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Nauli – Amour

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article 966

Elle était à bout.

Quand elle l’avait perdu une première fois, on lui avait dit que l’achever serait clémence. Elle avait tenu en équilibre entre la folie et l’espoir, et avait finalement réalisé l’inimaginable en le ramenant. Depuis son retour, elle le savait. Lui faire voir un avenir autre qu’infernal serait une tâche herculéenne ; lui faire comprendre que même si tout le monde voulait le voir disparaître, y compris lui-même, il y avait quelqu’un pour lui. Quelqu’un qui voulait qu’il vécût. Quelqu’un qui avait besoin de lui. On lui avait dit qu’elle ferait mieux de le laisser tomber, malgré leur Lien ; qu’elle s’en remettrait. Elle n’avait pas choisi de l’aimer, mais elle avait choisi d’y croire. Elle avait décidé d’écouter son cœur au lieu de l’étouffer.

On croyait que c’était un monstre. Elle, au contraire, savait. Qu’il n’était pas un monstre. Qu’il souffrait. Qu’il regrettait. Qu’il voulait se racheter. Mais il avait fini par croire, lui aussi, ces voix ignorantes. Elle le voyait dans ses yeux, que sa vision était prisonnière du passé. Il ne se percevait qu’à travers ses erreurs ; il déformait sa rédemption à travers le prisme de ceux qui voulaient sa mort. Le présent était une torture, l’avenir n’existait pas. Il n’agissait que pour ceux qui étaient partis, sans réaliser le mal qu’il faisait à ceux qui restaient. À elle. Elle avait espéré que ses marques d’attention, d’affection, auraient ramené ses pensées vers aujourd’hui, vers elle. Elle le savait fragilisé, son Esprit prêt à s’écrouler. Elle avait craint que le confronter directement le brisât.

Mais elle n’en pouvait plus.

Cela faisait des années qu’il œuvrait pour se détruire, sans se rendre compte qu’elle avait tout perçu. Et elle venait de vivre un enfer ; elle avait cru le perdre une seconde fois. Définitivement. C’était elle qui avait failli se briser.

Qu’ils aillent tous au Néant ! Iarzog’Un ! Ses fantômes ! Les Inrims ! L’univers ! Je l’aime ! Je veux juste qu’il vive et qu’il soit heureux !

Elle préférait qu’il volât en éclats par sa faute. Au moins cela aurait été par amour en tentant de le sauver, et non persuadé qu’il n’avait aucune place dans cette vie.

Si tu dois partir de toute façon, autant que ce soit dans mes bras.

Elle sentit sa présence sur ce chemin qu’il pensait être le seul à connaître. Tant pis si elle avait une mine affreuse avec des larmes comme maquillage ; elle en avait assez de ce voile qui cachait ses peurs, ses peines pour lui. Elle se téléporta devant lui. Il avait une mine misérable qui lui mettait le cœur en pièces. Ses yeux semblaient la regarder sans la voir, comme d’habitude. Elle propulsa sa main vers son visage.

RÉVEILLE-TOI !

Elle perçut une étincelle, une lueur sur sa tête frappée par sa gifle et la surprise. Elle comptait bien l’attiser. Elle le saisit et les précipita tous deux à terre. À califourchon sur son abdomen, elle lâcha la bride à ses émotions refoulées, son cœur muselé. À elle-même. Elle s’abandonna à un cri libérateur pour elle, mais surtout, elle en implorait toutes les forces imaginables, pour lui :

« ARRÊÊÊÊTE ! »

Elle eut l’impression que cet instant dura une éternité. Extérioriser le grondement contenu dans son silence pendant des années l’avait vidée. Tout la pression accumulée avait emporté ses forces lorsqu’elle l’avait relâchée sur lui. Les yeux fermés, elle cherchait son souffle. Lorsqu’il commença à revenir avec difficulté, elle les ouvrit lentement, redoutant ce qu’elle trouverait. Le regard qui la fixait brillait d’un faible éclat qui lui avait manqué depuis trop longtemps. Elle avait percé le voile sur ses iris rouges. Elle s’y noyait comme si elle venait de le retrouver. Toujours immobile, il prit enfin la parole :

« Nauli…

— J’ai besoin de toi… Je ne veux pas te perdre, Lémèn… Pas encore…

— Mais… Je suis un boulet, ton boulet. Sans moi, tu serais libre. Heureuse… Je ne mérite pas de vivre.

— Donne ta main. »

Il s’exécuta. Elle fit apparaître une dague qu’elle plaça dans la paume de Lémèn. Elle referma ses doigts sur le manche et chargea… non, satura la lame d’Énergie, dont elle plaça la pointe sur sa poitrine, perçant ses vêtements, contre sa peau. Les yeux écarquillés de Lémèn témoignaient qu’il avait compris ce qu’il se serait passé au moindre faux mouvement de sa main prisonnière.

« Qu’est-ce que tu… ?! Non ! Arrête ! »

Lémèn paniquait. Elle était terrifiée. C’était le moment de vérité.

Soit nous nous brisons tous les deux, soit…

Elle tremblait de tout son Être sous les larmes et la peur. Elle resserra sa prise sur la main de Lémèn et son propre courage, et, la gorge serrée :

« J’aurais pu t’abandonner… Te laisser avec tes marques et tes guenilles… Dormir loin de tes cauchemars… Partir… Pourtant, je suis là… Malgré tout le mal que tu me fais à chaque fois que tu t’en vas… Parce que je ne peux pas vivre heureuse sans toi. Je veux ton bonheur. Je me moque de ce que les autres pensent. Je dis que tu mérites de vivre parce que j’ai besoin de toi. Je t’aime. Mais si tu penses que j’ai tort… que je mens… alors… tue-moi. Ici et maintenant. Si tu comptes toujours mourir demain, transperce-moi le cœur tout de suite. Car je ne survivrai pas sans toi. »

Tout semblant de force s’était évanoui du visage de Lémèn ; il ne restait que de la détresse.

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