Devant une maison gris sale bordant la voie ferrée, une fille, cigarette entre les doigts, est perchée sur le dossier d’un canapé défoncé, un canapé laissé là au milieu d’autres détritus. La fille regarde par la fenêtre. Elle regarde par la fenêtre mais elle est à l’extérieur et regarde l’intérieur sombre, sordide et probablement moite de la maison grise. Elle est à l’extérieur, dans un jardin en friche, sur le dossier d’un canapé. Le canapé est défoncé, troué par les clopes et taché par le temps. La fille est blonde et blanche, en débardeur, mince ou maigre. Je ne sais plus si elle est pieds nus ni si elle porte un jogging ou un mini-short. La maison est sans âme, la porte entrebâillée, les carreaux vitreux. Personne aux alentours sinon cette fille campée sur ce canapé défoncé dans un jardin à l’abandon. Le train avance. La fille regarde toujours par la fenêtre. Sa clope entre deux doigts. Sa clope qui se consume au bout d’un bras-brindille, dans un jardin qui dévore des palettes et des meubles, une maison et un canapé. Il fait noir par la fenêtre, mais le regard de la fille reste plongé dans sa direction. Le train accélère. Un arbre. Une haie. Des palissades. Puis ce soir ce souvenir lointain reconvoqué par l’odeur d’une cigarette et le klaxon d’un camion.