Paris, 14 janvier 1895
Mon bras se rétablit bien, comme me l'a indiqué la chute de la fièvre. Pour la première fois depuis mon retour, j'ai l'impression d'avoir les idées claires.
Je veille à la fenêtre dès le début de la matinée, mon carnet ouvert, ma plume entre les pages. Pas d'épervier. À croire que son retour sur la page illustrée est définitif. Sans ma vitrine paléontologique brisée ou le souvenir des serres lacérant mon bras, peut-être aurais-je cru l’avoir rêvé.
En attendant, je guette.
Il reviendra.
Paris, 20 mai 1895
Veille du départ.
Je m’arrache au sommeil. Cette fois, pas de vautours du Nil me dévorant les entrailles ni d’ibis sacré inquisiteur, mais des yeux vairons qui me fixent, juste de l'autre côté de la fenêtre de ma chambre. Je bondis de mon lit, mais il s'est déjà volatilisé.
Dans sa fuite précipitée, il a laissé derrière lui une plume sur le rebord.
Quel soulagement, je ne suis pas fou ! Impossible de le confondre avec un autre avec son œil jaune et sa prunelle noire.
Peut-il être à la fois sur la page du manuscrit et libre de survoler Paris ? Dans ce cas, sa disparition de l'illustration le jour de mon retour n'était que temporaire. C'est logique, quand on y pense. Il ne s'agit pas d'un oiseau d'encre, mais bien d'un épervier fait de chair.
Cette plume ne suffira pas à prouver qu'il existe. Elle pourrait appartenir à n'importe quel rapace de la même espèce.
Non. Le seul moyen pour qu'on me croie, c'est que d'autres personnes puissent le voir.