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Merci Impulsio

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Par &douard

La fin des études c'est quand même quelque chose. Même préparé, diplômé bien comme il faut, l'arrivée dans la vie active c'est un saut dans l'inconnu. La plongée dans un nouvel univers, souvent difficile, avec peu d'opportunités. J'ai, la chance pour ma part, en tant qu'éduc d'évoluer dans un secteur où l'on recherche des jeunes. Il y a tellement de publics en difficultés, des besoins partout, tellement de possibilités. Pas facile de choisir. D'autant que je suis aussi passionné par l'animation, que je pouvais aussi envisager d'y travailler hors vacances scolaires. Beaucoup de doutes, de questions, et l'envie de consacrer du temps à des projets plus personnels : la réécriture des Yeux de la Nuit, les vidéos de la Forge des Mots... J'avais aussi besoin de digérer tout ce que je venais de vivre pendant ces trois années intense, presque en non stop entre les stages, les colos, les formations BAFA, l'Erasmus, les examens... Il y avait beaucoup de choses dans ma tête, alors je me suis donné un mois. (je sais la chance que j'ai eu de pouvoir le faire).

J'ai fait une classe découverte, une formation BAFA et le reste du temps j'ai beaucoup écrit. Et réfléchi évidemment. Qu'est-ce que je voulais faire ? Une chose est sûre, je n'avais aucune envie de "m'enfermer" tout de suite dans un CDI, ou un projet trop long terme. Cette période de ma vie me paraît l'occasion d'expérimenter plein de choses, de rencontrer plein de gens, de vivre plein de situations variées avant de, peut-être, me spécialiser davantage.

Le temps passe vite, et j'ai commencé à regarder France Travail et tous les autres sites de recrutement. Pas mon kiff, mais pas le choix^^ J'avais du mal à trouver des  projets qui me plaisaient, pour lesquels j'avais vraiment envie de m'engager. Et puis il y a eu cette soirée où je scrollais les annonces et où deux mots ont attiré mon attention : séjour de rupture.

Un séjour de rupture, c'est une expérience de quelques semaines ou mois proposée à des ados loin de chez eux, pour marquer une rupture avec leur environnement, se remobiliser.... J'en avais déjà entendu parler, mais comme une perspective lointaine, je n'avais jamais envisagé de travailler dans un tel contexte. En tout cas pas tout de suite. Mais là j'ai flashé. Un séjour sportif de 5 semaines dans les Pyrénées pour des ados de l'ASE du 94, c'était trop beau pour être vrai. Ca commençait seulement 2 semaines plus tard, à l'autre bout de la France, mais je pouvais pas laisser passer l'occasion. CV lettre de motivation et tout le tralala et hop ! Rappelé quelques jours plus tard.

Ce qui est assez amusant, c'est que mon interlocutrice me donne l'adresse de l'asso Impulsio à Perpignan et me propose un entretien le lendemain en ... présentiel. Quand je lui explique que j'habite dans le Nord, elle est très choquée, c'était pas vraiment prévu d'avoir une candidature si lointaine. Peu après, elle me rappelle, m'explique que ce sera possible en me faisant un contrat où je dors sur le même lieu que les jeunes, elle me propose une visio.

Je rencontre alors les deux porteurs du projet, par l'écran de leur téléphone : un ancien militaire et un ancien judoka de haut niveau qui ont créé l'association Impulsio bénévolement. Ca matche très vite. Quand ils m'expliquent le projet, j'arrête pas de répéter trop bien toutes les 2 secondes, ça les fait rire. Mon profil et mes valeurs leur plaisent, coup de coeur partagé et 2 semaines plus tard je suis dans le train.

J'ai hâte et en même temps je suis un peu stressé devant l'ampleur du défi qui m'attend, de l'inconnu. Une journée de train me mène à Perpignan, où je suis emmené en voiture jusqu'au premier hébergement (le séjour est itinérant), un magnifique airbnb en bord de mer, avec une vue absolument magnifique. J'arrive 24h avant les jeunes et profite des charmes du sud tout en préparant leur arrivée. Ils sont 3 : 2 filles et un garçon. Ils seront rejoints par une autre fille 2 semaines plus tard.

Après une arrivée tranquille, la première soirée est une tempête. Je m'étais préparé à tout, et ça commence très fort. Violences, insultes, menaces...  Je passerai le détail, mais pendant des heures je ne sais même pas si le séjour va avoir lieu, si les ados vont rester. Pourtant, vers 1h du matin, les tensions s'apaisent progressivement et on passe longtemps à discuter avec les jeunes, à les convaincre d'au moins essayer l'aventure. Et ça marche. Premier coucher 3h, belle entrée en matière. Mais la sensation qui se dégage reste l'optimisme, j'ai vraiment l'impression qu'il y a de belles choses à faire avec eux !

La semaine qui suit est idyllique. Vous pourriez croire que j'exagère, mais pas du tout. Ca va au-delà de toutes mes espérances. On fait toutes les activités, même un bivouac en pleine nature ! Tout n'est pas parfait bien sûr, mais je découvre des jeunes sensibles, intelligents et super attachants. Ils racontent leurs vies, dévoilent leurs fêlures et des réalités si loin de celles que je connais. Un groupe se forme, et plusieurs fois dans la journée, on chante tous ensemble leurs chansons préférées à  tue-tête. Les membres de l'asso et les éducs sont hyper engagés et compétents.

Cette belle dynamique est brisée par une violente dispute entre deux jeunes, qui entraîne l'intervention de la police, et une journée très chargée émotionnellement (mon congé lol). Les choses se rétablissent en apparence, mais l'ambiance n'est plus la même. Après la mer, direction la montagne. Chaque semaine nous changeons de logement et d'environnement. Je découvre une région absolument magnifique, une nature superbe.

Avec les jeunes, échecs et réussites se mêlent, mais au vu d'où ils viennent, les petits miracles s'accumulent : avoir un rythme de sommeil, marcher, visiter des musées... Je garde tellement de beaux souvenirs, nous avons vécu tellement d'expériences, folles ou magnifiquement ordinaires. Jouer au président le soir, au skyjo, aller en terrasse, s'occuper de chevaux, de chiens, faire du tobbogan, regarder un lever de soleil, se baigner dans des sources d'eau chaude, faire un barbecue, jouer au basket, aller au zoo et même dormir dans une grotte ! Il y aurait assez de choses à raconter pour un roman (tiens, tiens... bon je promet rien). La beauté se cache dans ces détails, dans ces moments humains loin de nos vies habituelles.

Quatre moments m'ont particulièrement marqué. Le pardon d'un jeune à un autre après une violente dispute et une semaine sans s'adresser la parole. Les confidences d'un jeune dans la voiture, à quelques jours du grand départ, me confiant "j'ai raté ma vie". Une jeune disant après avoir vu les retrouvailles de Raiponce et ses parents à la fin du film, qu'elle aussi aimerait avoir des parents. Brrr, il y a quelque chose en moi qui se casse et qui frissonne. Ces phrases où seule la présence peut répondre. Et puis le dernier soir, pour finir positivement.

On va au marché de Noël de Barcarès tous ensemble. Je m'en rappelle comme d'une nuit magique, comme d'une célébration de tout ce que nous avons vécu pendant 5 semaines. J'en oublie les appels au flics, les incidents, les disputes, la peur de les voir replonger dans des quotidiens difficiles, la tristesse que ce soit fini, parce que c'est si beau ce qu'on a vécu avec les jeunes, avec l'équipe. Les mots ne peuvent qu'effleurer ce genre de beauté-là.

Il fait noir, il y a des lumières partout, on prend des photos, on mange, on parle, on marche. Les jeunes achètent des souvenirs, et on se retrouve pour danser ensemble. Un jeune prend les commandes de l'enceinte d'un stand et on balance toutes nos musiques emblématiques, celles qui ont accompagné notre quotidien, et particulièrement les trajets en voiture. On chante et on danse sans prêter la moindre attention aux gens autour. C'est génial. Dans 6 jours c'est Noël, mais il est déjà là.

Et puis c'est fini. Les jeunes retournent à leurs vies, et moi à d'autres aventures. Je me demande quel à été la signification de tout ça pour eux, ce qu'ils vont devenir. Mais ça leur appartient, et je suis certain que ce que nous avons vécu n'a pas été vain. Leurs vies ne vont pas changer miraculeusement, mais personne ne peut effacer ce qu'on a partagé.

Quelques temps plus tard, je fais un petit montage vidéo que j'envoie aux jeunes. L'un d'eux me répond en message privé et m'envoie un long message de remerciement. Peut-être le plus beau que j'aie jamais reçu. Je chéris chacun de ces mots, comme tous ces souvenirs qui m'ont marqué et faire grandir.

Moi qui disais parfois que les éducs ne recevaient pas de reconnaissance. Comme j'avais tort.

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