Chris arriva au bureau en même temps que Kate, son regard attiré immédiatement par la moto de sport qu'elle conduisait. La Honda, noire comme les cheveux de sa propriétaire, luisait sous le soleil matinal. Les lignes aérodynamiques et la puissance brute qu'elle dégageait semblaient refléter parfaitement la personnalité de Kate.
— Belle moto, dit-il en s'approchant, ses yeux pétillant d'admiration.
Kate, appuyée nonchalamment contre le réservoir, lui sourit, ses lèvres se courbant légèrement.
— Merci. Tu fais de la moto ?
— Oui, mais je n'en ai pas.
— Je pourrais t'emmener faire un tour à l'occasion.
Chris ne put s'empêcher de sourire à cette proposition, son enthousiasme palpable.
— Ça pourrait être sympa, répondit Chris avec un empressement qui témoignait de son enthousiasme.
Alors qu'ils avançaient ensemble vers la porte du bureau, Kate lui lança :
— Je te paierai une bière pour me faire pardonner les remarques désobligeantes que j'ai pu te faire.
— Je te prends au mot, conclut-il, puis dans un geste galant il lui tenu la porte.
— Après toi.
Tout en avançant, Kate se retourna vers lui, son expression se faisant plus professionnelle.
— Alors, tu as des éléments nouveaux sur notre affaire ?
— D’après les premiers éléments, Emmy aurait parlé de menaces anonymes. Elle pensait que ça venait de Jake, un ancien employé qu'elle avait viré quelques mois plus tôt.
— Même si on trouve des preuves qu'il la harcelait, ça ne fait pas de lui le criminel. Il nous faut des preuves directes. On va devoir interroger les témoins potentiels et vérifier les caméras au départ des sentiers ainsi que celles des parkings pour repérer éventuellement sa voiture.
Chris sourit, le professionnalisme de Kate lui plaisait.
— Bonne analyse. J'ai aussi demandé un coup de main à mon amie Julia.
— Julia ?
— Une détective privée super efficace avec qui je bosse souvent. C'est aussi une vielle amie que j'ai rencontré sur les bancs de la fac, répondit-il avec respect.
— Okay, alors, qu'est-ce que tu attends de moi ?
— Je te laisse suivre ton intuition. Occupe toi des caméras de surveillance et n'hésites pas aussi à récupérer les relevés de téléphone. Il faut explorer la piste sur Jake sans passer à côté de quoi que ce soit.Avec un peu de chance, on trouvera des preuves que Jake était là.
Kate afficha une moue de déconvenue mais ne dit pas un mot, se contentant de hocher la tête. Elle n'aimait pas le travail de bureau et avait secrètement espéré qu'il refile cette tâche à quelqu'un d'autre pour qu'elle se rende sur le terrain interroger des proches.
Elle passa la journée à travailler avec Luis, déterminée à aller jusqu'au bout. Les heures passèrent, alors que le bureau se vidait, Kate resta tard pour visionner des enregistrements plus anciens. Bien que son visage était marqué par la fatigue elle restait concentrée.
Chris s'apprêtait à quitter le bureau lorsqu'il remarqua la lumière provenant du bureau de Kate. Curieux, il s'approcha et l'aperçut encore en train de travailler. Elle était concentrée devant son écran.
— Qu'est-ce que tu fais encore ici ? demanda-t-il, étonné.
— Je voulais regarder des enregistrements plus anciens, juste au cas où.
Intrigué, Chris retira sa veste et prit place à ses côtés, malgré la fatigue.
— Qu'est-ce que ça donne ?
— Regarde ça. Celle-ci remonte à quelques jours. On dirait bien qu'Emmy a essayé de confronter Jack. Elle lui montre des lettres et semble très en colère. Et là, Jack s'avance vers elle. On voit clairement qu'il est menaçant. Le visage d'Emmy change d'expression, elle affiche de la peur. Il a pu mettre a exécution ses menaces et pour ne pas se faire repérer, il a très bien pu prendre un autre véhicule le jour du crime. Rien sur ses mouvements de compte ne laisse penser à une location. Je pense que c'est peut être un ami qui lui aurait prêté un véhicule. Ce qui me gène dans cette hypothèse c'est qu'au regard des témoignages il ne semble pas en avoir du tout. Du coup, j'ai continué à réfléchir à tout ça et j'ai pensé qu'un garagiste aurait très bien pu lui prêté un véhicule de courtoisie.
— Beau boulot, Kate, dit-il, impressionné par sa ténacité, mais il est tard à présent. On devrait y aller et se reposer.
— Okay, acquiesça Kate à contrecœur. Demain, je fais le tour des garages pour vérifier tout ça.
Chris se leva et enfila sa veste. Voyant que Kate ne bougeait pas, il lui tendit son blouson de cuir.
— Je veux pas être malpoli, mais la boutique ferme, Kate.
— Je suis désolée, j'ai tendance à perdre la notion du temps parfois, grimaça-t-elle.
— Je vois ça, répondit-il tout en laissant échapper un bâillement.
— Et du côté de ton amie, ça a donné quoi ?
— Les randonneurs ont témoigné avoir vu Jack rôder autour du groupe à plusieurs reprises.
— L'étau se resserre, répondit Kate avec une satisfaction évidente.
— Tu fatigues jamais ?
— C'est parce que toi t'es vieux, tu tiens plus la route.
— Vieux, vieux ! Tu veux que je te montre si je suis vieux ?
— J'aimerais bien voir ça, lui rétorqua-t-elle d’un air défiant.
Elle mit son casque de moto, fit un signe de la main à son nouveau patron avant de partir en trombe. Chris secoua la tête. Kate avait un charme certain qui ne laissait pas les hommes indifférents, pas même lui. Cependant, il était son supérieur et il ne s'autoriserait pas ce genre de relation. Tandis qu'il la regardait s'éloigner, il ne pouvait s'empêcher de sentir une certaine proximité s'installer entre eux, une complicité naissante qu'il trouvait agréable mais qui resterait, il en était persuadé, professionnelle et juste professionnelle.
***
Le lendemain, Chris se rendit au cabinet de Julia. La chaleur de la matinée baignait la ville, et le soleil faisait étinceler les fenêtres du bureau. En entrant, il fut accueilli par Mary, la secrétaire de Julia, au sourire accueillant.
— Bonjour Mary Tu es resplendissante aujourd'hui, la complimenta-t'il avec charme.
Mary rougit malgré son âge avancé, flattée par les paroles de Chris dont pourtant elle n'était pas dupe. C'était devenu un jeu bienveillant entre eux. Elle avait déjà la soixantaine bien passée et était à la retraite lorsqu'elle avait été contrainte de reprendre le travail. Son mari était mort brutalement et bien que son fils se soit proposé pour l'accueillir et répondre à ses besoins elle avait refusé. C'était un jeune père et elle se refusait de s'immiscer dans sa vie déjà bien mouvementée. Il avait réitérer les propositions pour l'héberger mais, elle lui avait systématiquement répondu que sa belle-fille avait mieux à faire que de l'avoir dans les pattes. Et puis, malgré tout l'amour qu'elle portait à son fils et à sa famille, elle affectionnait plus que tout cette liberté retrouvée. Non pas que l'homme qu'elle avait épousé était mauvais, mais elle avait suivi la tradition et tout abandonné pour s'occuper du foyer, choix qu'elle avait mainte fois regretté sans rien dire. Travailler avec Julia était donc plus une chance pour elle qu'une corvée, d'autant plus que Julia était formidable avec elle et une forte complicité les liait désormais. L'amitié entre Julia et Chris l'avait naturellement rapproché de ce dernier. Il aimait d'ailleurs beaucoup la taquiner, elle avait une posture maternante qui pansait les blessures de chacun sans avoir besoin de dire le moindre mot.
— Merci, Chris. Je me demande pourquoi tu es encore célibataire. A croire que les femmes de nos jours n'ont aucune jugeote.
Julia fit son apparition dans l'encadrement de la porte de son bureau, une expression amusée sur le visage.
— Tu devrais arrêter de perturber Mary comme ça, Chris. Elle a du mal à se concentrer après.
— Juste un peu de courtoisie Julia, lui répondit-il en haussant les épaules avant de reprendre plus sérieusement. On a fait du bon boulot hier. Enfin, Kate surtout. Elle a trouvé des preuves solides contre Jack. On a une vidéo d'une dispute quelques temps avant cet homicide et elle est en train de faire des vérifications. Il se pourrait que Jack soit parvenu à se servir d'une voiture de courtoisie pour ne pas laisser de trace. Elle doit faire des vérifications aujourd'hui.
— Pas mal. À ce rythme-là, vous allez coffrer Jack avant la fin de la journée.
— Ça se pourrait bien. Tout est possible avec Kate. Elle fait du bon travail et elle ne compte pas ses heures.
— Hey, on dirait que tu l'apprécies cette nouvelle recrue finalement, hein ?
— C'est une sacrée bonne flic. Ça fera du bien à l'équipe, même si pour le moment ils ne s’en rendent pas compte. C’est devenu compliqué après... après Sophia.
Le silence qui suivit fut lourd de sous-entendus, le souvenir de Sophia planant comme une ombre. Julia soupira, son regard se perdant un instant dans le passé.
— C'est compliqué pour nous tous.
Il hocha la tête, terminant la tasse de café que Mary lui avait servie.
— Apparemment, Jack n'est pas rentré chez lui ces derniers temps.
— Il doit avoir une cabane quelque part.
— C'est ce que je pense aussi, répondit Chris. Tu crois pouvoir te renseigner là-dessus ?
— Tu sais bien que je vais pas te dire non.
— Je savais que je pouvais compter sur toi, lui répondit-il avant de se tourner vers la sortie.
Après avoir dit au revoir à Julia et à Mary, Chris se dirigea vers son bureau. Le trajet en voiture jusqu'au poste, avec ses montagnes majestueuses et ses vastes plaines, lui apporta un moment de sérénité avant la tempête de la journée de travail.
En arrivant au poste, il fut surpris de ne pas voir Kate. Lorsqu'il croisa Luis au détour d'un couloir il lui demanda s'il l'avait vu. Ce dernier répondit agité.
— Kate est déjà partie faire le tour des garages. J'espère que c'est pas un problème pour vous. J'ai comme l'impression que la bureaucratie c'est pas trop son truc, comme Sophia.
— Bien, elle ne perd pas de temps, comme je m'y attendais.
Il se retourna vers son bureau, où une montagne de travail l'attendait déjà. Kate prenait des initiatives, tant mieux. Il n'avait pas le temps de faire du baby-sitting.
***
Quelques heures plus tard, Kate téléphona à Luis pour lui donner le modèle et la plaque d'immatriculation de la voiture que Jack utilisait ces derniers jours. Luis, enthousiaste, se mit immédiatement au travail. À son retour au poste, Kate le retrouva rayonnant, tenant un dossier rempli de documents.
— Tu as trouvé quelque chose de neuf ? demanda Kate, impatiente.
— Je crois qu'on le tient Kate... Enfin agent Davis.
Kate éclata de rire,
— Appelle-moi Kate. Quand tu m'appelles par mon nom, ça me file le bourdon.
— D'accord Kate, acquiesça-t-il légèrement intimité.
— On n'a plus qu'à aller voir le shérif alors pour lui faire part de tout notre travail. Tu m'accompagnes ? lui proposa-t-elle. Après tout ils avaient travailler ensemble sur cette enquête et il était donc normal qu'ils la présentent ensemble peu importe leur lien hiérarchique.
Kate et Luis se dirigèrent vers le bureau de Chris. Avec un air triomphant, Kate posa avec enthousiasme le dossier devant lui.
— On a toutes les preuves qu'il nous faut pour coffrer Jack, annonça-t-elle.
Chris parcourut rapidement les documents avant de lever les yeux vers Kate. L'approbation se lisait sur son visage.
— Parfait. Je vais voir si on a du nouveau pour localiser l'endroit où il se planque et on y va.
Après un coup de fil rapide à Julia, il se tourna vers Kate.
— Il est temps de partir le coffrer, équipe-toi.
— Enfin un peu d'action ! J'ai cru que j'allais rouiller ces derniers jours, s'exclama Kate en prenant la porte.
— Tu es aussi douée au bureau que sur le terrain, mais on sait où va ta préférence, s'amusa Chris en lui emboîtant le pas
— Et vous, quelle est la partie que vous préférez ? Demanda-t-elle en regardant tour à tour Chris et Luis tandis qu'ils rejoignaient leur véhicule.
Chris, qui avait pris le volant, répondit sans hésitation.
— Le terrain, sans aucun doute.
— Pour ma part, je suis plus à l'aise avec les recherches, avoua Luis un peu honteux.
— Tant mieux, on ne se battra pas pour le terrain. Et puis, les recherches de bureau sont essentielles. Sans ton travail de fourmi, on n'arriverait à rien.
Touché par le compliment, les joues de Luis prirent une teinte rouge.
— Mais j'ai encore des choses à apprendre quand je vois le travail que tu as abattu hier.
— Ouais, enfin, Kate est restée super tard hier. J'ai dû la mettre dehors. Ce n'est pas vraiment un exemple.
— J'avais rien de mieux à faire de toute façon.
— Tu mènes une vie trépidante, se moqua-t-il.
Luis, assis à l'arrière, regardait l'interaction entre Chris et Kate avec amusement. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas vu le shérif sourire de façon aussi sincère. Depuis la mort de Sophia, il portait un masque de convenance dont Luis n'était pas dupe. Mais, avec l'arrivée de Kate, il semblait peu à peu reprendre goût à la vie. Il percevait la complicité grandissante entre eux, une dynamique nouvelle qui, il l'espérait, était annonciatrice de jours meilleurs pour tous. Kate était comme une tornade qui bousculait tout sur son passage.
La route serpentait à travers les paysages majestueux de Californie, les montagnes se dressant fièrement sous le ciel bleu azur. Le regard de Chris alternait entre la route et Kate, elle était pleinement concentrée sur l'opération qui les attendait. Sentant son regard pesé sur elle, Kate se tourna vers Chris.
— Qu'est-ce que tu as à me regarder comme ça ? J'ai de la salade coincée entre les dents ? Elle joint une grimace à sa question qui fit rire les deux hommes.
— Même si c'était le cas je ne te le dirais pas.
— Ah ouais c'est comme ça ? Et ton grand discours sur l'importance de la confiance entre collègue ?
— Peut-être que je pourrais effectivement dans ma grande générosité t'avertir d'une telle disgrâce mais, seulement si tu te comportes bien et que tu arrêtes de te montrer aussi insolente envers ton supérieur.
— Je ne vois pas du tout en quoi je suis insolente, c'est bien la première fois qu'un supérieur me fait un tel reproche, rétorqua-t-elle avec ironie, faisant rire à nouveau Chris sous le regard attentif de Luis.
***
Ils finirent par arriver à l'endroit indiqué par Julia, qui les attendait patiemment, adossée à son véhicule. La lumière filtrait à travers les arbres, baignant la scène d'une douce clarté dorée. En sortant de la voiture, Kate scruta les alentours avec attention, ses yeux s'arrêtant immédiatement sur le véhicule de Jack.
— C'est bien le véhicule de Jack, déclara-t-elle, désormais totalement concentrée.
— J'ai jeté un coup d'œil. Il est dans la cabane, annonça Julia.
Elle se tourna ensuite vers Kate, tendant la main avec un sourire amical.
— On n'a pas encore eu le plaisir de se rencontrer. Je suis Julia, enchantée. J'imagine que vous devez être Kate.
Kate serra sa main avec vigueur.
— Exactement. Pour ma part, j'ai déjà beaucoup entendu parler de vous.
Pendant ce temps, Chris préparait son arme avec des gestes précis et sûrs. Il leva les yeux vers les deux femmes, un sourire en coin.
— Maintenant que les présentations sont faites, on va peut-être pouvoir se lancer ? Luis, tu restes ici au cas où. Julia, tu viens avec moi. Kate, tu passes par derrière afin de le prendre s'il se fait la malle.
— Ça me va. Avec un peu de chance il vous verra arriver et j'aurais le plaisir de le cueillir comme une fleur, s’enthousiasma Kate.
Chris et Julia se dirigèrent vers la cabane, leurs pas feutrés sur le sol. Kate, quant à elle, se faufila silencieusement vers l'arrière, son regard aiguisé scrutant chaque mouvement. Soudain, elle aperçut Jack sortir précipitamment par une fenêtre, visiblement paniqué. Sans perdre une seconde, elle se lança à sa poursuite, ses muscles tendus par l'effort.
— Chris ! cria-t-elle pour le prévenir.
Chris et Julia se lancèrent immédiatement à sa suite, leurs silhouettes se dessinant à l'horizon.
Kate accéléra, ses foulées devenant de plus en plus rapides. Elle sentait son cœur battre à tout rompre, chaque respiration brûlant dans ses poumons. Finalement, elle rattrapa Jack, bondissant sur lui pour le stopper net dans sa course. Ils roulèrent sur le sol, mais Kate, avec une agilité remarquable, le maîtrisa rapidement et lui passa les menottes. Chris et Julia arrivèrent à ce moment-là, haletants mais souriants.
— C'est l'âge qui te rend si lent ? taquina Kate en s'adressant à Chris.
Julia pouffa de rire, amusée par la scène. Chris la fusilla du regard avant de s'adresser à Kate.
— C'est juste que j'ai voulu te faire plaisir et te laisser faire. Dans le cas contraire, j'ai comme l'impression que la gamine que tu es m'aurais fait un caprice
— C'est ça trouve-toi des excuses.
Kate força Jack à se relever, le regardant droit dans les yeux. Ce dernier, les larmes aux yeux, balbutia :
— C'était un accident, je ne voulais pas la tuer.
— C'est vraiment ce que tu veux essayer de nous faire croire après tout le mal que tu t'es donné pour cacher ta venue, cracha Kate, peu disposée à avaler ses bobards.
— Je... J'ai péter un plomb, je regrette, j'vous jure.
— Alors il fallait assumer, et te rendre, rétorqua-t-elle d'une voix ferme, ses mots résonnant comme un couperet.
Chris regardait Kate accompagner Jack jusqu’à Luis qui prit le relais pour le conduire jusqu’aux collègues arrivés en renfort. Alors qu’elle observait Jack et Lui partir, Chris se posa à ses côtés.
— Bon boulot, dit-il doucement.
Kate, peu habituée aux compliments de ses supérieurs, appréciait d'autant plus cette camaraderie avec Chris. Malgré la tension de la situation, elle ressentit une chaleur douce se diffuser en elle. Contrairement à ce qu'elle s'imaginait en arrivant à San Bernardino, elle se sentait bien ici au sein de cette équipe. Elle adressa un sourire sincère à Chris.
***
Le soir venu ils se retrouvèrent au bar tous les quatre, autour d'une bière. Les lumières tamisées du bar créaient une ambiance chaleureuse, et les éclats de rire des autres clients ajoutaient une atmosphère joyeuse. Cooper les rejoignit, s'asseyant à côté de Julia, un sourire amical sur les lèvres.
— Hey Chris, ça commençait à faire longtemps. Pendant un moment j'ai même eu peur que tu m'évites
— Désolé, c'est vrai que je me suis montré un peu casanier ces derniers temps.
— J'ai cru comprendre mais saches que tu pourras toujours compter sur moi, lui répondit Cooper en faisant signe à la serveuse de lui ramener une bière.
— Vous vous connaissez tous depuis longtemps ? Demanda Kate intriguée.
Julia prit la parole sans laisser à Chris le temps de répondre.
— Je connais Chris depuis la première année de fac. On suivait des cours de droit ensemble. Quant à Cooper, nous sommes en couple depuis la troisième année et donc par la force des choses ces deux-là sont devenus amis.
— C'est à peu près ça, confirma Chris.
— Alors comme ça, vous ne vous êtes jamais séparés, c'est beau, s'exclama Kate
— A vrai dire, Chris est resté sur Los Angeles après la Fac. Il ne nous a rejoint qu'il y a quelques années, précisa Cooper tout en sirotant sa bière.
— Qu'est-ce qui t'a poussé à quitter la cité des anges ?
— Ça me rend curieux moi-aussi. Vous ne nous avez jamais expliqué pourquoi, expliqua Luis.
Chris prit une longue gorgée de sa bière, embarrassé par la question.
— L'envie de revoir une vieille amie.
Kate sentait qu'il y avait plus que ça, elle voyait de la tristesse dans le regard de Chris. Respectueuse de ses émotions elle se retint de poser davantage de questions. Chacun ses jardins secrets. Cela ne faisait pas longtemps après tout qu'ils se connaissaient. Et elle-même devait faire avec le poids du passé. Chacun son histoire.
Cooper détourna la conversation en parlant des derniers résultats de hockey, il savait que Chris était un passionné.
Julia en profita pour s'adresser à Kate :
— Et toi tu t'y connais en hockey ?
— Un peu. Par la force des choses. Disons qu'à la maison ils regardaient souvent ce sport alors j'ai finis par m'y intéresser même si je n'ai pas spécialement d'intérêt particulier pour le sport.
— Mais pourtant tu es hyper sportive ?! S’étonna Luis.
— C'est vrai. J'ai dû m'entraîner très dure et très jeune pour avoir une forme physique optimum mais je n'ai pas vraiment fais de sport compétitif.
Chris fixa Kate un moment, désireux de poser plus de questions mais préféra changer de sujet à nouveau. Ils discutèrent ainsi tout en buvant encore un long moment, puis, Chris, finit par annoncer son départ.
— Bon, les amis, c'est pas que je m'ennuie mais, je vais devoir filer. Demain, une grosse journée m'attend.
— Ah oui, c'est vrai que les vieux doivent se coucher tôt, le taquina Kate à nouveau.
Julia éclata de rire, amusée par la boutade de Kate.
— Je crois qu'elle te cherche, Chris.
Désabusé, leva les yeux au ciel.
— Tu vois l'enfer que je mène depuis qu'elle a pris ses fonctions ? Et après elle osera maintenir qu'elle n'est pas insolente envers ses supérieurs.
— On est pas au travail et quelque part, je suis sûre que tu m'apprécies un peu quand même.
— Peut-être juste un tout petit peu, concéda-t-il avec un clin d'œil. Demain matin, je vais récupérer Sunshine. J'ai envie d'être en forme.
— Super ! Vous passerez me voir, j'espère, s’exclama Julia, ravie.
— On y manquera pas, dit-il avant de se lever. Bon, à demain, les amis.
Luis partit en même temps, échangeant des salutations rapides avec le reste du groupe. Alors que Julia et Cooper s'apprêtaient également à partir, Kate s'indigna faussement.
— Vous allez vraiment me laisser seule ?
Cooper sourit amusée par la réaction de Kate, il embrassa sa compagne avant de lui indiquer.
— Je dois y aller, mais, tu peux rester si tu veux.
— Tu peux dormir chez moi si tu veux. Ça t'évitera de conduire, proposa Kate en voyant Julia hésiter.
Julia fit face à Kate qui semblait la supplier du regard. Elle finit par céder :
— Très bien tu as gagné, je reste mais c'est toi qui paie la prochaine tournée.
***
Alors que la soirée avançait, Kate et Julia installées confortablement dans un coin du bar, continuaient à discuter et à rire, se découvrant des affinités et tissant progressivement les liens d'une nouvelle amitié. La lumière tamisée des lampes suspendues créait une ambiance chaleureuse, et les rires des autres clients ajoutaient une touche de gaieté.
Les rires devenaient plus fréquents, et la conversation plus intime. À un moment, deux hommes, visiblement éméchés, s'approchèrent d'elles, tentant maladroitement de les draguer.
— Salut les filles, dit l'un d'eux avec un sourire qui se voulait charmeur. Vous êtes magnifiques ce soir. On peut vous offrir un verre ?
— Non merci », indiqua Kate, nous ne sommes pas intéressées. »
Les deux hommes peu enclin à écouter les volontés des deux femmes tentèrent de s'imposer.
Kate les fixa d'un regard noir.
— Messieurs, dit-elle avec une menace dans la voix à peine contenue. Si vous retourniez à votre table maintenant, vous aurez encore une chance de sauver un peu de votre dignité.
— Allez, sois pas comme ça. Tu devrais être flattée que des hommes te draguent. Ça veut dire que t'es mignonne et puis c'est juste un verre. On ne mord pas t'inquiètes.
— Depuis quand une femme devrait être flattée par des mecs ne respectant même pas leur consentement ? s'indigna Julia elle aussi agacée.
— Dégages ta main! Tout de suite! ordonna Kate.
L'homme se mit à rire. Kate se redressa lentement, son regard devenant glacial. D'un mouvement rapide, elle saisit le poignet de l'homme et le tordit brusquement, lui faisant lâcher un cri de douleur.
— On t'a dit de nous laisser tranquilles, dit-elle d'une voix menaçante. Apprends les bonnes manières et casse-toi avant que je ne décide de t'humilier davantage.
Les hommes reculèrent précipitamment, l'un d'eux se tenant le poignet, visiblement choqué.
— Wow, tu les as remis à leur place bien comme il faut! J'aurais pas fais mieux, lâcha Julia admirative.
— J'ai toujours eu horreur de ce genre de tocards.
Julia prit une nouvelle gorgée de son cocktail avant d'oser demander :
— Alors, raconte-moi. Vous semblez très bien vous entendre toi et Chris ? Il y a quoi entre vous deux ?
— Rien du tout. On travaille ensemble, c'est tout.
— Vraiment ? Qu'est-ce que tu penses de lui alors ?
— Je ne le connais pas depuis assez longtemps pour pouvoir vraiment répondre à cette question. Mais, de ce que j’ai pu voir je dirais que c'est un bon partenaire et un excellent chef. Sans doute le meilleur que j'ai connu jusqu'à présent. Il semble se soucier sincèrement des gens et ça c'est une qualité trop rare je trouve.
— Et il est plutôt mignon.
Kate éclata de rire face à l’audace de Julia. L’alcool aidant, elle ne semblait plus avoir de filtres, ce qui n’était pour déplaire à Kate.
— Tu lui répétera pas, mais je dirais même qu'il est hyper sexy ! Totalement mon genre.
— Promis, je lui dirai rien. Il est déjà bien trop conscient du charme qu'il opère sur les femmes. Mary est sa proie favorite. Mais alors, pourquoi tu tenterais pas ta chance? Je pense qu'il ne serait pas indifférent à tes charmes, tu as des atouts... plutôt convaincants.
— Je n'ai jamais été en couple avec personne. Je préfère les relations d'un soir. Pas d'attaches, pas de complications. Et puis, je ne mélange pas le travail et le sexe. Sans oublier que de toute façon, d'après ce que m'a dit Chris, il est encore amoureux de son ex Sarah.
Julia consciente de la complexité des sentiments de Chris envers son ex n'insista pas. Poursuivre cette discussion l'aurait amené à parlé du passé de son ami et ce n'était pas à elle d'en parler. Elle doutait d'ailleurs que Chris voit très claire dans ses sentiments. Elle détourna donc la conversation,
— On prend un autre verre ? C'est moi qui paie cette fois.
— Avec plaisir, répondit Kate.
Elles continuèrent à échanger sur des sujets plus légers, riant et partageant des anecdotes jusqu'à tard dans la nuit. La complicité entre elles se renforçait à chaque instant, laissant présager une amitié profonde et sincère.