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OSS-5

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article 531
Par Rimeko

La dernière marque s’estompe. Sous vos paumes, le gouvernail de l’Aurore est désormais parfaitement lisse, comme si les derniers mois n’avaient été que le fruit merveilleux de votre imagination.

« Attends, » dites-vous au ciel, à l’océan. Au vent qui vient de tomber.

Vous avez pris l’habitude de parler à Aurore, dans le silence et dans le noir, mais aujourd’hui, vous ne savez pas devant qui ou quoi plaider votre cause. Pourtant... vous avez la distincte impression que quelque chose vous écoute. Vous imaginez un fil en suspens, qui va être rejeté ou au contraire intégré à la trame du destin, et le choix se prélasse sur votre langue avec des mots brillants que vous ne connaissez pas. Ils n’ont pas l’épaisseur chaude et visqueuse du sang, ils n’ont pas le poids de ce que l’on cède, de ce que l’on perd. Vous n’aviez jamais marchandé qu’avec les ombres.

Une offrande blanche, souffle la brise dans les voiles. Pour les cieux. Le monde n’a pas de bord.

La barre pivote aisément sous votre poussée et l’Aurore suit le mouvement avec toute la grâce muette d’une danseuse. Vos yeux aveugles grands ouverts sur les ténèbres, vous mettez le cap sur l’Est : vous êtes Capitaine et, par gros temps, même les étoiles abandonnent les marins. Vous avez toujours su naviguer dans le noir.

Vous pensez à l’Orphée et à votre ancien équipage. Sont-ils parvenus à retrouver leur chemin jusqu’au port ? Depuis, ont-ils repris la mer, avec plus d’ardeur encore, ou se contenteront-ils d’avoir seulement aperçu le reflet d’une étoile ? L’Aurore brille, vous le savez. S’ils se sont retournés sur elle alors qu’elle vous entraînait au large, ils s’y seront brûlé les yeux.

Vous espérez qu’un jour votre contremaître trouvera le soleil que ses rêves lui ont promis, le navigateur tracera sa route parfaite, loin de toute croix rouge, que votre maître-artilleur se détachera de ses deuils avant de leur céder sa peau, votre ingénieure se réchauffera à une source moins avide, et que le couturier se liera à une trame sans fil écarlate. Vous espérer que ce qu’ils cherchent ne les détruira pas.

Une longueur de corde vous effleure ; Aurore caresse la peau nue de vos avant-bras, attisant un frisson dans son sillage, avant de se saisir avec une grande délicatesse de vos poignets. Elle vous guide. Vous ne lui abandonnez pas les commandes bien que, comme toujours, vous acceptiez son aide.

Le temps passe et vous maintenez le cap, droit vers l’Est. Le monde, rond, n’a pas de bord ; la nuit est éternelle, pourtant quelque part le jour l’est tout autant. Aurore chante avec le vent et vous vous surprenez à sourire. Avec elle, vous traversez l’horizon. Dans un sursaut de vie, vous l’étreignez.

Votre cœur se serre, bat une fois, une dernière fois, et puis vous retenez votre souffle. Vous ne la verrez jamais, mais vous sentez la douceur de la lumière sur votre visage.

Vous quittez l’océan sans soleil.

Vous pouvez mourir.

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