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PARTIE 1: Chap 8 Rapprochement

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Par Anna.Lyse

Le lendemain matin, Julia passa à l’improviste chez Chris, inquiète des dégâts potentiels de la tempête sur sa maison de bois. Chris était déjà debout, une tasse du café de la veille qu’il avait fait réchauffé. Ils échangèrent quelques nouvelles.

— Je suis désolée de ne pas passer plus souvent. J’ai vraiment l’impression d’être une amie indigne parfois.

— Tu as raison, tu es une amie indigne. Décidément je ne peux jamais compter sur toi. C’est d’ailleurs pour ça que tu es la première que j’appelle quand j’ai besoin d’un coup de main, ironisa-t-il.

— T’es bête, lui répondit Julia en lui donnant un coup d’épaule.

— Arrête de te flageller comme ça. J’ai de la chance d’avoir une amie comme toi. Je sais pas ce que j’aurais fais après Los Angeles si vous n’aviez pas été là avec Cooper.

— C’est normal Chris. Toi aussi tu as toujours été là pour moi. Jamais je ne te laisserais tomber, quoi qu’il se passe.

Chris la prit dans ses bras avec tendresse. C'est à ce moment précis que Kate sortit de la maison, vêtue seulement d'une chemise appartenant à Chris et d'un de ses caleçons. Elle avait les cheveux totalement ébouriffés et à sa vue, Julia s’écarta instinctivement de Chris comme si elle était surprise dans une position compromettante. Elle s’éloigna de quelques pas puis passa son regard de Chris à Kate interloqué.

En voyant l'expression surprise sur le visage de Julia, Chris voulut expliquer la situation, mais Kate prit les devants. Elle s’approcha de celui-ci avec hâte, elle l'enlaça et déposa un baiser sur sa joue.

— Salut mon cœur, bien dormi ? Demanda-t-elle avec un sourire espiègle, l’observant avec attention.

Chris fit tomber un peu de café par terre sous le coup de la surprise. Il ne parvenait pas à trouver les mots. Julia afficha un large sourire, comme si finalement cette situation était tout à fait prévisible. Kate décrocha son étreinte, puis le fixa un instant avant d’exploser de rire.

— Si tu voyais ta tête, Chris, ça vaut le détour.

Elle s'adressa ensuite à Julia, en s’expliquant.

— Je suis venue boire une bière hier soir, mais la pluie nous a surpris. Je me suis retrouvée trempée jusqu’aux os, alors Chris m'a gentiment prêté de quoi dormir en attendant que la tempête passe.

Elle se retourna vers Chris et poursuivit ses taquineries.

— Ta réaction est tout de même presque offensante. La perspective que je puisse être ta petite amie est-elle atroce au point que tu doives faire cette grimace ? Moi qui croyais avoir un certain pouvoir de séduction sur les hommes.

Julia éclata de rire devant leurs interactions, tandis que Kate retourna dans la maison. Chris, encore troublé ne répondit pas, mais il ne put détacher son regard d'elle. Bien qu'il ne veuille pas se l'avouer cette étreinte était plutôt agréable. Kate leur proposa de faire un nouveau café, mais Chris reprit tout à coup ses esprits.

— Non ! T’inquiète, je vais m’en charger je t’assure. Profites en pour prendre une douche si tu veux et te rhabiller.

— Ça ne me dérange pas, je t’assure. Après tout, c’est le moins que je puisse faire après avoir squatter chez toi cette nuit.

— Disons que j’ai des goûts… particuliers. J’aime les cafés bien dosé et...

Kate revint sur ses pas, croisant ses bras sous sa poitrine, les sourcils froncés.

— Chris James, serais-tu en train d’insinuer que mon café est mauvais ?

Chris fit une mine contrite.

— J’ai pas dis ça… je dis juste que le mien est meilleur...

Kate leva les yeux au ciel, vexée puis se retourna une nouvelle fois dans la maison trop agacée pour répondre.

Chris souffla, passant une main dans ses cheveux comme s’il venait d’échapper à une situation périlleuse. Julia étouffa un rire.

— Son café est horrible. Je t’assure ! Ce serait un crime de te laisser en boire.

Julia rit de plus belle.

— En tout cas, Chris, on dirait que tu trouves notre amie à ton goût. Quand vous coucherez ensemble, je veux tous les détails, lui chuchota t elle.

Chris protesta.

— Tu te fais des idées, Julia. C’est n’importe quoi, nous sommes juste partenaires et amis.

Elle sourit malicieusement.

— Est-ce que tu regardes toutes tes partenaires ainsi ? Ne crois pas que je n’ai pas remarqué où se posait tes yeux tout à l’heure, ni la façon dont tu l’a suivi du regard lorsqu’elle est partie...

Chris s'apprêtait à répondre, mais Julia l'interrompit.

— Il n'y a pas de mal, Chris. Kate est une fille chouette. Je l'apprécie beaucoup aussi et ça te ferait du bien de laisser faire les choses pour une fois. Même Sunshine l’aime bien, qu’est-ce que tu risques après tout ?

Kate revint avec un air grave sur le visage. Chris et Julia s'inquiétèrent immédiatement.

— Qu’est-ce qu’il se passe ?

— J’ai oublié d’essorer mes vêtement hier soir avant de les étendre. Du coup, tout est encore trempé, j’ai rien à me mettre !

Julia se mit à rire tandis que Chris souffla avant de rire à son tour, visiblement soulagé qu’il ne s’agisse que de ça.

— Ça te fait peut être marrer mais comment je vais faire moi maintenant ? Je te signal qu’on devait aller s’entraîner à la salle toi et moi ce matin !

— Le danger n'attend pas que tu aies fini de te refaire une beauté pour frapper à ta porte, princesse.

Retour à l’envoyeur, pensa Chris, fière de sa réplique.

— Ah ah, très drôle, répondit Kate en roulant des yeux, tu as raison, on va s'entraîner comme ça : avec un caleçon qui risque de se faire la malle à tout moment et une chemise qui va me gêner dans chacun de mes mouvements.

— T’inquiète pas. Je vais te prêter autre chose le temps qu’on fasse un détour par chez toi pour récupérer des affaires, la rassura Chris.

— Si ça te convient, on peut faire comme ça alors. Je reviendrais ce soir chercher ma moto.

Julia, intriguée, demanda :

— Vous allez faire quoi au juste ?

— On va s'entraîner, expliqua Chris, comme tu le sais déjà, Kate donne des cours de self-défense aux jeunes filles en ville. Suite à mon humiliation, on a décidé de s’entraîner ensemble régulièrement. Elle veut pouvoir compter sur son partenaire en cas de danger.

— Tu veux venir ? proposa Kate, ça pourrait être chouette de s’entraîner tous les trois.

Julia hésita, regardant Chris comme pour s’assurer qu’elle ne dérangerait pas.

— Ça fait longtemps que je t’ai pas vu te battre, l’encouragea-t-il.

— Très bien. J’accepte avec plaisir.

***

Après être passés chez Kate pour qu'elle récupère des affaires, elle, Julia et Chris se dirigèrent vers la salle d'entraînement. L'air y était encore imprégner par l’odeur familière de la sueur et du vieux cuir.

Julia commença à s'entraîner avec Kate, tandis que Chris tapait dans un sac. Elle lui donna quelques conseils précieux.

— Garde tes poings plus hauts.

Elle se positionna dans son dos afin de l’aider à ajuster sa posture. Ses mains fermes mais délicates guidèrent les mouvements de Julia avec précision, comme un maître sculpteur modelant une statue.

— Comme ça, tu seras prête à bloquer.

Julia sourit, suivant les instructions de Kate à la lettre.

— Merci, Kate, dit-elle, haletante, tu es une excellente prof. Je comprends pourquoi la famille James t’écoute aussi attentivement. Ce n’est pas souvent que je vois Chris aussi docile.

Ce dernier piqué au vif rétorqua :

— Je ne suis pas docile, je suis appliquée Madame je me mêle de ce qui ne me regarde pas !

Julia rit en sachant exactement à quoi Chris faisait référence contrairement à Kate.

— C'est important de se sentir en sécurité et confiante. J’aime aider les gens à trouver cette quiétude.

Vers la fin de l’entraînement, Chris et Kate montèrent sur le ring pour se confronter. Julia, d’humeur décidément taquine, lança à Chris.

— N'oublie pas de rester un gentleman en toute circonstance.

— Un gentleman, hein ? Je ne peux pas me permettre de l'être si je ne veux pas me faire ratatiné comme une crêpe.

— Il a raison. Je ne suis pas une adversaire qu’il peut prendre à la légère. Comme quoi l’humiliation a le mérite de t’avoir ouvert les yeux sur tes représentations matchistes.

— Hey ! s’indigna Chris, je suis pas un matcho ! Et pour ma défense tu es particulièrement douée Kate.

— Pas la peine d’essayer de m’amadouer, je ne t’épargnerais pas pour autant.

— Je n’en demandais pas moins. Je finirais par gagner, à la loyal et ce jour là Kate c’est toi qui arrêtera de me sous-estimer.

Le combat fut intense et équilibré. Chris avait gagné en agilité et en techniques, les victoires de Kate étaient de plus en plus difficiles. Les échanges étaient rapides, mais précis. Aucun ne retenait ses coups et sans les protections, ils auraient pu se blesser durement. Personne ne voulait lâcher et le combat semblait interminable.

Finalement, Kate parvint à vaincre Chris, non sans difficultés.

— Revanche, maintenant, exigea-t-il haletant.

Il avait gagné en assurance. Il voyait Kate éprouvée par leur lutte et aspirait secrètement à sa première véritable victoire.

Julia, voyant le temps défiler, intervint.

— On continue ça plus tard, les amoureux. J'ai des choses à faire.

Aucun ne releva sa blague, trop concentré sur leur combat. Elle partit, les laissant seuls dans la salle. Cette fois-ci, Chris prit l'avantage et parvint à battre Kate. Il la plaqua au sol et l’immobilisa de tout son poids. Ils restèrent allongés au sol un moment, épuisés, leurs respirations se mêlant dans dans une atmosphère de plus en plus électrique. Leurs visages étaient rougis par l'effort, à moins que ce ne soit une chaleur plus intime. Chris avait le regard ancré dans celui de Kate. Ses yeux dérivèrent lentement vers ses lèvres, encore une fois, luttant contre le désir de les embrasser. Il tenta de garder une contenance.

— Cette fois, c’est moi qui ai gagné. Tu admets ta défaite ? taquina-t-il, sa voix rauque trahissant son propre trouble intérieur.

Kate, allongée sur le dos, sentait son cœur battre à tout rompre. Elle prit une profonde inspiration, l’odeur de Chris envahit ses sens. Une effluve boisée envoûtante.

— Même pas en rêve ! Déclara-t-elle avant de profiter de l’inattention de Chris pour renverser la situation. Avec une rapidité surprenante, elle se dégagea de sa prise, puis inversa les rôles.

Leurs visages se retrouvèrent à quelques centimètres l'un de l'autre, leur souffle chaud se mêlant dans l'air. Kate pouvait sentir la chaleur émanant du corps de Chris, chaque muscle tendu sous l'effet de leur affrontement. Ses doigts, encore tremblants de l'effort, glissèrent involontairement sur sa peau, laissant une traînée de frissons sur leur passage. L'instant était chargé d'une tension palpable, comme suspendu dans le temps.

Chaque seconde qui passait semblait amplifier le désir latent qui les animait. Kate sentit une chaleur prendre possession de son corps. Ses yeux ne quittèrent pas ceux de Chris, et elle se pencha lentement en avant, comme attirée par un aimant. Chaque battement de cœur résonnait comme un tambourin dans leurs poitrines. Mais avant qu'ils ne puissent aller plus loin, le téléphone de Chris sonna, rompant brutalement l'instant. Kate se releva hâtivement.

— C'est peut-être important, dit-elle en masquant sa gêne.

Une gêne visiblement partagée par Chris. Leurs regards se croisèrent une dernière fois. Leur relation continuait d’évoluer, mais selon une direction à laquelle ni l’un ni l’autre ne s’était préparé. Chacun fit comme si rien ne s’était passé, et Chris se dirigea vers le banc récupérer son portable.

C'était Sunshine, sa fille, qui prenait de ses nouvelles et demandait si elle pouvait venir passer les prochaines vacances avec lui.

— Bien sûr, ma chérie, répondit-il, un sourire radieux sur le visage, ça serait génial de t'avoir ici.

Ils échangèrent longuement et lorsqu'il raccrocha, il vit Kate l'observer un sourire en coin.

— Quoi ? demanda-t-il gêné.

— Tu ressemble à un papa gâteux avec ta fille… Je trouve ça mignon. J’imagine que j’aurais aimé avoir un père comme toi.

— C’est vrai que Carl n’a pas toujours été celui qui s’est occupé de toi...

— En effet, répondit elle en fuyant le regard de Chris.

Ne souhaitant pas développer davantage le sujet, elle changea vite de discussion.

— C'est pas tout ça, mais c’est ma journée de repos, et je compte bien en profiter. Max m'a proposé une petite randonnée, et si ça continue je vais être en retard. Si tu pouvais me ramener chez toi afin que je récupère ma moto, ça m’arrangerait.

Chris ressentit une pointe de jalousie qu’il s’efforça d’ignorer. Alors que Kate s'éloignait vers la douche, leurs regards se croisèrent à nouveau. Ils n'avaient pas besoin de dire quoi que ce soit de plus pour ressentir les changements dans leur relation, changements que chacun préférait ignorer silencieusement.

***

Le lendemain matin, Chris arriva sur le parking en même temps que Kate. Le soleil commençait à se lever, baignant la scène d'une lumière douce et dorée. Les premières lueurs de l'aube caressaient doucement les bâtiments et les voitures, créant une atmosphère paisible. Chris, en sortant de sa voiture, remarqua Kate qui se dirigeait vers l'entrée du bureau du shérif. La fraîcheur matinale rosissait légèrement ses joues, lui donnant un éclat particulier.

— Hey Kate ! Attend moi !

Elle s’arrêta net et patienta jusqu’à ce qu’il la rattrape.

— Alors, cette randonnée avec Max, c’était sympa ? demanda-t-il, un sourire en coin trahissant malgré lui une pointe de jalousie.

— C'était très chouette. On a trouvé un sentier incroyable. Il faudra que je te montre un de ces quatre. Si tu es prêt à me suivre, bien sûr.

Ses paroles étaient teintées d'une invitation subtile, un défi qu'elle lançait à Chris avec espièglerie.

— Avec plaisir.

À ce moment précisément, Max apparut, se dirigeant vers eux avec une démarche nonchalante et assurée.

— Salut, Kate ! dit-il en lui lançant un clin d'œil complice, c'était super chouette hier, il me tarde de recommencer.

Chris observa la scène, notant le regard appuyé de Max sur Kate. Une légère tension se forma en lui, mais il la cacha habilement derrière un sourire. Il attendit que Max soit hors de portée avant de se tourner à nouveau vers Kate.

— Tu as trouvé un copain, à ce que je vois, taquina-t-il tout en essayant de paraître désinvolte.

Kate éclata de rire, secouant la tête.

— Oh, ce n'est pas du tout ce que tu crois, Chris. Max est juste un ami.

— Mmh… J’ai comme l’impression que lui ne voit pas les choses de cette manière, marmonna-t-il.

— Qu’est ce que tu as dit ? J’ai rien compris.

— Rien, répondit Chris avec une pointe d’agacement.

— Si tu le dis.

Alors qu'ils s'avançaient vers l'entrée du bureau, Kate aperçut une silhouette familière.

— Carl ? s'exclama-t-elle, surprise et émue. Elle s’avança vers lui et accepta son étreinte chaleureuse. Chris remarqua cependant qu’elle l’appelait par son prénom et non pas « papa », ce qui piqua sa curiosité.

Carl, visiblement ému de revoir sa fille adoptive, se tourna toutefois vers Chris avec enthousiasme.

— Chris ! Quelle bonne surprise de te revoir.

— Carl, répondit Chris en lui offrant une poignée de main chaleureuse. Il ne put s'empêcher de se sentir un peu plus connecté à Kate sachant que Carl faisait partie de leur vie à tous les deux.

— Qu'est-ce que tu fais là ? demanda Kate curieuse.

— Je suis passé voir des vieux copains dans le coin, et j'ai pensé te faire une surprise, expliqua Carl, ses yeux pétillants de fierté en regardant sa fille adoptive. Il émanait de lui une tendresse protectrice qui touchait Chris.

La conversation légère fut brusquement interrompue par l'arrivée précipitée d’un membre du bureau anxieux.

— Un meurtre vient d'être signalé.

Chris et Kate échangèrent un regard entendu.

— Tu peux rester avec Carl si tu préfères Kate, proposa Chris en sentant l'hésitation de cette dernière.

Carl, devinant le conflit intérieur de Kate, intervint avec une assurance paternelle.

— On se retrouve ce soir pour dîner, tous ensemble ? Chris, tu devrais venir aussi, ça me ferait plaisir.

Ses mots portaient une invitation chaleureuse, mais aussi une légère insistance. Chris hésita tout de même malgré l’envie de retrouver à nouveau son mentor Il ne voulait pas déranger les retrouvailles familiales. Il était prêt à décliner l'invitation, mais le regard insistant de Kate le fit changer d’avis. Il n’avait pas eu besoin de mots pour se comprendre, elle avait envie qu’il vienne lui aussi.

— D'accord, j'accepte.

— Parfait, on se retrouvera ce soir. Vous me ferez signe lorsque vous serez disponibles. Bon courage à vous.

***

Chris et Kate montèrent en voiture pour se rendre sur la scène de crime. La route était bordée de grands arbres. Le silence entre eux était confortable, ponctué seulement par le ronronnement du moteur.

En arrivant au fond d'un ravin, ils furent accueillis par une scène macabre. Deux corps en décomposition avancée reposaient, la nature tentant de les dissimuler sous une couche de feuilles mortes et de débris. Malgré l'air libre, la puanteur de la mort emplissait l'atmosphère, rendant chaque respiration difficile.

Chris plissa le nez. Malgré l’expérience, soutenir cette odeur était toujours extrêmement difficile. Il resta cependant professionnel et observa la scène, ainsi que les cadavres avec une attention méticuleuse.

— Ils ont été tués ailleurs et jetés ici, dit-il avant de s’accroupir pour examiner les corps de plus près, l’auteur devait sans doute espérer qu'on ne les retrouve jamais.

Kate, carnet de notes en main, acquiesça en silence. Elle gribouilla quelques observations avant de lever les yeux vers Chris.

— L'état de décomposition est avancé. En considérant la chaleur actuelle, cela doit bien faire deux semaines au moins qu'ils sont là. On va devoir attendre l'identification, mais...

— ...mais on pourrait demander à Julia si elle travaille sur une affaire de disparition, termina Chris, ses yeux rencontrant ceux de Kate.

Kate sourit malicieusement.

— C’est exactement ce à quoi je pensais. J'espère que tu ne vas pas prendre pour habitude de terminer toutes mes phrases. Ça va faire cliché, le taquina-t-elle.

— Promis, j’essaierai de me retenir.

Après avoir pris quelques photos des effets personnels des victimes, Kate rangea son appareil, observant les alentours d'un œil vigilant. Chris se releva, époussetant ses mains sur son pantalon.

— On ferait bien de rendre visite à Julia pour lui parler de tout cela rapidement.

— Je te suis, de toute façon c’est toi le patron, je ne fais qu’obéir aux ordres.

— Tu vas essayer de me faire croire que tu es le genre à obéir sans broncher ? Sérieusement ?

— J’obéis toujours. Enfin j’obéis aux ordres sensés...

— Mmh… ouais c’est bien ce que je dis. Tu obéis uniquement à ce que tu veux.

Kate rit.

— Avoues que finalement tu apprécie ce trait de caractère. En te tenant tête pour ce qui est important, je te force à entrevoir d’autres perspectives.

— Alors c’est comme ça que tu t’arranges avec la réalité Davis ?! Bientôt on va croire que tu me fais une fleur en discutant mes instructions. C’est le monde à l’envers.

— J’ai confiance en ton jugement, mais je ne sais pas me taire lorsque je suis persuadée d’avoir raison. Ça ne m’empêche pas de prendre en considération ton avis, et je sais que tu es un très bon shérif Chris. J’ai de la chance de travailler avec toi.

— Mmh. Je préfère ça, mais n’en fais pas trop tout de même ? Ça va commencer à se voir que tu me fais de la lèche pour faire passer la pilule.

Kate rit à nouveau tout en prenant place sur le siège passager.

***

En arrivant à son bureau, Julia les accueillit chaleureusement.

— Hey ! C’est sympas de vous voir ici. Alors, qui a gagné le dernier combat ?

— J'ai gagné, déclara Chris fièrement.

Kate protesta.

— J'ai renversé la situation et au final c’est toi qui t’es retrouvé en-dessous.

Julia sembla s’amuser en imaginant la scène, portant un regard insistant vers Chris qui l’ignorât royalement, tout à fait conscient de l’allusion qu’elle lui adressait.

Kate comprenant la méprise que pouvait laisser penser ses paroles rougit légèrement. La tension entre eux était palpable, un mélange de complicité amicale aussi de gêne, en révélant plus auprès de Julia que les mots.

— Revenons à notre affaire, dit Chris en tendant les photos à Julia, on a trouvé ce couple dans un ravin. On pense qu'ils ont été tués ailleurs.

Julia regarda les photos attentivement, son expression se durcissant au fur et à mesure qu'elle observait les détails macabres.

— Je reconnais ce collier, murmura-t-elle, je travaille justement sur une affaire de disparition. Attendez, je vais chercher mon dossier.

Elle s'éclipsa un instant pour chercher le dossier, laissant Chris et Kate seuls. Le silence entre eux était lourd de sous-entendus, leurs regards se croisant brièvement avant de se détourner, chacun encore pris par la gêne de leurs souvenirs partagés.

Julia revint rapidement avec un ensemble de documents qu'elle disposa sur la table.

— Voilà, c'est bien eux.

Elle pointa du doigt une photo en noir et blanc.

— Il s'agit de John et Emily Parker, disparus depuis un peu plus de deux semaines. Un couple plutôt simple. Je dois bien avouer que pour le moment je n’avais pas grand-chose...

Kate examina les photos avec attention.

— Cela pourrait correspondre. On doit creuser pour comprendre ce qui leur est arrivé. Ce n’était pas un accident. Ces personnes ont été assassinées.

— Je vais vous aider du mieux que je peux. On se tient au courant, ajouta Julia.

Chris se leva en premier et fît signe à Kate de passer devant.

— Après toi, lui dit il tout en lui tenant la porte.

Il se tourna ensuite vers Julia qui se tenait aux côtés de Mary.

— On se revoit bientôt, et merci encore.

— Si tu es dispo. Tu m’as l’air très occupé ces derniers temps, dit elle avec espièglerie.

Chris leva les yeux au ciel, mais préféra garder le silence face à ses sous-entendus, craignant d’attiser encore davantage sa suspicion et surtout celle de Mary.

***

Le soir venu, après une journée épuisante, Chris et Kate rejoignirent Carl au bar-restaurant du coin. Les néons chatoyants illuminaient l'endroit, tandis que la musique pulsait. L’ambiance était festive et certains dansaient déjà sur la piste non loin.

— J'aurais aimé t'offrir quelque chose de plus raffiné pour nos retrouvailles, Chris, mais ma fille a un faible pour les bières et les burgers, plaisanta Carl en regardant sa fille avec amusement.

— Ça me va très bien, Carl. Une soirée simple et authentique, c'est parfait.

Kate, souriante, expliqua à son père comment elle avait rencontré Chris pour la première fois, au milieu d'une fusillade où elle lui avait sauvé la mise. Ses yeux brillaient d'une fierté malicieuse.

Chris confirma l'anecdote avec un sourire reconnaissant.

— C'est vrai, elle m'a vraiment sauvé la vie. Elle a une sacrée habileté avec les armes. Mais par contre elle a aboyé sur un jeune agent qui s’en souvient encore

— Désolée pour lui, mais c’était mérité. Il était clairement à côté de ses pompes et j’étais furax.

— C’est bien ce que je dis, tu lui a aboyer dessus le pauvre. Essaies de le comprendre c’est pas tous les jours qu’on se retrouve sur une telle intervention.

— Moi, ça ne m’a jamais fait peur.

Carl, la regardait avec tristesse. Il avait bien trop conscience du poids de ses mots.

— Elle n'a pas hérité de ta modestie, plaisanta Chris, mais par contre, elle ne démérite pas si on compare votre ténacité.

Curieuse, Kate demanda à son père comment était Chris dans sa jeunesse. Carl se redressa, un sourire nostalgique aux lèvres.

— Je suis encore jeune, je te rappelle ! s’offusqua Chris.

— Alors, c'est quoi ton excuse pour expliquer tes défaites ?

— Arrête avec ça. Je te le redis, c’est moi qui ai gagné notre dernier combat.

De mauvaise fois évidente, Kate répondit :

— Ça, c'est ce que j'ai voulu te faire croire.

— Kate, tu es mauvaise perdante, c'est pas beau.

Carl éclata de rire.

— Kate n'a jamais aimé perdre. Aussi loin que je me souvienne. Elle devait toujours se montrer plus forte que les autres, et elle était effectivement plus forte que les autres presque à chaque fois.

— C’est parfois une question de survie, murmura-t-elle en détournant le regard.

Chris regarda Kate. Il était claire qu’en cet instant une ombre de son passé refaisait surface, l’expression de Carl le lui confirma. Mais, il sentait aussi que Kate ne souhaitait pas en dire plus alors il reprit la parole.

— Tu m'as beaucoup parlé de ta fille quand elle était jeune, alors j'ai été surpris d'apprendre que Kate était ta fille, je l'imaginais différemment, expliqua Chris.

— À t'entendre, on pourrait croire que tu as été déçu en l'apprenant, s'indigna Kate en le dévisageant, tu aurais sans doute préféré quelqu’un d’autre ?

Chris laissa planer le suspense.

— Je n’ai rien dis de tel.

Son regard se fit plus intense qu'il ne l'aurait voulu, ce qui troubla Kate, qui rougit légèrement.

— Assez parlé de moi ! Carl, dis-moi tout sur Chris. Comment il était quand il était jeune ?

Carl sourit.

— Chris a été mon meilleur élève. Je dois avoué qu’il était mon chouchou. Il était perspicace tout en se montrant profondément humain. Il traitait chaque affaire avec la même attention, et il a toujours veillé sur les autres. Je n’ai jamais rien eu à lui reproché. Il est ma plus grande fierté, enfin, après toi bien sûr.

Kate remarqua l'air sombre s’emparer des traits de Chris Il repensait certainement à Sophia et à son ancien partenaire. Recevoir des louanges le gênait, car il était évident qu’il estimait ne pas les mériter. La culpabilité se lisait sur son visage. Kate détourna habilement la conversation sur leur enquête en cours, évoquant les derniers indices qu'ils avaient découverts.

Chris lui retourna un regard reconnaissant. Encore une fois, ils n’avaient pas eu besoin de mots pour se comprendre. Jusqu’à présent seule Julia parvenait à le comprendre aussi parfaitement, mais ils se connaissaient depuis des années. C’'était nouveau pour lui d’établir une telle connexion avec une personne en aussi peu de temps. Après quelques minutes de conversation légère, Kate se leva pour se rendre aux toilettes, laissant Carl et Chris seuls.

— Merci, Chris, dit Carl soudainement, brisant ainsi le silence.

Chris, surpris, demanda :

— Pourquoi ?

— Pour Kate. Je m'inquiétais pour elle, mais je vois que je n'ai pas trop de soucis à me faire. Je ne l'ai jamais vue aussi souriante par le passé. Elle semble... te faire confiance.

— C'est réciproque.

Carl sembla vouloir aborder un sujet plus délicat.

— Chris, il faudrait peut-être que tu saches que Kate...

Chris le coupa brutalement.

— Non Carl ! J'ai pas besoin que tu me dises quoi que ce soit sur elle et son histoire. Kate me dira les choses d'elle-même quand elle le sentira.

Carl le regarda hésitant à insister

— Je sais qu'elle n'est pas ta fille biologique, qu'elle a grandi dans un environnement difficile, au milieu de la drogue et de la violence notamment. Je sais aussi qu'elle voit son véritable père comme un monstre.

Carl fut surpris.

— Elle t'a parlé de tout ça d’elle-même ?

— Oui. Ce n’est sans doute pas grand-chose, mais je ne veux pas la forcer.

Carl sourit, satisfait de voir que Kate puisse enfin s'ouvrir à quelqu'un.

— Pas grand-chose ? Tu ne te rends pas compte Chris. Kate ne parle jamais d'elle, à personne, jamais. Pas même à moi. Je sais qu'elle m'aime beaucoup, mais je sais aussi qu'elle ne me dira jamais ce qu'il lui est réellement arrivé. Ce que je sais, ce n’est pas elle qui me l’a révéler. Alors crois-moi, ce peu qu’elle t’a dit d’elle même, ce n’est pas peu. Elle en a tellement bavé, j’ai parfois l’impression que je ne serais jamais capable de la sortir de cet enfer…

Carl avait le regard posé dans le vide, une expression sombre et douloureuse se dessinant sur son visage. Chris comprit que Kate avait sans doute un passé beaucoup plus chaotique encore qu'il ne l'avait imaginé.

— Enfin, peut-être qu'avec toi, ça pourrait être différent. Je te la confie, mais je te préviens, si tu lui brises le cœur, je suis armé et je te retrouverai, le menaça Carl avec humour.

— Et bien, tu es un père protecteur. J'aurais pas aimé être l'un de ses petits amis à son adolescence.

— C'était plutôt facile, elle n'a jamais ramené personne à la maison à vrai dire. Alors je suis d'autant plus heureux de vous voir ensemble tous les deux.

Chris manqua s’étouffer avec sa bière.

— Tu te trompes, Carl, on n'a pas ce genre de relation. Nous sommes juste des collègues et je te rappel que je suis le supérieur de ta fille. Ce genre de sentiment n’a pas sa place dans le cadre professionnel.

Carl le regarda avec une certitude inébranlable.

— À mon âge, on se trompe rarement, Chris. Quoi qu'il en soit, je te la confie. Je compte sur toi.

Son regard se faisait lourd de signification. Chris voulut en savoir plus sur ce qui préoccupait tant Carl. Il lui semblait qu’il ne lui disait pas tout, et cela l’inquiétait. Carl avait pris de l’âge et semblait épuisé, comme s’il était malade. Mais Kate revint à leur table à ce moment-là. Carl exprima sa fatigue et décida de les laisser à leur soirée afin d'aller se reposer.

— C'était vraiment agréable de te voir, Carl, dit Kate en l'enlaçant.

— Toi aussi, ma chérie, répondit ce dernier, je reviendrais te voir dès que je le pourrais. Prenez soin de vous.

Chris lui dit au revoir à son tour, lui laissant son numéro et lui faisant promettre de ne plus rester si longtemps sans se donner de nouvelles. Cette rencontre était comme une deuxième chance pour eux, et il craignait que cette chance ne soit compter dans le temps. Ils ne fit toutefois aucun référence à Kate de ses craintes. Cela ne servait à rien de l’inquiéter tant qu’il n’en savait pas plus.

Après le départ de Carl, Kate se tourna vers Chris avec un sourire espiègle.

— Tu ne vas pas m'abandonner maintenant, n'est-ce pas ?

— Je vais rester un petit peu plus longtemps, histoire de sauver les tocards d'une ridiculisation publique.

— Alors comme ça tu es au courant ? Et Julia t'a dit quoi d'autre ? voulut-elle savoir.

— Rien de particulier. Elle m'a dit que c'était des trucs entre filles et qu'elle ne me dirait rien de plus. Julia a beau être mon amie, jamais elle ne dévoilerait tes confidences. Tu peux lui faire confiance, la rassura Chris.

Kate se détendit légèrement, puis lui demanda.

— Tu veux danser ?

— Pourquoi pas, mais uniquement si tu paies la prochaine tournée.

— J’appelle ça de l’extorsion, mais puisque je n’ai semble-t-il pas d’autre choix, c’est d’accord. Je paie la prochaine tournée.

Ils se dirigèrent sur la piste de danse. Chris prit place derrière Kate puis posa ses mains délicatement sur sa taille, la guidant avec une assurance tranquille. Kate, sentant cette prise, se laissa entraîné au rythme de la musique et des mouvement de Chris. Elle se recula encore, son dos touchant désormais le torse de Chris. Elle releva la tête pour se faire entendre.

— Tu es plutôt bon danseur.

Son souffle sur la peau de Chris le fit frissonner malgré la chaleur ambiante. Leurs corps se mouvaient en synchronie, comme s'ils étaient les seuls à exister sur cette piste de danse.

— Toi aussi, répondit-il.

Kate se tourna face à Chris. Son regard plongé dans le sien, puis ses yeux se baissèrent jusqu’à fixer ses lèvres. Alors que leur souffle se mêlaient, une voix familière les fit s’écarter brusquement : Max.

— Kate ! Qu'est-ce que tu fais là ? demanda Max en ignorant totalement Chris

— On passait une soirée entre amis, répondit Kate avec un regard fuyant, le teint rougi.

— C’est une bonne surprise. J’ai voulu t’inviter, mais je crois que tu n’as pas lu tes messages, poursuivit Max.

Chris semblait très mal à l’aise de la situation. Ce qui venait d’arriver n’était pas très professionnel et même si dans le fond, il n’y avait rien qui lui interdisait d’avoir une relation avec Kate, il ne put s’empêcher de penser que ce serait une très mauvaise décision.

— Désolée, je n’ai effectivement pas vu tes messages. J’ai été très occupée par cette journée.

— Et qu’est-ce que vous faisiez ici avec Chris ? demanda-t-il innocemment.

— Elle est venue manger ici avec son père, répondit Chris à sa place, je le connais bien puisque c’était mon mentor. On a profité de l’occasion pour parlé du bon vieux temps.

— Ah oui, j’oublie parfois que t’es un peu plus vieux que nous, le piqua Max.

Il était claire désormais que Max s’intéressait à Kate et qu’il considérait Chris comme un rival. Et en même temps, vu leur proximité, comment lui faire croire le contraire. Max se tourna vers Kate.

— Je t’offre un verre ?

— C’est gentil Max, mais je suis fatiguée. Je vais rentrée chez moi. Peut être une autre fois.

— Moi aussi je vais y aller, ajouta Chris.

Max les laissa s’éloigner, un air dépité sur le visage.

Sur le parking, alors qu'ils se préparaient à partir chacun de leur côté, Chris taquina Kate.

— Tu viens de briser un cœur, Kate. Je crois que le pauvre Max est raide dingue de toi.

Kate soupira.

— Il aime juste une image, il ne me connaît pas vraiment. Il faut dire que je ne me dévoile pas en sa présence.

— Et avec moi, à quelle Kate ai-je affaire ?

— Je ne te dis peut-être pas tout, mais avec toi c'est différent. Je ne porte pas de masque, je te fais confiance...

Chris lui sourit, satisfait et rassuré par la réponse.

— Bonne nuit, Kate.

— Bonne nuit, Chris, répondit-elle avec un sourire tendre avant de s'éloigner.

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