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39 - Labyrinthe

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Par Lily

De retour dans le couloir, je regardai le bois vert de la porte que je venais de refermer.

C’est comme si j’étais encore dans le Labyrinthe. J’ai échoué à l’énigme d’Armand. Je le paie en perdant ce que je pensais être le début d’un ami.

Je me sentais incapable de remonter vers la foule. J’aurais pu me confronter aux Grifals et à l’implacable soleil, trouver un chemin par l’extérieur pour rejoindre la tente au poteaux verts... Je me sentais incapable d’affronter Wolf Storm et sa capacité à me tirer les pensées de la bouche - même s’il avait promis de ne plus en user sur moi. Il restait le frère de Cazelain et le fils d’Isaure : à quel point pouvais-je me fier à lui ? Je le tenais en trop haute estime.

Reste prudente, de tout et de tout le monde. Regarde ce qu’il se passe quand tu t’ouvres à quelqu’un : il te blesse. Méfie-toi aussi d’Adam.

Je soupirai en reculant, lasse de ce type de pensées, puis je repris mon avancée dans le couloir, me contentant de dépasser les portes en admirant leurs poignées en forme d’oiseaux à la lueur du galet emprunté. Je m’arrêtai sous une arche derrière laquelle le chemin se divisait en deux voies : l’une en roche brute n’était qu’une salle ouverte remplie de caisses et de tonneaux entassés de façon anarchique, l’autre poursuivait sa course pavée. Les piliers de l’arche, en pierre, étaient gravés d’arbres et d’oiseaux, toujours le même ; ce devait être un souimanga. Je passai les doigts dessus ; que n’aurais-je donné pour avoir un carnet à croquis sous la main.

Parce que j’étais silencieuse dans mon observation, je relevai un bruit derrière la porte dont la poignée avait la forme du hibou : le murmure d’un tissu que l’on froisse suivi d’un soupir, celui qui accompagnait le plaisir. Je glissai mon galet dans une poche de ma robe puis je restai plantée là, le cœur palpitant.

Quelles sensations procure une étreinte secrète, dérobée au fond d’un couloir, derrière une porte bleue ?

Des bruits de pas m’arrachèrent à ma posture indiscrète. Honteuse, j’allai m’accroupir derrière un mur de caisses.

Idiote, si ça tombe, c’est juste Émée qui te cherche.

Par l’interstice entre deux piles de caisses, j’avisai une silhouette féminine dépourvue de châles, de voiles et de clochettes ; il ne s’agissait pas de ma compatriote mystique. L’inconnue tenait un bâton serti d’une brochette de galets et marchait d’un pas nerveux de porte en porte. Elle se figea devant celle à la poignée hibou.

— Noamia ! siffla-t-elle. Je sais que vous êtes là, je vous sens ! Sortez !

Un rire cristallin s’insinua par-dessous la porte, suivi de nouveaux froissements de tissus.

Que sent-elle ?

J’humai l’air puis tentai de me concentrer sur d’autres sortes de sensations… Rien. Encore un mystère de ce monde. J’écarquillai soudain les yeux.

Peut-elle me sentir aussi ?

Si c’était le cas, l’inconnue - d’un certain âge et d’aspect sévère - faisait fi de ma présence.

— No-a-mia ! s’impatienta-t-elle.

Une serrure cliqueta puis la porte se laissa avaler par la pièce pour laisser s’échapper une jeune femme aux yeux écartés. C’était surprenant. Ni beau ni laid. Juste surprenant. L’équilibre était rattrapé par un visage à l’ovale parfait et des lèvres rondes. Sa robe bleue au décolleté généreux dévoilait un tatouage d’abeille qui ne laissait aucun mystère sur son Clan.

— Cette duperie était ridicule et cette situation inconvenante, rabroua sèchement l’ainée.

La jouvencelle fit la moue.

— Norma, nous n’avons rien fait de mal, je te le promets.

— À trop tenter sa chance, jeune fille, on en perd ses doigts ! Quant à vous, Sieur Loup, j’ose espérer que vous avez appris les règles des nœuds de langue à votre protégée qui vous épiait. Si nécessaire, sachez que je suis aussi douée que votre Mère pour laisser courir les bruits les plus à craindre.

Je suis grillée.

Mais d’imaginer Wolf Storm batifoler ainsi était peut-être plus fou que cette dame qui sentait la présence des gens.

— Venez Noamia, rentrons. Je vous ai déjà excusée auprès de votre oncle, tâchez de ne pas oublier de feindre une énième migraine.

Et l’inconnue rebroussa chemin en tirant la jeune femme à bout de bras dans son sillage. Cazelain sortit à son tour de la pièce.

Que… Quand ? Comment ?

Il regarda dans la direction des caisses et des tonneaux.

— Qui est là ?

Je me relevai. L’étonnement qu’il affichait ne me procura aucune joie tant j’étais penaude. Le jeune Loup fit claquer sa langue quand je l’eus rejoint.

— Et bien, Luce, tu nous épiais moi et mon oisillon du moment ?

Son oisillon pour parler d’une conquête ? C’est dégoûtant.

— Non.

— Mensonge. Je les sens, sais-tu. Ils me piquent le gosier quand on les prononce près de moi. Il en est de même pour tous les Loups.

Cela mieux vaut le retenir…

— Je ne savais pas qui se trouvait derrière cette porte, me défendis-je. J’ai été surprise par des bruits en passant devant. Je ne cherchai pas à épier qui que ce soit en traversant ce couloir.

Que des vérités.

— Mmh… Désolante raison.

Il posa ses mains sur mes épaules.

Quelle stupide situation, m’agaçai-je.

Puis il me surprit en me poussant en arrière pour me coller contre le mur où il prit appui, maintenant un espace entre nos deux corps.

— Merde ! Cazelain !

Une légère note d’alcool chargeait son haleine. Suivant mon instinct, j’attrapai mon galet et le remontai à hauteur de ses yeux. Ses pupilles se resserrèrent.

— Tu cherches à m’éblouir ? s’amusa-t-il.

— C’est plus fort que toi ?

Ses yeux papillonnèrent avec innocence.

— Dis-moi, Luce, cette proximité déclenche-t-elle un appréciable émoi en toi ?

— C’est vraiment cela ? C’est plus fort que toi ? Tu ne peux pas contrôler ce stupide besoin primal de séduire ? éclatai-je d’une voix dure.

Gare. Mesure-toi.

Trop tard. Son regard se durcit.

— Serais-tu jalouse ?

— Pardon ?

Sa voix n’avait rien de charmant.

— Aurais-tu aimé que ce soit toi dans cette chambre ?

— Non, m’exclamai-je en sentant quelque chose tressaillir en moi.

— Menteuse.

Il attrapa mes poignets et les serra. Je partis tout de suite en vrille et me mis à les secouer comme une démente, prête à mordre, à donner du genou, à…

— Luce !

Je me figeai. Il m’avait déjà relâchée et reculait.

— Je ne vais rien te faire, m’apaisa-t-il d’une voix douce.

Ma respiration était bruyante et j’avais mal à la poitrine.

Je suis calme.

Cazelain me dévisageait d’un air soucieux.

— Je suis calme, clamai-je sur un ton qui m’apparut agressif.

Merde, il n’a fait qu’attraper mes poignets… Et puis non, il n’avait pas à le faire !

— Je suis désolé, murmura-t-il, je n’aurais pas dû te coincer.

Un silence passa. Je collai mes paumes contre la roche froide dans mon dos. Le jeune Loup reprit la parole quand je relâchai la tension sur mes épaules.

— Luce, me feras-tu le plaisir d’être honnête ? demanda-t-il de sa mine sérieuse. Aimerais-tu que je t’enlace dans cette chambre ? Que je pose mes lèvres sur les tiennes ? Je peux être sage, je peux faire cela doucement.

Je me sentis pâlir. Wolf Storm avait laissé entendre que Cazelain et Isaure devaient toucher leur victime pour extraire une vérité. Un bon mètre me séparait du cadet des Loups.

Tu as besoin d’être rassuré sur ton capital désir ? attaquai-je.

— Ne me répondras-tu pas ? dit-il un ton plus bas. Désires-tu, oui ou non, que je t’entraine dans cette chambre ?

Plutôt me mordre la langue que d’aborder ce sujet avec toi.

Cazelain avait bu, il n’était pas sérieux, il jouait. Une parade vint à mon secours.

— En vérité, répliquai-je, cette demande n’a pas lieu d’être. Je t’ai souvent vu charmer, mais sois honnête, en as-tu, toi, seulement envie ? Depuis le temps qu’on se côtoie, tu n’as jamais été bien loin avec moi. Tu me vois comme une fillette, tu ne te retiens même pas de m’étaler ton sale caractère. Alors cesse de m’ennuyer et garde tes jeux pour les autres femmes.

Yeah.

Silencieux, la tête penchée sur le côté, il incarnait un ciel bleu sans nuage.

— Idiote.

Je croisai les bras sur ma poitrine mais il ne semblait pas énervé. J’eus même droit à un sourire. Je me crispai lorsqu’il s’approcha, mais il se contenta de deux petites tapes sur le sommet de mon crâne.

— La vérité, petite naïve, est que j’ai promis de ne pas te toucher. Si je n’étais pas un homme de parole, tu serais déjà passée dans mon lit ou moi dans le tien. Tu n’as rien d’une enfant, ni rien de moins que les autres. Ni même plus par ailleurs. Et n’aie pas la prétention de croire que tu m’aurais résisté.

Son regard se fit hautain.

Hautain et prédateur.

— Je le dis presque avec regret, mais j’ai rarement échoué à faire céder une femme ou un homme. Ce talent n’est pas glorieux, mais il est mien.

Mes sourcils durent révéler ce que j’en pensais.

— C’est pourtant ainsi, se désola-t-il. Et à mes yeux, vous vous valez toutes et tous. Je prends du plaisir à séduire, mais je ne m’en cache pas. Ainsi chacune et chacun sait à quoi s’en tenir : je n’ai que du bon temps à offrir, rien de sérieux et certainement rien de constant.

Ce tableau qu’il brosse… il correspond au croquis que j’avais tracé.

De l’index, il vint tapoter le bout de mon nez.

— Tu sais, je suis heureux d’avoir fait cette promesse à ton égard, ça m’a permis d’avoir un autre type de relation avec toi. J’aime presque quand on se dispute, ça me rappelle les bons moments avec mon frère.

Voilà. Je ne lui en veux plus. Sale type.

— Donc, tu vas arrêter de m’asticoter ? ronchonnai-je.

J’eus droit à l’un de ses terribles clins d’œil.

— Certainement pas ! Tes réactions colériques me soulagent sur mon propre caractère. Mais je te promets de ne jamais franchir aucune limite, ajouta-t-il en redevenant sérieux. N’aie plus peur de moi, je t’en supplie.

Je sondai ses yeux bleus puis j’acquiesçai.

— Je suis étonné que tu ne demandes pas… ; ne veux-tu pas savoir qui m’a fait promettre de ne pas te toucher ? badina-t-il après avoir ajusté sa chemise et reboutonné son gilet.

Je haussai les épaules.

— Ce ne peut être que Dana.

Ses cheveux caressèrent son front lorsqu’il secoua la tête.

Sans lever ce mystère, sur un sourire énigmatique, il partit en direction des escaliers et disparut dans la courbe du couloir.

Il est impossible. Mais je n’en ai rien à faire, je ne courrai pas après lui.

La porte hibou était restée ouverte, je ne pus m’empêcher d’attraper la poignée pour la refermer. Au passage, j’avisai un monstrueux lit à baldaquin aux draps froissés. La sensation traitresse résonna au fond de moi.

C’est ridicule. Tu serais incapable de ressentir le moindre plaisir même si tu le voulais.

Je claquai la porte. Geste parfaitement déraisonnable. Pourtant, j’aurais claqué toutes les portes du couloir si je l’avais pu.

Je ne veux plus voir personne. Je passe devant les grifals, je retourne à la tente aux poteaux verts et j’écoute les silences de Tom jusqu’à ce qu’il soit temps de rentrer.

J’avançais sans me presser, j’étais presque aux escaliers lorsque je tombai sur Eden, le Compagnon du Roi, qui bloquait le passage.

Sérieusement ?

Je fis demi-tour pour repartir dans l’autre sens.

— C’est un cul-de-sac, grinça-t-il.

Je poussai un long soupir avant de lui faire face.

— Vous voulez quoi ? dis-je sèchement.

— Le Roi s’est déplacé ici pour vous parler. Je partais à votre recherche. Vous êtes là. Entrez.

Les tatouages dorés scintillaient sur son visage aux joues creusées.

— Et que lui veut sa Majesté ?

Cazelain !

Je l’applaudis en pensée ; il était revenu sur ses pas, il ferait pression pour qu’on me laisse en paix.

Juste parler, s’agaça le Compagnon royal.

Le jeune Loup haussa les épaules :

— Ma foi, Luce, plus vite tu entres, plus vite tu sors. Je t’attends ici.

Mais…

J’étais coincée. Partagée entre inquiétude et morosité, je pénétrai dans une nouvelle chambre dépourvue de fenêtre.

****

Je m’étais trompée sur la nature de cette pièce ; je me tenais dans un modeste bureau aux murs lambrissés d’un bois foncé. Maguiar était installé dans un fauteuil gris satin, un verre rempli d’un liquide ambré à la main. Il était amusé, il n’avait même pas eu à patienter. Eden avait précisé que je revenais du fond du couloir avant de refermer la porte - dont la poignée avait la forme d’un corbeau.

— Dites-moi, de quelle pièce venez-vous ?

Est-ce que les Corbeaux peuvent sentir les mensonges ?

— J’ai laissé Armand, l’Invité des Ours, empêtré dans de difficiles émotions dans une chambre quelconque.

Ainsi je restais sur une vérité en gardant pour moi l’épisode de la porte hibou.

— Damoiselle, permettez-moi de vous corriger : votre ami n’est plus un Invité mais un Sieur Ours. J’imagine qu’il est en joie, sa Protectrice m’a appris au cours de l’Épreuve qu’il était l’heureux géniteur de trois enfants à naitre. Puisse l’Univers déjà les protéger.

— Trois… ? murmurai-je, perplexe.

Le Roi sembla ne pas m’avoir entendue, il déposa son verre sur une table basse avant de se relever.

— Celles et ceux de votre monde qui nous offrent des enfants sont tenus en haute estime ; votre force vitale renforce nos descendances. Mais ne soyez pas si soucieuse, cela n’est pas une obligation, précisa-t-il en passant une main sur sa barbe coupée à ras. Tout comme appartenir à un Clan n’en est pas une, mais je ne vous cache pas qu’à ce stade des Épreuves, ce manque de statut vous dessert. Sachez que vous n’êtes plus beaucoup à porter le titre d’Invités.

La Protectrice des Faucons n’a-t-elle pas aussi laissé entendre qu’être sans Clan compliquerait les Épreuves à venir ?

— J’ai en horreur le jeu du chat et de la souris, poursuivit Maguiar. Malgré la réputation du jeune Loup, force est de constater que vous n’avez pas encore rejoint leur Clan.

Il ramassa une pièce de monnaie qui trainait sur la table basse, auprès de son verre, et me la tendit.

— Prenez ce sceau dans votre paume, Damoiselle Luce, et serrez-le.

La pièce était gravée d’une rune.

— Ce sceau me permettra de vous révéler des faits tout en m’assurant que vous ne puissiez les répéter à quiconque, précisa-t-il face à mon hésitation.

Je ne doutai pas de ce qu’il affirmait - j’avais suffisamment côtoyé l’impossible en ce monde. Curieuse, j’obtempérai : je serrai la pièce et lui serra sa main caleuse par-dessus la mienne ; le métal chauffa contre ma peau et Maguiar parla.

— J’ai longtemps attendu pour prendre femme car une prophétie court sur nos terres depuis la dernière Moisson : l’âme étrangère qui s’unira à la Reine ou au Roi ramènera lumière, prospérité et sérénité aux terres de son Clan. Hélas, mon impatience m’a poussé à me précipiter et me suis trompé. Dame Eryn, malgré ses qualités, n’est pas l’élue. Je lui ai posément expliqué mes raisons bien avant cette Épreuve. Je la garderai sous ma protection, elle continuera de vivre dans l’opulence que je lui ai promise. Mais elle ne peut demeurer ma Reine.

Wow. Je comprends mieux son comportement exécrable dans le Labyrinthe. Et ce qu’elle a dit. Et même la gifle…

— Je ne peux cependant me défaire d’une épouse d’une façon qui passerait pour un caprice aux yeux de la cour, reprit Maguiar en ignorant sciemment ou non mes yeux écarquillés. Ce secret n’est connu que d’une poignée de gens dont vous faites désormais partie. Il me faut du temps pour mener cette transition et j’en prendrai un autre avant de consacrer ma prochaine Reine ; je me refuse à une seconde erreur de jugement. Je ne m’engage à rien vis-à-vis de la couronne mais je vous réitère ma proposition de venir vivre au Palais. Si vous m’acceptez comme amant, moi ou un autre de mon Clan, vous seriez une Corbeau. Vous pourriez participer au rituel, un Gardien se lierait peut-être à vous… et je n’aurai plus de doute alors.

Maguiar me lâcha et demanda à récupérer son sceau. J’ouvris les doigts et refermai la bouche.

Nom d’une chouquette.

— Puis-je espérer une réaction ?

Il veut une réponse maintenant ?

— Vous… vous semblez penser que je vaille mieux qu’Eryn… Pourquoi ?

— Je n’ai pas dit cela. Vous correspondez mieux à la prophétie.

— Pourquoi ?

— C’est un sujet que je ne débattrai avec vous que lorsque vous aurez accepté ma proposition de venir vivre au sein des Corbeaux.

— Pourquoi ?

— Elle est un secret bien gardé, s’impatienta-t-il.

— Il n’y a donc aucun sentiment dans votre proposition ? variai-je en espérant le mettre mal à l’aise.

Mal m’en échu car il n’en fut rien.

— Damoiselle, je suis Roi. Je ne peux m’accorder ce luxe, je me dois de choisir la meilleure Reine, non pas pour moi, mais pour mon Peuple. Et si je peux m’engager à être un époux correct, je ne peux savoir à l’avance si des sentiments seront ou non amenés à se tisser entre moi et ma prochaine épouse. En l’état, je n’éprouve rien de particulier à votre égard, si ce n’est du respect pour votre force mentale et morale. J’ajouterais que vous n’êtes pas dénuée d’un certain charme, quoiqu’il ne soit pas aussi éblouissant que Dame Eryn. Toutefois, au vu de ce que je vous ai confié, vous pouvez tirer la conclusion que l’apparence n’est pas déterminante à mes yeux.

Je… veux quitter cette pièce.

Je frottai mes paumes moites sur ma robe en réfléchissant à une tournure polie pour clore cet entretien.

— Désirez-vous un temps de réflexion ? finit par soupirer Maguiar.

— Oui ! m’étranglai-je.

Puis je m’inclinai avant de m’encourir vers la porte en veillant à ne pas croiser ses yeux glacier.

Il ne s’est pas permis de me tutoyer cette fois, me fis-je la réflexion en tournant la poignée corbeau.

Cazelain et Eden se toisaient dans le couloir. Je m’inclinai vers le Compagnon et filai en direction des escaliers.

Vite !

J’étais soulagée que personne ne me hèle. Juste avant que je n’ouvre la porte bleue, Cazelain me retint par l’épaule.

— Tout va bien ? chuchota-t-il.

— Ça va, le rassurai-je en ouvrant la main qui avait serré le sceau.

Une légère marque rouge s’était imprimée sur ma peau.

— Je vois…, je ne me fatiguerai pas à te tirer les vers du nez.

Il tapota le haut du crâne.

— Ne t’inquiète pas, d’ici à ce soir, cette trace aura disparu.

— Ne me laisse plus jamais seule avec le Roi, le récriminai-je.

Il se pencha en avant pour ouvrir la porte bleue. Le contact de son corps contre mon dos me fit frisonner.

— Tes désirs sont des ordres, murmura-t-il à mon oreille.

Nom de… !

****

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