side_navigation keyboard_arrow_up

Lui – Calvaire

visibility 0
article 582

« … Attends ! »

Sa main s’était tendue vers le plafond de la chambre. Il peinait à calmer son cœur et sa respiration. Encore un cauchemar.

Pas un cauchemar… Un autre souvenir et une énième confrontation…

Il se redressa, le cœur lourd. Ces rappels nocturnes étaient monnaie courante. Comme s’il pouvait oublier… Il ne retrouverait pas le sommeil cette nuit non plus.

« Encore un cauchemar ? »

La petite voix somnolente et les yeux semi-ouverts, sa compagne allongée lui semblait plus précieuse couverte du voile des songes. Voile qu’il venait de déchirer.

« Ce n’est rien. Rendors-toi. », lui susurra-t-il.

Je trouble même tes nuits. Pourquoi insistes-tu tant pour dormir avec moi ?

Sa précédente entrevue avait déclenché un tourbillon dans ses pensées, qui ne cessait d’enfler. Que ne comprenait-il pas ? Que ne voyait-il pas ? Il en avait le tournis. Ce que Plobiüm lui avait dit le tourmentait, tout comme son expression…

Si vous savez ce que je dois faire, pour quelle raison gardez-vous le silence ?

Il avait besoin d’étouffer son Esprit torturé, et il savait précisément comment s’y prendre. Il sentit une main le retenir quand il essaya de se lever.

« Où vas-tu ? »

L’appréhension qui perçait dans sa voix lui faisait de la peine.

Tout ce que je lui apporte, c’est de la souffrance…

« Je vais prendre l’air. », lui murmura-t-il en décrochant délicatement son emprise.

Piètre mensonge. Il comprit qu’elle savait très bien ce qu’il comptait faire quand elle l’implora :

« S’il te plaît… Non… Ne-… »

Il se précipita hors de la pièce. Il craignait que sa volonté ne faillît.

Et sans moi, sa nuit sera enfin paisible.

Les étoiles au-dehors dispensaient une douce clarté discrète. Il n’y prêta même pas attention, obnubilé par la raison de sa sortie. Il fit apparaître un ensemble d’entraves et de chaînes bardées de longs clous maudits. Grâce à ce carcan, il pouvait s’entraîner jusqu’à la nausée. Grâce à ces pointes, il faisait l’expérience d’une douleur si aigüe qu’elle noyait ses pensées tourmentées. Son calvaire lui apportait ainsi un peu de réconfort. Il activa le mécanisme qui anima l’instrument de torture. Celui-ci se jeta sur lui, l’emprisonnant dans ses contorsions et plantant ses crochets dans sa chair et ses os. Il mit un genou au sol, réprimant un hurlement de toutes ses forces. Une flaque poisseuse commençait à se former, avec le sang qui gouttait de sa personne. L’idée que la douleur devenait de plus en plus supportable lui arracha un frisson.

Je n’ai pas le droit de m’habituer.

Il se mit à courir. Sa destination ? Une plaine rocailleuse isolée, où il pourrait s’entraîner sans être dérangé. Il se donna comme objectif de l’atteindre avant l’aube.

Plobiüm. Ravié. Tlaji. Makiu…

Il entama la longue liste de noms innocents morts par sa faute, comme un mantra pour endurer la souffrance. Et pour se rappeler pourquoi il la méritait. Il passa le reste de la nuit et la journée qui suivit à s’entraîner et se flageller. Il ne s’arrêtait que pour vomir et cracher le sang qui s’accumulait dans ses poumons et son estomac. Il rentra uniquement parce qu’elle l’appela par télépathie. Il jeta un dernier regard au terrain constellé de taches noires, qu’il avait laissées.

Pourvu que demain me donne l’occasion de mourir pour quelque chose…

Commentaires

forum Fond et forme exigeant
Seuls les membres peuvent accéder aux commentaires.