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♫ Le Clan Elsan ♫ (1/2)

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Par Syanelys

Plusieurs lunes s’étaient écoulées depuis le conseil tumultueux convoqué par Revya. Le clivage redouté au sein du Clan Elsan n’eut pas lieu. Plutôt que de se diviser entre partisans des anciens dogmes et adeptes d’une renaissance fondée sur le courage et la liberté, les Elsan s’unirent.

Portés par une volonté commune, ils décidèrent de rompre avec la résignation et de faire face à la fatalité qu’ils avaient trop longtemps subie sans jamais la défier. Pour la première fois depuis des siècles, leur destinée ne serait plus dictée par la peur.

L’appel d’Ayako résonna fort. Ceux qui étaient restés fidèles au village ancestral retrouvèrent les leurs. Des visages familiers émergèrent et des âmes jadis égarées dans les limbes de Tekoya revinrent. Autour d’elle, la vie luttait, se relevait et battait à nouveau. Chaque souffle insufflait un espoir ardent, un avenir et un héritage à reconstruire. L’Élue du Néant se souvenait des Elsan et de leurs erreurs dans la Guerre des Immémoriaux. Elle voulait que le présent soit différent. Elle appelait les siens à regarder vers l’avenir, à accepter le changement et à protéger leurs valeurs. La guerre à venir serait un défi, mais chacun devait y faire face.

La Prophétie marquerait-elle la fin des Elsan ou l’aube de leur véritable commencement ?

Chacun s’affairait à sa tâche dans une communauté en reconstruction. Le Clan, réduit à une centaine d’âmes, s’unissait autour d’un but vital. Les Elsan étaient guidés par leurs Étoiles et s’engageaient corps et âme dans cette guerre à venir, regardant un horizon incertain entre espoir et fatalité.

Revya Elsan, anciennement un phare inébranlable, se fissurait en supportant désormais le doute de ses pairs. Les épreuves l’avaient profondément ébranlée, mais ne l’avaient pas brisée. À la surprise générale, elle restait à la tête du Clan, son autorité, bien que fissurée, étant perçue comme indispensable. Revya n’était plus la figure de certitude qu’elle avait été. Elle représentait un lien fragile entre les valeurs anciennes et le renouveau, incarné par son propre fils.

Depuis qu'Illyasviel Qity avait parlé, Revya se sentait habitée par une force tranquille et une loyauté profonde. Ces sentiments ravivaient en elle des souvenirs de Nyfia Elsan, sa plus ancienne rivale. Avec le recul, Revya comprit que leur rivalité n’était pas aussi importante qu’elle le pensait. Nyfia n’était pas une ennemie, mais une femme semblable à elle, animée par la même détermination et prête à tout sacrifier par amour pour son Clan.

Aujourd’hui, elle retrouvait cet amour dans les yeux de Syae quand son regard se posait sur Ayako — la fille de son ancienne ennemie. Ce reflet la blessait et la confrontait à ses propres erreurs. Elle s’était trompée sur les jumelles, sur Illya et sur elle-même.

Revya avait perdu le contrôle de son peuple au moment crucial. Elle avait vacillé au lieu de tenir bon, lâchant prise quand les jumelles s’étaient engagées dans l’inconcevable combat contre Yaelys Kaisen. Pourtant, les Elsan ne l’avaient pas abandonnée. Revya Elsan était devenue une gardienne silencieuse, recueillant les douleurs des siens. Dans son nouvel engagement, elle protégeait, écoutait et soutenait. Peut-être trouverait-elle un jour la force de se pardonner. Elle marquerait le renouveau.

La Prophétie ne marquerait pas la fin du Clan. Elle en scellerait l’avènement.

Ainsi, Revya était sur tous les fronts, à la fois vigie lucide et passeuse de paix. Elle avait décidé de révoquer les traditions millénaires du Conseil et de permettre à chaque Elsan de s’asseoir à la grande table sans hiérarchie, rang ou condition. Elle avait retiré son pendentif étoilé — symbole de son autorité — et l’avait déposé au centre de cette table. Revya serait désormais leur sœur d’armes.

Cependant, certaines coutumes méritaient de survivre, car elles étaient porteuses de la mémoire du Clan et de sa beauté historique. Il ne s’agissait pas de tout effacer, mais de trier, de préserver l’essentiel et de réconcilier l’ancien et le nouveau. Revya suggéra de revenir aux principes des Clans astraux, à l’origine de tout : avant les guerres, avant les prophéties, avant la peur, à cette lumière originelle qu’ils avaient peu à peu abandonnée.

C’était l’occasion parfaite pour cela.

Son fils, Syae, était de retour de sa quête initiatique, accompagné de l’Élue. Ils avaient tous deux triomphé, ramenant un fragment de cette lumière dans leur peuple. Un nouvel Elsan allait siéger à la Tour. Leur retour exigeait une célébration digne des leurs. La fête du Solstice, éteinte depuis des siècles, devait renaître.

Revya s’activa. Infatigable, elle coordonna les préparatifs, rassembla les anciens, sollicita les jeunes, cherchant dans chaque regard l’étincelle de fierté d’être Elsan. Elle se dirigea vers un petit groupe à l’ombre d’un grand saccyl. Les rires y résonnaient avec légèreté.

Assise sur un tapis d’herbes sèches, Illyasviel Qity tenait un grimoire ancien en sala et le traduisait avec concentration. Quelques jeunes Elsan suivaient ses gestes pour préparer le Palkoï, un plat traditionnel oublié réservé aux cérémonies de naissance et de renouveau.

— Pourrions-nous marcher ensemble, Illyasviel ?

La voix de Revya était douce, une note fragile dans l’harmonie retrouvée du camp. Son regard cherchait seulement à atteindre. Les préparatifs continuaient, portés par les rires et l’agitation joyeuse. Revya y jeta un salut bref et respectueux.

Illya leva les yeux lentement.

— Il le faudra bien un jour.

Les deux femmes s’éloignèrent du cercle de chaleur, marchant côte à côte le long d’un sentier bordé de yassas et d’Étoiles suspendues, témoins silencieuses de leur échange.

Revya rompit le silence.

— Je n’étais pas en état de te les présenter auparavant. Aurais-tu la sagesse d’accepter mes excuses ?

Elle baissa les yeux, comme si sa demande était trop lourde à supporter pour Illya. Ses doigts se serraient autour de l’objet qu’elle tenait.

— Nous avons toutes deux connu l’abîme, commença Illya, la morsure d’une haine immense, l’ivresse d’un amour si féroce qu’il emportait tout sur son passage. Je sais ce que coûte le choix de laisser son cœur parler avant la raison.

Un sourire, à peine esquissé, effleura ses lèvres.

— Je les accepte, Revya. Et je crois que notre “discussion” a offert aux Elsan un sursaut nécessaire. Pour cela aussi...

Revya inspira profondément, devinant le mot qu’Illya n’osait encore prononcer, puis tendit le vieux grimoire qu’elle avait gardé tout contre elle. Sa couverture portait le symbole du Clan Elsan et ses gravures, presque effacées, conservaient un éclat discret. Il n’était pas nécessaire de l’ouvrir pour savoir ce qu'il représentait.

— Ce sont… les mémoires de Nyfia Elsan, murmura Revya. Je les ai protégées, longtemps. Mais elles ne m’appartiennent pas. Elles doivent te revenir.

Illya recula d’un pas, effrayée par le livre qui lui était offert.

— Je… je ne suis pas une Elsan, souffla-t-elle. Ce livre devrait revenir à ses filles, à Ayako, à Kayla, pas à une simple Qity.

Revya prit un moment avant de répondre. Elle leva les yeux vers le ciel.

— Tu n’as toujours pas compris ce qui est arrivé à leur mère ?

Illya ne répondit pas. Revya continua.

— Au départ, personne ne comprenait les décisions de Nyfia. Elle avait toutes les raisons de tourner le dos au Clan. Nous l’avions abandonnée. Trahie, elle aurait pu tout réduire en cendres. Mais elle ne l’a pas fait. Elle a choisi les Qity. Elle t’a choisie.

Revya marqua une pause, laissant les mots s’installer.

— Et ce choix n’était pas dicté par le ressentiment. Il ne s’agissait pas de punir les Elsan, mais de préserver ce qui lui restait. Ses filles. Elle n’a pas désigné une gardienne par défaut, Illyasviel. Elle les a confiées à celle qu’elle savait liée à leur destinée.

Illya sentit son cœur s’accélérer.

— Tu manipules la nature sans posséder une seule Étoile… et tu continues à croire que cela n’a aucune signification ?

Revya tendit le grimoire à Illya et leurs doigts se mêlèrent autour du cuir ancien.

— Je ne l’ai jamais ouvert. Chaque jour, j’avais envie de comprendre pourquoi elle t’avait choisie, toi. Pourquoi une Qity aurait-elle été jugée plus digne qu’une Elsan de sang pour porter nos espoirs ? Je ne l’ai pas lu, parce que je crois qu’il ne m’était pas destiné.

Elle s’interrompit, ses yeux emplis d’émotion qu’elle ne cherchait plus à cacher.

— Tu y trouveras ses mots pour toi, Illyasviel. Tu étais sa continuité, elle n’a jamais cessé de croire en toi, même quand nous, nous t’avons rejetée.

Le souffle coupé, Illya pressa le livre contre elle, comme pour l’empêcher de lui échapper.

Revya retira délicatement ses mains, offrant de nouvelles larmes à Illya.

— Tu es des nôtres. Tu l’as toujours été. Et je te demande pardon. Non pas comme une figure d'autorité, mais comme une femme, comme une mère. J’aimerais, à ma manière, te témoigner ma gratitude, pour ce que tu as porté, pour ce que tu continues à protéger.

Revya et Illya arrivèrent à une clairière où une foule grandissante s’était rassemblée. Des Elsan vêtus de tenues colorées exécutaient des mouvements lents et répétés, une danse sacrée transmise par les premiers Elsan. Cette danse serait celle du Solstice qui liait traditionnellement les vivants à leurs Étoiles et les disparus à leur mémoire. Les danseurs présents étaient les descendants des Célestes et les héritiers des anciens Astromanciens. Ils étaient les Gardiens de la Voie des Étoiles et incarnaient l’âme même du Clan. Lorsqu’ils remarquèrent Illya, les visages se levèrent, d’abord surpris, puis éclairés par une évidence. Ils s’inclinèrent, comme si sa présence achevait ce qui manquait.

Revya s’avança d’un pas avec une voix tendre.

— Illyasviel complètera votre troupe. Je suppose que personne n’y voit d’objection ?

Les regards se croisèrent, chargés d’émotion, et tous acquiescèrent. Illya ne venait pas s’ajouter à leur danse : elle en devenait l’équilibre, une présence qui donnait sens à l’ensemble, un trait d’union vivant entre ce qu’ils avaient été et ce qu’ils s’apprêtaient à devenir.

— Merci.

Le mot murmuré par Illya s'accompagna d'un sourire radieux.

Revya détourna légèrement le regard, incapable de soutenir celui d’Illya. Elle y avait perçu des larmes silencieuses. Cela suffisait à lui faire comprendre qu’elle commençait à réparer ce qu’elle avait brisé.

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