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Chapitre 10 : Dans le Creux des Falaises

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Par &douard

Tivili.

— Ti-vi-li.

Jolyn détacha chacune des syllabes avec application. La mer avait un bien joli nom dans cette langue. Quand Ezechios le prononçait, elle pouvait presque entendre le roulement des vagues. Le vieillard baissa son index, hésita, puis le pointa vers le soleil mourant :

Anostas.

Jolyn et Faè répétèrent comme une seule femme. Un autre mot naquit entre les lèvres d’Ezechios, puis un autre, et un autre encore. C’était devenu leur rituel, à une heure où le camp avait plongé dans l’obscurité et le silence. Tous les jours depuis qu’ils avaient partagé leurs noms, il se retrouvaient au même endroit, contre le rocher en forme de tortue. Ils s’y asseyaient, regardaient les lunes scintillantes sur la mer et le doux éclat des étoiles. Chaque élément de leur environnement trouvait un nouveau nom. Ezechios les répétait jour après jour, inlassablement, avec le même sourire. Jolyn se demandait parfois ce qui le poussait à ces rencontres avec deux étrangères qui ne lui ressemblaient pas. Tant d’autres personnes du camp parlaient sa langue, qu’avaient-elles fait pour attirer son attention ?

Au-delà de ce répertoire partagé grandissant, le passage des jours leur avait permis de développer un nouveau langage. Celui des sons et des corps. Des onomatopées, des rires modulés, des hochements de tête, des gestes exagérés, des sourires. Leurs émotions mutuelles trouvaient d’autres réceptacles que les mots. Dans les soupirs et le dos courbé d’Ezechios, Jolyn pouvait lire son épuisement, sa tristesse parfois. Elle pressentait qu’il la comprenait au moins autant. Leurs silences étaient plus longs que leur conversation, mais ils étaient brisés de rires précieux, chaleureux et humains. Avec lui à ses côtés, elle laissait parfois ses épaules retomber, ses larmes couler et son regard sombrer dans les vides de l’horizon. Dans ces moments, il ne disait rien, ne faisait rien. Il était seulement là. C’était déjà beaucoup.

Faè avait d’abord peiné à apprivoiser cet inconnu, peut-être craint une nouvelle séparation, une nouvelle trahison. Jolyn le comprenait, elle-même ne pouvait parfois s’empêcher de douter de la bonté gratuite d’Ezechios. Chaque coucher de soleil avait un peu plus écarté ses barrières. Au bout d’une semaine, Faè avait commencé à apprendre à son tour des mots de leur langue à Ezechios. Au bout de deux, elle l’avait pris dans ses bras. Jolyn avait cru défaillir. Les câlins de sa fille se faisaient de plus en plus rares et froids. L’absence d’Ewannaël avait creusé un gouffre, que chaque jour élargissait un peu plus. À vouloir la rassurer, lui promettre des jours meilleurs, elle avait l’impression de la tromper, de lui mentir. Alors la voir dans les bras de cet homme qu’elles connaissaient depuis si peu de temps, dans une étreinte aussi franche que puissante, l’avait bouleversée.

Dasnova.

Ezechios n’avait jamais dit ce mot. En le prononçant, il posa la main sur sa poitrine et lui imprima de petits battements. Dasnova. Cœur. Jolyn se surprit à l’imiter, à sentir la pulsation sous ses doigts. Le rythme était lent, comme lorsqu’elle se réveillait d’une longue nuit, dans les années avant la naissance de Faè. Elle aurait voulu qu’il accélère, comme le jour où elle avait posé sa tête sur l’épaule d’Ewannaël pour la première fois. Qu’il batte la chamade et la vie, comme lorsque la cacique avait noué leurs tresses et liés leurs âmes. Son absence avait figé l’organe dans une glace qu’Ezechios ne pourrait jamais faire fondre.

Il leur apprit encore d’autres mots, qui suscitèrent l’enthousiasme de Faè, mais Jolyn n’y était plus. Elle avait pensé à lui, et cela chassait la douceur de l’insouciance. Son absence pesait à chaque instant sur ses épaules, elle n’y prêtait seulement parfois plus attention. Lorsqu’il envahissait ses pensées, c’était pour ne plus les quitter. Une nuée de souvenirs lui rappelait combien elle l’avait aimé. Leurs travaux, leurs disputes, leurs nuits, leurs baisers, leurs marches dans la neige, leurs joies, leurs deuils. Oh oui, qu’elle l’avait aimé.

Ezechios dut s’apercevoir de son mal-être, car il termina sa leçon plus tôt que les autres jours. À la place, il leur fit signe de le suivre. Jolyn lui emboîta le pas, curieuse de savoir où il pourrait les emmener. Elle ignorait tout au-delà de sa façade de tunique blanche et des soirées passées sous le manteau de la nuit. Où habitait-il ? Avait-il une famille ? Comment était-il arrivé dans ce camp ? L’avait-il choisi ? Jolyn n’avait pas cherché à le savoir, car au-delà de la barrière linguistique, elle n’était pas prête à répondre aux questions qu’elle recevrait en retour. Ses souvenirs et ses blessures n’appartenaient qu’à Faè et elle.

Il les emmena entre les tentes endormies, seulement animées par quelques ronflements et les gémissements d’un nouveau-né. Le battement de son bâton de marche, les froissements de sa cape, le souffle de la brise et leurs respirations s’érigeaient seuls en remparts au silence. Leurs pas furent bientôt amortis par la mousse et le lichen. Ils avancèrent vers l’aire la plus sauvage du camp, à l’ombre des pins. Ezechios se lança sur un sentier étroit, s’ouvrit un chemin à gestes précautionneux à travers un chaos végétal. Jolyn dut aider Faè à traverser les bosquets, puis la plaça derrière elle pour la protéger. L’avancée était pénible dans l’obscurité, heureusement limitée par l’éclat des deux pleines lunes. Des épines égratignèrent ses bras, des feuilles piquèrent ses jambes et le ciel se couvrit de branches. Elle s’était déjà approchée de ce bois laissé à l’abandon, mais n’y avait jamais pénétré. Ses larges buissons de ronce et ses odeurs d’excrément et d’urine l’avaient dissuadée aussi sûrement que des barbelés. Sans la connaissance d’Ezechios, qui les guidait comme s’il suivait ce chemin tous les jours, elle aurait déjà fait demi-tour.

À chaque pas, ses interrogations grandissaient davantage : où les emmenait le vieillard ? Pourquoi ? S’il voulait leur montrer quelque chose, il aurait pu le faire lors d’une de leurs précédentes rencontres, avant la tombée de la nuit. Se pouvait-il que ses véritables intentions soient aussi néfastes que celles d’Armen ? Elle peinait à le croire, mais ne pouvait appuyer cette impression d’indices tangibles. Soudain, Faè cria. Le sang de Jolyn ne fit qu’un tour et elle se retourna. Sa fille s’était écorchée la joue sur la pointe d’une branche. Elle serra ses bras entre ses doigts, essuya les larmes qui coulaient sur ses joues.

— Tout va bien, ma fée, tu n’as rien !

Elle la rassura à gestes lents, comme le lui avait appris sa vie de mère. D’un coup-d’œil vers l’arrière, elle vit qu’Ezechios les attendait à deux pas, prêt à repartir. Entre deux sanglots, Faè gémit :

— On va où ? Je veux rentrer.

Rentrer. Jolyn voulut lui répondre qu’elle aussi ne rêvait que de cela. Elle pensa un instant à accéder à sa requête, s’en retourner à leur tente, à leur attente, loin des étranges volontés d’Ezechios. Sa curiosité la retint, appuyée par les gestes de leur guide. Il leur signifia de le suivre un peu plus loin, leur montra un objet ou un endroit qu’elle ne pouvait voir et voulut découvrir.

— Ezechios veut nous emmener quelque part. On le suit.

Faè protesta, tira sur le bras de Jolyn pour s’en aller.

— Il faut que tu viennes, Faè. Il va nous faire découvrir quelque chose. C’est peut-être…

— Non, je veux pas ! Je veux plus te suivre !

Son cri dispersa les derniers fragments de patience de Jolyn. Une pensée aussi injuste que coupable se glissa dans son esprit : c’était à cause de Faè qu’ils étaient partis, qu’ils avaient tout sacrifié. Elle aurait dû leur être reconnaissante d’avoir détruit leurs vies pour sauver la sienne. Sa voix siffla, sèche :

— Dépêche-toi ! Obéis-moi !

Elle serra le poignet de sa fille, la tira derrière Ezechios. Le vieillard détourna les yeux et reprit sa marche en avant. Jolyn le suivit en ignorant autant les lamentations de Faè que sa culpabilité. Elle s’en voulait déjà de ne pas avoir trouvé d’autre réceptacle à sa colère et sa fatigue. Sa fille avait autant souffert qu’elle, et à sa différence, n’avait rien choisi. Elle avança ainsi la tête basse jusqu’à un nouvel arrêt d’Ezechios. Le vieillard se figea devant le long filet de fer surmonté de barbelés qui fermait le camp. Jolyn le rejoignit avec déception : était-ce bien là la destination de leur escapade ? Était-ce pour cela qu’elle s’était griffée ? Qu’elle avait forcé Faè à la suivre ?

Ezechios se glissa de trois pas sur la droite, se pencha et écarta une dizaine de branches disposées en tas. Il dégagea ainsi un passage à travers le grillage, dont les fils avaient été suffisamment écartés pour laisser passer une personne. Jolyn sentit les battements de son cœur s’accélérer. Voulait-il qu’ils s’échappent du camp ? Elle n’était pas certaine de le vouloir. Où les emmenait-il sinon en haut de falaises trop hautes pour être descendues ? Leur guide se glissa de l’autre côté, puis leur fit un grand signe de la main. Son assurance dissipa assez les hésitations de Jolyn pour qu’elle le suive. Un frisson la traversa lorsqu’elle réalisa qu’elle quittait le camp pour la première fois depuis son arrivée.

Avant de continuer l’exploration, Jolyn se retourna un bref instant vers sa fille pour lui glisser quelques mots.

— Excuse-moi. Je suis fatiguée.

Les pupilles de Faè s’agrandirent et la scrutèrent dans une expression indéfinissable. Jolyn se sentit un peu mieux, comme si l’on avait libéré ses épaules du poids d’un traîneau tiré de longues minutes dans la neige. Ewannaël avait été le premier à lui montrer que l’on pouvait s’excuser à un enfant, lorsqu’il s’était penché au-dessus du berceau d’Astaè pour lui demander pardon d’avoir crié au retour d’une chasse infructueuse. Elle avait admiré ce courage, puis l’avait imité. S’excuser avait le pouvoir puissant d’atténuer à la fois sa blessure et celle de l’autre, de renouer ou renforcer un lien abîmé. Il demeurait toujours une croûte, une cicatrice, mais rares étaient les plaies que le pardon ne pouvait soigner.

Après un instant de flottement, Faè emboîta le pas à leur guide, sans doute désormais aussi curieuse de connaître leur destination. Jolyn les suivit dans leurs derniers pas à travers bois. Car bientôt, une terre rocheuse remplaça la mousse, un plateau rocheux le relief végétal. Ils suivirent un sentier humide à travers pierres, qui s’élevait vers les falaises. Avant même de parvenir au sommet, Jolyn entendit les rouleaux de vagues qui s’écrasaient inlassablement contre les parois et sentit des odeurs de sel et d’algues séchées. Ces sensations familières allumèrent une étincelle d’excitation. Il lui semblait retrouver un environnement et un quotidien perdu, sa vie au bord des vagues. Elles lui évoquèrent aussi l’effroi de la tempête au large de Maëlval, où elle avait cru tout perdre, l’inquiétude qui la saisissait à chaque expédition de son Ewan.

Elle arriva en haut essoufflée, le front couvert de sueur. Les semaines d’attente l’avaient émoussée. Elle enviait la vivacité de sa fille, qui courait avec les jambes d’un âge infatigable. Le panorama récompensa ses efforts. Les cheveux portés par le vent, Jolyn admira l’immensité des lignes de vagues, la lueur pâle des lunes duvetées de nuages gris et leurs reflets dans la mer. Elle se pencha avec précaution sur les parois de la falaise, où nichaient quelques arbustes et de nombreux oiseaux. Puis elle recula et prit la main de Faè, dont les yeux élargis trahissaient le vertige. Ezechios les fit longer le surplomb pendant de longues minutes. Le vieillard prenait des allures mystiques dans son silence, avec ses vêtements gonflés par le vent. Jolyn se demanda si ce n’était pas finalement lui leur esprit protecteur.

Ils parvinrent jusqu’à une protubérance rocheuse dans le tracé de la côte. Ezechios ralentit, promena sa tête de gauche à droite, comme s’il cherchait son chemin. Il tourna ensuite brusquement vers le vide. Jolyn retint un cri de frayeur avant de s’apercevoir qu’un escalier avait été taillé sur le flanc de la falaise. Une corde élimée était accrochée à côté, pour s’accrocher dans la descente. Il leur fit signe de descendre avec prudence par ce chemin étroit, puis se lança le premier. Jolyn hésita à se lancer dans une escapade aussi risquée pour sa petite, mais Faè tirait déjà sa main, et sa curiosité ne cessait de grandir. Ce chemin avait été aménagé, il devait mener quelque part. Ezechios avait déjà une dizaine de pas d’avance quand elle se lança. Elle invita ensuite sa fille à la suivre :

— Accroche tes deux mains à la corde, pose tes pieds en parallèle. Descend une marche après l’autre, tout doucement. Voilà, comme ça.

Elles avancèrent ainsi jusqu’au bout, avec la lenteur de la prudence. Par bonheur, l’escalier s’élargit de plus en plus, ce qui calma les battements de cœur de Jolyn. Elles parvinrent sur un replat, à mi-hauteur entre le sommet et l’abîme. Il ouvrait sur une entrée sombre, d’où parvenaient des odeurs de fientes et d’humidité. Une grotte. Ezechios s’engouffra dans ses ténèbres sans un mot. Jolyn hésita à le suivre, incapable de savoir ce qui les attendait derrière. Il lui semblait se retrouver devant l’entrée des mines, à l’aube d’une journée pénible. Elle se décida cependant, songeant qu’elles avaient été trop loin pour revenir en arrière.

Elle n’avait pas fait un pas qu’une lumière surgit soudain. Celle d’une lampe à huile, qui ressemblait à celles de chez Armen en plus petit. Puis une autre, et une autre encore. Ezechios éclaira la grotte comme s’il allumait des étoiles. Il en dévoila les trésors. Jolyn demeura bouche-bée, alors que chaque lumière supplémentaire ajoutait à la beauté des merveilles environnantes. Une longue fresque avait été peinte à même le sol et les parois. Elle couvrait chaque anfractuosité de la roche, avec une précision stupéfiante.

Le peintre avait tracé les contours de nombreuses silhouettes animales, de toutes tailles et formes. Des poissons, dont une gigantesque créature de couleur noire qui occupait la moitié du sol de la grotte. Son crâne n’était percé que de petits yeux blancs et d’une gueule entrouverte. Ses nageoires pouvaient écraser tout ce qui l’entourait. Jolyn se demanda s’il s’agissait d’une baleine. Ces créatures légendaires, observées à de très rares reprises, que l’on disait sommeiller dans les profondeurs de l’océan. Sa mère lui avait dit en avoir déjà vu une remonter à la surface lors de ses premières expéditions. Ses mains tremblaient lorsqu’elle avait décrit la mer se soulevant sous la poussée du monstre. Malgré la distance, leur bateau avait failli se renverser.

Jolyn jeta un regard interrogateur à Ezechios. Pour représenter la baleine avec une telle précision, il avait dû en observer une. Ses yeux aux sourcils blanchis par l’âge avaient dû voir tant de choses. Elle l’imagina marin, au milieu de mers dangereuses, peuplées de créatures mystérieuses. Autour de la baleine, elle reconnut des orques, requins, ombles, morues, narvals et bélugas, mais aussi de petits mollusques. Une étoile de mer brune se tenait entre ses pieds. Elle se pencha pour admirer la finesse de ses traits, la précision de son auteur.

Faè resta debout, fascinée par les innombrables mammifères qui se promenaient sur les parois. Jolyn se leva et s’intéressa à ce qu’elle regardait. Sa fille avait posé sa main sur un phoque, comme si elle pouvait le caresser. Il était juché sur une banquise qui abritait aussi des rennes, ours, loups, renards et lièvres. En montant, on découvrait des terres sans neige, avec des couleurs plus chaleureuses, de nombreuses espèces végétales. Des arbres aux branches chatoyantes, des fleurs bigarrées, des ensembles de champignons, des mousses rampantes et des champs entiers de fougères et herbes folles. Les animaux y étaient plus discrets, Jolyn ne les trouvait qu’après de longues secondes d’observation. Si certaines espèces ressemblaient à celles qu’elle connaissait, d’autres lui étaient inconnues. Certains avaient le corps de la forme d’une corde, et une langue fourchue. D’autres avaient des pattes massives, de longues oreilles et un museau en forme de flûte. Lorsqu’elle s’approcha encore un peu plus, de minuscules points se dévoilèrent, comme les centaines d’insecte qui bourdonnaient partout.

Sur le plafond, des nuages d’un blanc cotonneux enveloppaient un soleil qui n’était plus qu’un demi-cercle rougeoyant. Des yeux en forme de croissants s’ouvraient autour de lui. Le peintre avait saisi l’exact instant où le jour cède à la nuit. De nombreux oiseaux volaient dans le ciel ocre, de la mouette à des seigneurs du ciel dont les ailes devaient excéder la taille de deux humains. L’un d’entre eux tenait une proie dans ses serres, la promenait entre les nuages comme pour démontrer sa toute-puissance.

Elle en était persuadée désormais, Ezechios avait exploré des terres lointaines, découvert d’innombrables espèces. Cette fresque constituait un vibrant hommage à leur faune et leur flore. Elle figeait sa représentation du vivant, une richesse que Jolyn n’avait jamais envisagé. Se pouvait-il que le monde soit si vaste ? Ses habitants si nombreux ? Et s’il avait tant voyagé, pourquoi Ezechios se trouvait-il là, avec elle ? N’y avait-il pas de meilleur endroit au monde où résider que ce camp misérable ? Ne pouvait-il pas les aider à trouver un autre endroit où vivre ? Plus que jamais, elle regretta de ne pas parler la langue du vieillard, tant les questions abondaient. Elle regretta aussi qu’Ewannaël ne puisse découvrir cette merveille. Il l’aurait tant aimée.

Ezechios les rejoignit, leur adressa un sourire édenté. Il engloba toute la grotte d’un grand geste du bras et articula un mot que Jolyn et Faè répétèrent sans le comprendre. Puis il posa son doigt sur une créature proche du chien avec de longs poils et leur donna son nom. Il passa le reste de la nuit à leur partager un vocabulaire dont elles n’auraient pu découvrir l’existence. Ces nouvelles connaissances ne purent éclairer le centième du mystère qu’incarnait désormais Ezechios.

L’aube s’éleva sans que Jolyn ait vu les heures s’échapper. La lumière lui dévoila des détails de la fresque jusque-là invisible, mais lui fit perdre son aura de mystère nocturne. Elle aperçut une pioche au fond de la grotte, la même que celle sur laquelle elle s’était tant échinée dans les mines. Cet objet confirmait que cet endroit avait été creusé ou au moins agrandi par une main humaine. Celle d’Ezechios. Combien de centaines d’heures avaient été englouties dans la création de ce trésor ? Sa fascination pour lui se mua en admiration.

Le vieillard les guida sur le chemin du retour en silence. Jolyn se perdit dans ses pensées et se retrouva au camp sans même s’en apercevoir. Elle imita les bâillements de Faè, entra dans sa tente après un chaleureux aurevoir à Ezechios. Son assoupissement suivit de peu celui de sa fille. Elle passa toute la journée à rêver d’Ezechios et du trésor qu’il cachait dans le creux des falaises.

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