été pour moi un héritage de ma mère. Je suis entré aux louveteaux à 8 ans, pour deux samedis par mois, quelques week-end et une semaine de camp l'été. J'ai exploré un univers nouveau, un peu étrange, en marge de ce que je connaissais, avec ses uniformes, ses badges, ses rituels et ses imaginaires. J'ai découvert la nuit sous tente, la cuisine au feu de camp, les veillées nocturnes, les grands jeux. J'ai appris des chants et des jeux dont je me rappelle encore aujourd'hui. Que j'utilise encore en tant qu'animateur (l'araignée vénéneuse coucou). J'ai passé de superbes moments avec mes amis de l'époque (qui le sont toujours pour certains !)

J'ai grandi avec les louveteaux pendant 4 ans, énormément appris. L'expérience la plus fondamentale que j'ai vécue, c'est celle de la perte de confort. Les week-ends même en hiver, les douches au tuyau d'arrosage l'été, les feux à allumer sous la pluie, tant de moments désagréables qui m'ont fait réaliser mon privilège de vivre comme je vis. Sans avoir rien à faire pour ça. Les nuits dans un lit douillet, les douches chaudes, la sensation du radiateur, la lumière électrique à toute heure, on ne peut comprendre ce que cela représente sans en être privé.

Je suis ensuite entré aux scouts, avec leurs grandes chemises beiges. J'ai découvert des réunions plus intenses, des week-end plus nombreux et du sport. Beaucoup de sport. Le choc a été rude pour le petit adolescent de 12 ans, à se retrouver entourés de grands gars jusqu'à 17 ans. On prenait le vélo chaque samedi pour aller à travers les campagnes et les bois et je me retrouvais très souvent en queue de file (ça s'est plus ou moins maintenu dans les années suivantes xD) On faisait des grands jeux aux proportions impressionnantes, où les chefs nous emmenaient dans des imaginaires hauts en couleur. Je garde des souvenirs très prégnants, entre fascination et un peu de peur, de gigantesques batailles de prise de foulards, de prise de fortin, de jeux de piste. Il y avait la sioule, notre sport national, avec un principe de rugby mais avec beaucoup de règles en moins. Un jeu bien sauvage de l'extérieur, sans doute incompréhensible pour beaucoup.

L'année était rythmée de temps forts qui m'ont marqué à vie. Le défi Ascalon d'abord. Le principe est simple : réaliser un défi en patrouille (8 scouts) avec plusieurs volets : projet collectif, projet de service et projet progression. Les projets collectifs m'ont mené d'année en année à des expéditions de 4 jours de marche, de vélo et à un camp survie sur une île (une folie, encore plus avec du recul). Des moments d'efforts partagés pour repousser les limites. Je me souviens encore marcher sur les plages du nord, face aux rafales de sable dans une journée avec une alerte tempête. Ou de cette fois où nous grimpions une côte après des dizaines de kilomètres de vélo, tous à bout de force. Et puis de celle où j'ai plongé dans le marais en voulant monter dans une barque. J'ai le sourire aux lèvres en me remémorant tout ça.

Au niveau progression, l'idée c'était de débloquer de nouvelles compétences, d'avoir des badges etc... Et le projet de service m'a laissé des souvenirs très marquants. Nous avions passé un week-end à rendre service à une abbaye, et nous avions pu échanger avec eux. Une autre année, nous avons logé chez un couple qui fabriquait des abris pour des migrants dans la Jungle de Calais. Et le plus marquant, nous avions organisé une journée avec la Croix Rouge de Saint-Omer à destination de plusieurs dizaines d'enfants. On avait installé plein de stands de jeux, des structures gonflables, des tables avec des gâteaux, des friandises, des boissons. On avait mis des déguisements de pirate, de la musique et punaise... Quelle journée ! La magie avait opéré, et pas qu'un peu. Quand j'y repense, j'ai peut-être vécu l'une des plus beaux moments de ma vie. Faire sourire, rire et rêver les enfants, c'était si beau. C'est peut-être là qu'est née ma vocation d'animateur^^

Il y avait aussi le camp de groupe, seul moment de l'année à réunir louveteaux, jeannettes, guides, éclaireurs, guides aînées, routiers, chefs... Bref tout le monde. Ça donnait lieu à des grands jeux d'ampleur, dans des cadres d'exception (châteaux, bois...). Tous les deux ans, nous faisions un camp de plusieurs jours qui était en fait un gigantesque grand jeu. On cachait nos tentes sur un terrain de dizaines d'hectares avec un staff (traduire fanion), et on devait débusquer celles des autres, prendre leur staff. Le tout avec un foulard accroché au dos, nécessaire pour jouer. Un jeu en 24 h / 24, où une autre patrouille peut surgir à tout moment et lancer une bataille de foulards, où les autres tentes peuvent se cacher partout. J'en garde des souvenirs mémorables, avec des sensations exacerbées : des fuites éperdues, de longues battues, de l'espionnage, des alliances, des trahisons. Un jeu vidéo dans la vraie vie quand on y pense.

Et puis le grand camp. LE grand camp. Lui aussi avec tous ses rituels et moments forts : les installs (3 jours où nous élevions nos tentes à 1 ou 2 mètres !) le concours cuisine, les veillées, les olympiades, le raid explo, le raid jeu... Deux à trois semaines de folles aventures à un rythme effréné. J'en garde des images et des sensations à la pelle, des moments qui m'ont marqué. Une veillée à la fin tragique qui m'avait fait battre le cœur, ma promesse (cérémonie d'engagement du jeune scout à suivre certaines valeurs) et les cérémonies de toutes les années suivantes avec la marche dans la nuit, éclairés de torches. Les discussions avec mon parrain de promesse, avec mes amis, avec les gars de ma patrouille, en marchant, assis ou même dans la tente le soir. Les envolées à vélo en raid explo, où nous dépensions ce que nous avions gagné par nos services l'année en kebabs et campings, où nous nous reposions et goûtions à un peu de repos étaient les plus extraordinaires vacances au milieu de ces camps aussi intenses qu'énergivores. Nous y faisions toutes sortes de rencontres inattendues, dont je me souviens encore toutes ces années après. Il y avait les matchs de foot dans la prairie avec des buts que nous avions fabriqués...

Chaque année a été un peu différente. La première comme une découverte, en tant que plus jeune de ma patrouille ex aequo avec l'un de mes meilleurs amis, où tout semble plus grand et plus difficile, mais où l'imaginaire est plus marquant et les joies plus intenses. La deuxième a été la meilleure, avec une patrouille particulièrement unie, où régnait l'entraide, la bienveillance et la volonté de dépassement de soi. Je crois que tous les 8, nous avons vécus cette année-là une expérience de cohésion inoubliable. Dans les derniers jours, j'avais pleuré en apprenant que nous avions réussi notre défi Ascalon. De fatigue, de joie. La troisième avec en chef de patrouille mon second de l'année précédente, quelqu'un que j'admirais et apprécie / ais beaucoup. De très beaux souvenirs là-aussi. Quelques déconvenues. La quatrième et la cinquième ont elles-aussi eut leur lot de bons et de mauvais souvenirs, avec finalement la frustration de ne pas avoir été le chef de patrouille que j'aurais rêvé être. Un sentiment qui est resté prégnant de longs mois après quand j'y repense, qui m'avait laissé une impression d'inachevé. Avec du recul, je suis touché par ce plus petit Edouard qui avait pris cette responsabilité tellement à coeur.

Le scoutisme s'est arrêté pour moi à 17 ans, mais je suis toujours un peu scout je crois. Je porte des chaussures bateaux, des shorts de février à novembre, je me déplace qu'en vélo, j'adore partir en itinérance sous tente. On ne se refait pas^^ Je parle pas souvent de ce passé scout, sauf à ceux qui ont vécu cette expérience. Je trouve ça difficile d'en parler à quelqu'un qui n'y connaît rien (ce texte sert peut-être à ça finalement). Je ne sais pas si j'en suis fier, mais ce qui est sûr c'est que je suis hyper heureux de l'avoir vécu.

Du scoutisme, je garde ce rapport respectueux à la nature, ce goût de l'effort sportif, des projets collectifs. Je lui suis surtout reconnaissant de m'avoir introduit au grand monde de l'animation, des séjours, des veillées, des jeux... Ce qui me fait vibrer et m'a permis de vivre les plus beaux instants de mon existence.

J'ai vécu des expériences marquantes, inoubliables même. Je souhaite à plus d'enfants (de toutes classes et de toutes origines !) de pouvoir connaître cet univers à part. Le scoutisme m'a fait grandir, changer, réfléchir.

Et je l'en remercie.

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