Doud et Arès remontèrent la rue des Acacias en direction du vieux quartier. C'est là que vivaient les animaux sauvages qui s'aventuraient parfois jusqu'à Beau-Soleil : derrière les poubelles, sous les voitures, dans les recoins sombres que les humains ne regardaient jamais. Un vieux chat roux était allongé sur un muret, les yeux mi-clos, profitant du soleil matinal.
— Excusez-moi, dit Doud poliment. On cherche une martre. Elle aurait été vue dans le coin cette nuit.
Le vieux chat ouvrit un œil sans bouger.
— Une martre. Vous voulez dire Céleste.
— Céleste, répéta Doud en notant mentalement le nom. Vous la connaissez ?
— Tout le monde la connaît par ici. Elle passe par les jardins pour rentrer sous la toiture du numéro 12. C'est son chemin habituel.
Il referma l'œil.
— Je vous aurais prévenus quand même.
— De quoi ? demanda Arès.
Le vieux chat ne répondit pas. Il dormait déjà.
Arès regarda Doud.
— Il ressemble à Pudding.
— Ne lui dis jamais ça, dit Doud.
Doud et Arès arrivèrent au numéro 12. La maison était encore endormie par cette heure matinale, les humains qui y vivaient devaient aimer faire des grasses matinées.
Doud sauta la clôture avec élégance et atterrit dans le jardin. Derrière lui, Arès prit de l’élan pour sauter mais il resta coincé à moitié sur la barrière. Le fox terrier leva les yeux au ciel et s’approcha d’Arès pour lui tirer le collier et l’aider à passer la clôture.
Une fois qu’ils furent tous les deux dans le jardin, ils en firent le tour pour trouver l’endroit où se cachait Céleste.
— C'est dangereux les martres non ? demanda Arès en chuchotant.
— Pas si on ne les provoque pas, dit Doud.
Il regarda Arès.
— Donc toi tu ne dis rien.
— Aucun problème, acquiesça Arès avec enthousiasme.
Doud n'était pas rassuré.
C'est sous la vieille voiture bleue garée au fond du jardin que Doud capta l’odeur de la martre. C’était la même que sur le rosier : forte et musquée. Il ne pouvait pas se tromper.
— Céleste ? appela-t-il doucement.
Aucune réponse.
— Céleste, je sais que vous êtes là. Je m'appelle Doud. J'ai juste quelques questions.
Quelque chose bougea et deux yeux brillants apparurent sous le châssis.
— Vous m’voulez quoi ? feula-t-elle d’une voix basse et rauque.
— Il y a eu un incident dans le jardin de Madame Bellamy. Son rosier a été saccagé et je suis l’inspecteur en charge de l’enquête.
— Connais pas, dit Céleste sans bouger d'un poil.
— Vraiment ? dit Doud calmement. Pourtant votre odeur était partout sur les lieux.
La petite bête ne répondit pas tout de suite.
— Je passe par les jardins tous les soirs. C'est mon chemin. C'est pas un crime.
— Non, admit Doud. Mais saccager un rosier, si. Vous étiez là cette nuit ?
Les yeux brillants se rétrécirent.
— J'ai rien à vous dire.
— Céleste, si vous n'avez rien fait vous n'avez rien à cacher. Donnez-moi juste—
— C'EST VOUS QUI AVEZ TOUT CASSÉ ? tonna soudain une voix derrière Doud.
Arès.
Il y eut un éclair brun sous la voiture et Céleste disparut en une fraction de seconde. Même son odeur semblait s'être évaporée.
— Arès, dit Doud très doucement.
— Oui ?
— Je t'avais dit de ne rien dire.
— Oui mais... elle avait l'air vraiment coupable alors j'ai pensé que—
— Arès.
— Oui.
— Tais-toi.
Arès baissa la queue pour la deuxième fois de la matinée.
Doud regarda l'espace vide sous la voiture. Céleste avait refusé de parler. Elle avait refusé de donner un alibi. Tout l'accusait.
Pourtant, Inspecteur Doud doutait de sa culpabilité, elle paraissait plus effrayée qu’autre chose. De toute façon, elle n’était pas la seule à être sur les lieux du crime cette nuit.
— Viens, dit Doud. On va retrouver Pudding.
— Il a dû retourner se coucher, dit Arès.
— Probablement, admit Doud. Mais il a eu le temps de traîner du côté des chats du quartier. Et Pudding sait toujours plus de choses qu'il ne le dit.