Depuis tout ce temps… Elle agissait par amour… Et moi… Je…
Il enfouit son visage dans son coude. Il ne réprima pas longtemps ses sanglots.
Je ne peux pas te rendre heureuse… J’en suis incapable.
« Nauli, je… je veux que tu… mais… je… ne peux… mes péchés… »
Pourquoi était-ce si dur ? Il ne parvenait pas à articuler ses mots ; il bégayait comme ses pensées trébuchaient. Une tendresse infinie lui caressa la joue. Il s’abandonna à ce contact ; il redécouvrait cette sensation qu’il avait éclipsée de ses sens. Ce baume l’apaisa petit à petit et calma suffisamment sa honte pour qu’il osât la regarder. Les cheveux en bataille, le visage ravagé par la douleur qu’il lui avait infligée, la robe et les bras maculés de la saleté qu’il avait ramenée de son combat, elle était pourtant si merveilleuse, si magnifique qu’elle éblouissait ses yeux fraîchement rouverts.
« Tu mérites tellement mieux que moi, lui souffla-t-il en caressant ses cheveux azur.
— Tu es déjà le meilleur ; tu l’as juste oublié, lui rétorqua-t-elle avec douceur.
— Je voudrais tellement exaucer ton vœu, mais… mais… »
Elle fit disparaître la lame, source de son angoisse, dans sa main, mais ne la libéra pas. Elle la retint, et il put ressentir le courage qu’elle tentait de lui insuffler, à travers sa chaleur et ses baisers sur ses doigts, pendant que ses turquoises emplies de compassion ni ne l’abandonnaient ni ne le lâchaient.
Mon Soleil, tu es tellement plus forte que je ne le serai jamais.
« … Je ne sais plus comment vivre, constata-t-il amèrement.
— Nous réapprendrons ensemble.
— Ils continueront de me rappeler ce que j’ai été. Mes cauchemars…
— Je t’abriterai contre mon cœur pour t’en préserver.
— Mes remords… Mes crimes… pèsent si lourd… J’ai si mal…
— Je t’aiderai à les porter. À deux, la douleur sera plus supportable. Nous chercherons comment t’absoudre.
— Nauli, et si… Non, oublie. »
Comment ai-je pu seulement penser ça ?!
La question qu’il avait tue lui paraissait si abjecte, si immonde, si insultante. Il se mordit la lèvre et détourna le regard, tant il se dégoûtait.
« Et si je ne suis pas une raison suffisante de vivre ? »
Comment avait-elle deviné ?! Et pourtant, il sentait sa pitié et son soutien inébranlable dans son sourire triste. Il pleurait sans retenue, comme l’homme perdu dans les ténèbres qu’il était.