Kate avait pu reprendre l'enquête selon son plan. Elle travaillait en immersion chaque jour, se faisant passer pour une junkie. Afin de se fondre au décor, elle avait choisi de porter une perruque blonde et des lentilles de couleur marron. Son allure, délibérément négligée, était en contraste frappant avec son apparence habituelle.
Pendant plusieurs semaines, elle s'immergea dans ce rôle, fréquentant les lieux de rencontre des jeunes délinquants et gagnant progressivement leur confiance. Afin d’infiltrer ces derniers, elle n'hésitait pas à flirter avec l'illégalité. Elle modifiait son langage corporel, autant que sa façon de parler, pour donner plus de crédibilité à son personnage. Elle prenait soin de rester discrète, ne dévoilant jamais plus que nécessaire sur elle-même. Une façon de ne pas prendre le risque de se contredire dans l’évocation de son histoire en donnant trop de détails qu’elle serait susceptible d’oublier. Elle s’assurait que chaque interaction la rapproche de son objectif. Puis avec le temps, elle parvint à approcher Mickey, un jeune au visage marqué par la dureté de la vie. Kate réussie finalement à nouer un lien avec ce dernier, parvenant à le faire parler sans attirer la suspicion. Bien qu’une certaine empathie se tisse envers Mickey, Kate dans son professionnalisme gardait en tête le but de toute cette opération : remonter le réseau et mettre fin à ce cycle de meurtres d’adolescents. Elle l'écoutait avec attention, posant des questions avec une naïveté calculée, jouant sur la corde sensibilité afin d’abaisser les murs défensifs que Mickey avait construit autour de lui pour se protéger de l’autre. Avec une sincère bienveillance, elle lui offrait une oreille attentive, compréhensive et une épaule sur laquelle s’appuyer.
Chaque soir, après leurs rencontres, Kate notait scrupuleusement les informations recueillies dans ses rapports pour Max et Chris. Son hypothèse se confirmait : Mickey était bien au cœur d'un réseau plus vaste. Cependant, elle savait qu'il leur faudrait des preuves supplémentaires pour faire tomber le groupe tout en évitant de recourir à son témoignage. Protéger Mickey et sa famille n’était pas une option pour elle. Il était hors de question qu’elle l’utilise sans considération pour sa vie. Elle ne vaudrait pas mieux que ceux qu’elle essayait d’épingler dans ce cas. Et puis, quelque part, Mickey était aussi une victime de cette organisation criminelle. Cette dernière se servait de ses fragilités pour le manipuler et en faire leur marionnette. Une poupée obéissante, sans état d’âme, prête à exécuter leurs plus vils besognes.
Une fois toutes les connexions obtenues, il était temps de passer à la deuxième phase de son plan : Une étape bien plus dangereuse que la première, mais toutefois nécessaire. Grâce à un subterfuge habile, Kate parvint à conduire Mickey dans un endroit reculé, où Chris les attendait déjà, dissimulé dans l'ombre. Lorsque Mickey se rendit compte de la situation, la colère l’emporta. Il se tourna vers Kate, la fureur imprégnant chaque trait de son visage encore juvénile. Ses mots étaient tranchants et pleins de ressentiments.
— Tu t'es bien foutue de ma gueule ! T'es une putain de flic !
Chris, tendu à l'idée de voir Kate se faire insulter de la sorte, prit une profonde inspiration et intervint d'une voix ferme.
— Calme-toi, gamin.
Kate, le regard déterminé, s'avança d'un pas sans faillir vers le gosse face à elle, car du haut de ses seize ans, Mickey restait un gosse.
— Tu as raison, Mickey. Je t'ai menti. Insulte-moi si ça te fait du bien, mais je suis la seule qui puisse te sortir de cette merde.
Sa voix était à la fois ferme et empreinte de compassion, une combinaison qui semblait désarmer le jeune homme. Son visage se crispa un instant, mais il se tut.
— Tu crois vraiment qu'ils vont tenir leurs promesses ? Réveille-toi. Ta sœur est malade, et ce n'est ni ta mère qui vous a abandonné, ni ton père alcoolique qui va vous aider.
La colère brillait dans les yeux de Mickey, mais au fond, il savait que Kate avait raison.
Chris restait en retrait, les bras croisés, observant Kate avec une admiration silencieuse. Elle avait cette capacité à analyser et à persuader peu commune. C’est comme si elle se mettait à la place de l’autre pour comprendre ce qu’il avait besoin d’entendre pour voire la situation sous un nouvel angle. Il pouvait voir le doute commencer à s'insinuer chez Mickey.
Kate poursuivit avec une intensité croissante.
— C'est comme ça qu'ils fonctionnent. Ils vont remplacer ta famille dans ton esprit, et ce ne sera pas difficile vu comment tes parents ont merdé. Mais au lieu de soigner ta sœur, ils la feront disparaître au moment opportun pour te garder sous leur emprise. Ils voient ta force, c'est pour ça qu'ils t'ont choisi. Plus tu tombes de haut, plus c'est difficile de t'en sortir. Ils exploiteront tes faiblesses pour te manipuler. Écoute ton instinct. Je sais que tu es plus malin que ça. Il te dit de te méfier.
Les paroles de Kate avaient fait mouche. Mickey, recula comme percuté par les arguments qu’il ne pouvait ignorer. Malgré le sentiment de trahison qui persistait, une part de lui même savait que Kate avait raison, la même que celle qui lui intimait de continuer à lui faire confiance. Vaincu, il s’affala au sol.
— Putain de bordel de merde. S’ils apprennent que je bosse avec les keufs ils vont me butter, mais avant ils tueront ma sœur pour servir d’exemple.
— Je ne laisserais personne faire du mal à ta sœur, ni à toi d’ailleurs. Je t’en fais la promesse.
Kate s’était agenouillée face à lui, plongeant son regard dans le sien. Mickey frotta nerveusement ses mains sur son jean.
— Je dois être devenu fou, parce que je te crois. Je sais pas pourquoi, mais j’ai envie de te croire.
Chris resté silencieux jusqu’alors prit la parole.
— Kate tient toujours ses promesses. Elle est douée, et de toute façon elle ne sera pas la seule à veiller sur toi. Je serais là et j’assignerais mes meilleurs gars sur ce coup.
— C’est à elle que je fais confiance, pas à toi. Toi t’es pas comme nous. Ça se voit.
Il regarda Kate avec gravité, comme s’il voyait quelque chose sans en comprendre la nature. Pourtant Mickey le sentait dans ses tripes, il avait plus de points communs avec Kate qu’il n’avait de différences. De façon sensitive, il le savait, et c’est pourquoi il lui faisait confiance à elle.
Elle soutient son regard.
— Et moi je lui fais confiance à lui. Tu peux compter sur lui, je t’en donne ma parole.
Mickey regardait tour à tour Chris et Kate.
— Très bien. Je marche avec vous. De toute façon je crois que j’ai pas vraiment le choix si je veux sauver ma sœur.
— Malheureusement non, j’en ai bien peur, confirma Kate en plaçant une main compatissante sur son genoux.
Chris pris le relais en expliquant la suite des opérations.
— On te place un traceur, Mickey. On sera jamais loin. Avec ça, on obtiendra les informations nécessaires pour les faire tomber sans avoir à utiliser ton témoignage. Ça nous permettra de ne pas t’exposer.
Kate ajouta d'un ton rassurant.
— C'est moi qui couvrirai tes arrières et je peux t’assurer que je tire encore mieux que Billy the Kid.
— Quand ils viendront à toi, accepte leur mission, continua Chris, il faut que tu leur donnes tout ce que tu as, qu'ils croient que tu es de leur côté. Sinon, ils te retrouveront et te tueront, toi et ta sœur.
Kate prit une inspiration avant d'ajouter.
— Ça pourrait aller jusqu'à ce que je doive te tirer dessus pour que ce soit crédible. Ça fera mal, mais tu survivras. Ta mission est simple : fais ce qu'ils te disent, même si ça signifie t'en prendre à moi. N’hésite pas. Tu dois te comporter comme le tueur qu’ils voient en toi.
Chris conclut avec une promesse.
— Quand tout ça sera terminé, on te donnera, à toi et à ta sœur, une nouvelle identité. Vous pourrez recommencer votre vie loin d'ici.
Mickey semblait sur le point de poser une question, mais Kate l'interrompit, anticipant son inquiétude.
— Ta sœur aura accès au traitement dont elle a besoin pour sa maladie. As-tu d'autres questions ?
Mickey, surpris et touché par l'attention de Kate, sourit timidement. Elle avait répondu à la seule question qui le hantait.
— Non, c’est bon. Je sais tout ce que je dois savoir.
***
Comme Kate et Chris l’avaient prédis, Mickey fut rapidement contacté pour se rendre dans un entrepôt abandonné. Chris et Max, dans leur camion d'écoute, se postèrent à proximité pour espionner les échanges. Mickey reçut des ordres d'assassinat : la cible était un certain Teddy, il lui serait donné un couteau. Mickey suivit les conseils de Kate et posa un minimum de question : où et quand. Lorsqu’il quitta l’entrepôt, il scruta autour de lui et vola un scooter avec discrétion pour se déplacer rapidement et prévoir sa fuite. Il se dirigea vers l'endroit indiqué par les membres de l’organisation. Kate le suivit en moto, gardant suffisamment ses distances pour ne pas être repérée sans toutefois le perdre de vue. Elle restait en contact constant avec Chris, dont le ton trahissait l’anxiété.
— Le lâche pas, mais fais attention à toi.
— Tu peux compter sur moi.
Max regarda Chris, inquiet de le voir tapoter anxieusement son genou.
— Vous devriez pas vous inquiéter, patron. Kate va gérer.
Chris le regarda avec gravité.
— Il ne faut jamais sous-estimer les risques, Max.
Max se concentra de nouveau sur leur mission, écoutant les échanges des personnes restées dans l'entrepôt depuis la fourgonnette garée à l'écart. Une autre voiture banalisée suivait Mickey grâce au traceur qu'il portait.
Mickey stoppa sa course dans une cité non loin de là. Kate s'arrêta à une distance raisonnable pour ne pas se faire repérer. Attentive à son environnement, elle détecta la présence de recruteurs patientant en position d’observateur, scrutant chaque réaction de Mickey afin d’évaluer son potentiel. Elle devait agir discrètement pour ne pas compromettre sa couverture. Elle informa Chris de la situation et lui demanda de ne pas faire intervenir les collègues restés dans la voiture banalisée pour le moment.
— J'aime pas la tournure que ça prend, Kate, indiqua-t-il, de plus en plus nerveux.
— Je te promets de faire attention, Chris, mais je ne peux pas abandonner ce gosse. Il croit en moi et je suis sûre que tu ne pourrais pas non plus te pardonner sa mort toi non plus.
— Tu as raison Kate, mais fais attention à toi. Ne prends pas de risques inutiles.
Alors que Chris et Max enregistraient des passages accablants, Kate poursuivait discrètement Mickey, veillant à rester cachée du regard des évaluateurs. Il arriva dans un square un peu isolé. Mickey mit une casquette pour cacher son visage. Il observait autour de lui, guettant à la fois la présence de sa proie et un potentiel danger.
Le temps passa avant que le square ne se vide un peu. Kate perçut subtilement le changement de comportement de Mickey. Teddy ne devait plus être loin. Mickey avait identifié sa proie et la suivait, se rapprochant discrètement, tel un prédateur aux aguets.
L'écouteur de Kate grésilla. C'était Chris.
— On en a terminé ici, j'arrive, Kate.
Kate ne répondit pas. Nul besoin d’ajouter quoi que ce soit. Elle redoubla d'efforts pour devancer Mickey et neutraliser Teddy avant lui. Teddy, inconscient d'être suivi, s'écarta de la foule pour téléphoner. Kate savait que c'était le moment où Mickey passerait à l'acte. Elle se précipita vers eux. Dès que le regard des autres fut détourné, elle visa Mickey de son flingue pour l'empêcher de s'approcher de Teddy.
Mickey observait la moindre faille tandis que Teddy semblait légèrement décontenancé. Kate savait qu'elle n'aurait pas beaucoup de temps avant que les observateurs ne la repère et la canardent. Elle s'élança sur Teddy, l'assénant par derrière d’un coup puissant qui lui fit immédiatement perdre conscience. Mickey, évaluant la situation, décida de fuir, comme il l'aurait fait s'il n'avait pas été celui qui avait rencardé les flics. Kate lui tira dessus. Mickey, touché à la jambe, s'écroula en criant de douleur. D'autres coups de feu retentirent. Kate eut juste le temps de se mettre à l'abri.
Chris, entendant les bruits de tirs au loin, s'inquiéta.
— Kate, qu'est-ce qu'il se passe ? Réponds-moi !
— Ça va, Chris. Je n'ai rien pour l'instant. Tu peux envoyer les renforts. J'ai neutralisé Teddy et Mickey est à terre. Il y a deux tireurs. Je me suis repliée.
Alors qu'elle indiquait la position probable des tireurs, elle entendit un tir. Elle pensa à l'arrivée de Chris et se redressa pour tirer sur le deuxième homme. Elle parvint à le toucher du premier coup.
Chris la rejoignit, haletant.
— Joli tir ! Dit-il rassuré.
— Merci, répondit-elle en se tournant vers Mickey. Il était blessé à la jambe, mais n'avait reçu aucune balle perdue. En même temps, elle avait attendu qu’il s’éloigne avant de tirer.
Max et Luis arrivèrent alors que Chris passait les menottes à Teddy, toujours inconscient, tout en appelant des renforts. Kate passa les menottes à Mickey et l'obligea à se relever malgré la douleur. Elle lui chuchota que le rideau allait bientôt se baisser sur la scène, mais qu'il devait encore jouer le dernier acte.
Mickey, courageux, serra les dents et continua de jouer la comédie. Une fois dans la voiture, elle put enfin lui parler avec sincérité
— Joli travail. Je te félicite. Je comprends pourquoi ils t'ont choisi. Tu es doué.
— Je suis pas sûr que ce soit un compliment vu les sales besognes qu'ils comptaient me donner.
— Il ne tient qu'à toi de choisir ce que tu veux faire de ces compétences. Les flics ont aussi besoin de personnes comme toi, ajouta Kate.
— Moi, flic ? C'est une blague ?! s'exclama-t-il.
— Voici mon numéro personnel. Si tu changes d'avis, ou si tu as le moindre problème, appelle-moi. On ne se reverra plus, à moins que tu ne m'appelles. Prends soin de toi.
— Ce que tu as dis pour ma sœur, ça tient toujours ? Demanda-t-il inquiet.
— Tu veux dire le traitement ?
— Oui.
Son regard la fixait douloureusement. Elle tenait son monde entre ses mains.
— Oui. Je n’ai qu’une parole. Je l’aurais payé de ma poche s’il l’avait fallu.
— Merci pour tout Kate, dit il soulagé.
Kate laissa Mickey partir avec les renforts puis elle rejoignit Chris. Il discutait avec les autres agents, son visage marqué par l'adrénaline encore présente. Les gestes brusques de ses mains trahissaient son impatience.
— Je vais récupérer ma moto avant qu'elle ne se retrouve en pièces détachées, annonça-t-elle d’un ton à la fois amusé et détaché en écartant une mèche de cheveux rebelle de son front.
Chris tourna son regard vers elle, ses yeux reflétant une inquiétude qu'il tentait de dissimuler.
— Ok, mais Max t'accompagne. Je veux pas que tu y ailles seule après tout ce bazar.
Kate fronça légèrement les sourcils, prête à protester, mais elle savait que discuter avec Chris dans ces moments-là était inutile. Il se montrait inflexible quand il s'agissait de sécurité. Elle répondit donc simplement.
— Ok. On se rejoint au bureau alors.
Max, debout à quelques pas, hocha la tête, prêt à suivre Kate. Ensemble, ils se hâtèrent de rejoindre la moto. La nuit était tombée depuis un moment déjà, et il leur restait maintenant beaucoup de paperasse à rédiger au poste.
***
Au bureau, la nuit avançait, Kate attendait le retour de Chris, feuilletant des rapports avec une concentration quasi-obsessive pour oublier la tension de la journée. Lorsqu’il arriva enfin, son visage trahissait une lourde fatigue.
Ils travaillèrent tard, les heures défilant sans qu'ils ne s'en rendent compte. Finalement, le silence s'installa alors que les autres agents avaient quitté les lieux, Max en dernier. Chris s'approcha de Kate doucement, l’observant un moment dans l’encadrement de la porte de son bureau. Il hésita avant de lui proposer :
— Si tu veux, tu peux venir chez moi boire une bière.
Kate leva les yeux, son regard fatigué croisant celui de Chris. Elle hésita un instant, ressentant un mélange de fatigue et de tensions. Après une courte réflexion elle finit par acquiescer.
— Pourquoi pas.
Les deux quittèrent le bureau ensemble. Kate reprit sa moto et suivi Chris jusqu’à chez lui. Ils s'installèrent à l'extérieur, sous la brise tiède.
— Merci pour la confiance que tu m'as accordée, dit Kate en prenant place à côté de lui, jusqu'à présent, personne n'a jamais agi comme ça avec moi. Ça me touche vraiment.
— T'as prouvé que tu la méritais. Je te cacherai pas que tu m’as bien fais flippé, mais j'ai bien fait de te faire confiance. Tu as parfaitement géré aujourd’hui. On a de la chance de t’avoir dans l’équipe. Merci à toi Kate.
Ils trinquèrent à leur nouvelle alliance, le tintement des bières résonnant doucement dans la nuit. Kate laissa échapper un soupir, ses yeux s'assombrissant légèrement.
— Je hais le milieu de la drogue et des trafics en tout genre. C'est une question personnelle, ajouta-t-elle.
Alors qu'elle semblait prête à se confier davantage, une averse soudaine les prit de court. Ils se précipitèrent pour rentrer leurs affaires, riant sous la pluie battante. Trempés jusqu'aux os, ils se réfugièrent dans la maison de Chris. La lumière de la lune perçait à travers les fenêtres, illuminant les gouttes de pluie sur le visage et la poitrine de Kate. Chris sentit une attirance croissante pour elle, des pensées qu'il avait du mal à chasser de son esprit.
Kate, les joues rougies malgré le froid, laissa son regard glisser sur Chris. Il fixait ses lèvres avec intensité. Il fit un pas vers elle, le cœur battant à tout rompre. Kate se rapprocha à son tour, mais un coup de tonnerre retentit. Elle laissa échapper un petit cri
— Tu as peur de l'orage ? S’amusa Chris.
Kate ronchonna.
— J'aurais jamais dû venir. En plus, maintenant tu vas te moquer de moi constamment avec ça.
— Ça restera entre nous partenaire, je te le promets.
Chris laissa glisser ses yeux le long de son corps une dernière fois, puis il alla chercher une serviette qu'il lui tendit.
— Tu peux pas rester comme ça, tu vas attraper froid. Je vais te prêter des vêtements.
Une fois changés, Kate et Chris se retrouvèrent dans le canapé. Ils partagèrent des anecdotes des années d'apprentissage de Chris auprès de Carl, des histoires qui firent beaucoup rire Kate. Le temps filait, ni l’un, ni l’autre malgré la fatigue n’était décidé à aller se coucher.
Kate finit par aborder un sujet qui lui brûlait les lèvres depuis plusieurs semaines. Elle n’avait pas osé jusqu’alors en parler de peur de se montrer intrusive, mais le moment lui semblait opportun.
— Je sais que la personne dont j'ai pris le poste est morte il y a quelques mois. Je ne voulais pas te brusquer, mais je voulais que tu saches que je suis là pour écouter si tu veux en parler. J’imagine que travailler avec moi ne doit pas être facile. Ça doit te rappeler constamment la mort de ta collègue… Je ne peux pas imaginer combien ça doit être difficile pour toi, ni combien elle doit te manquer.
Chris sourit, touché par sa perspicacité.
— Tu vises juste à chaque fois, dit-il avec tristesse.
Il lui parla de Sophia avec émotion, expliquant que c'était la deuxième partenaire qu'il perdait.
— Peut-être que tu devrais demander ta mutation avant qu'il ne t'arrive quelque chose, plaisanta-t-il avec amertume.
Mais Kate ne rit pas. Elle se rapprocha de lui et le serra dans ses bras avec une tendresse amicale. L'étreinte surprit Chris au début, mais il se laissa aller à la chaleur et au réconfort de ses bras. Il ne s'était jamais livré ainsi à quelqu'un auparavant. Posant sa main sur les bras de Kate qui l'enlaçait avec douceur, il la remercia silencieusement pour son soutien.