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Spoiler : Lena et Lane sont FORCÉMENT liés

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Par Syanelys

Le bar clandestin, rempli d’odeurs et de sarcasmes, continuait de faire la fête. Oz, mouillé et abattu, essayait de préserver sa dignité. La bande de Lane ne l’aida pas.

Lane lui resservit un verre, avec la générosité d’un type qui offrait sans remords ce qui ne lui appartenait pas. Oz le prit en grelottant, plus d’humiliation que de froid.

Lena s’assit près de lui, les bras croisés, le regard sévère. La compassion ne faisait pas partie de ses qualités.

— Bon, dit-elle, vu que tu es collé à notre table et impossible à évacuer discrètement, autant éviter que tu continues ton spectacle. Lane et moi, on est frère et sœur.

L’information heurta le cerveau d’Oz, puis s’écrasa dans un coin sombre de son esprit.

— Attends… quoi ?

Lane leva son verre, ravi.

— Regarde-moi cette tête de crétin ! C’est encore mieux que tes derniers râteaux !

Lena éclata d’un rire bref et sec, un rire au diagnostic immédiat : arrêt cardiaque.

— Sérieusement, tu n’as rien remarqué ? On te parle et on t’insulte de la même manière. Je pensais que tu faisais semblant… mais non, tu ne savais vraiment pas.

Lane rit tellement fort qu’il faillit faire tomber son verre. Il se retint au comptoir.

— Par les étoiles mortes… Oz, t’es un génie de l’aveuglement !

Il riait encore, les larmes aux yeux. Lena riait nerveusement en se massant les tempes.

— C’est presque mignon, dit-elle. Mais non. C’est tragique.

Oz tenta de parler, mais ne put articuler un mot. Son cerveau ne produisit que de la vapeur embarrassante. Il ne dit rien.

Lane lui donna une tape sur l’épaule et rit.

— Regarde-le ! On dirait un poisson qui essaie de négocier son prix au marché !

Lena rétorqua :

— T'as même pas remarqué qu’on utilise exactement la même intonation pour dire “crétin”.

Lane renchérit :

— Et le tic de lever l’œil gauche quand tu dis une connerie, tu l’as vu ? Non ?

Il rit tellement fort que la table trembla. Lena frappa du poing.

— Comment on rate quelque chose d’aussi évident ? C’est écrit sur nos gueules !

Oz tenta une dernière défense.

— Je… je savais pas que… vous… enfin… vous vous ressemblez pas tant que ça…

Ce fut la goutte d’essence sur le brasier.

Lane et Lena rirent tellement qu’ils s’écroulèrent.

— Oz… je t'aime bien, dit Lena, mais là, tu as atteint le sommet de la stupidité. Même Kitty et Mox auraient deviné. Yara pourrait, avec une analyse. Toi ? Rien.

Lane, haletant, parvient à parler.

— Merci, Oz. Tu m’as autant fait rire que quand mon buggy a explosé. Que du bonheur.

Lena trinqua.

— À ton intelligence, Oz. Elle n’est pas là ce soir, mais on trinque à son retour.

Oz leva le sien, avec la dignité d’une serviette mouillée.

Un éclair soudain illumina l’ancien téléviseur holographique accroché au mur du bar, un écran endommagé qui continuait de fonctionner malgré des accidents domestiques répétés. L’image devint floue, se distordit, puis se fixa sur un journaliste à l’air de cadavre.

FLASH INFO :
Un clan majeur du crime organisé a été entièrement décimé cette nuit. Aucun survivant. Les autorités nient toute implication. Mao, mercenaire indépendante et tueuse en série légendaire, a été aperçue quittant la zone.

Le bar se figea. Même les glaçons suspendirent toute fonte.

Lane vira au blanc intégral. Ses doigts crispés devenaient pâles autour d’un verre vide. Son rire disparu, il ressemblait à quelqu’un qui venait d’apprendre la mort de sa sœur, de Kitty qu’il fantasmait et de son compte en banque d’un seul coup.

Kitty s’exclama « oooh », sincèrement impressionnée. Yara fronça légèrement les sourcils, ce qui, pour elle, signifiait hurler et courir partout. Mox regarda par terre.

Oz adopta une posture confiante.

— Mao ? Je… j’en ai entendu parler.

Lena rit jaune.

— Vraiment ? Alors tu sais qu’elle peut découper un convoi blindé avec son épée antique ? Ou qu’elle a éliminé tout un syndicat pour une faute d’orthographe sur son contrat. Mao est un fantôme, une arme, une légende. La fin des temps personnifiée. Et tu crois que tu pourrais la gérer ?

Le sourire d’Oz mourut avant sa naissance. Son visage tenta une expression, mais il eut un spasme.

Lane regardait l’écran, la bouche ouverte, son âme en déroute.

— On… on bosse pour la famille qui vient d’être rayée de la carte, dit-il d’une voix blanche. Si elle continue… on est morts. Tous. Littéralement.

Kitty cessa de rire. Yara se redressa. Mox imita cette dernière. Le barman cessa de laver un verre déjà nettoyé.

Lena prit une profonde inspiration. Son sarcasme disparut.

— Lane a raison. On vient de perdre notre employeur… et notre protection. C’est pas un hasard. Quelqu’un a décidé de nettoyer le secteur.

Elle regarda Oz, d’un air désolé et légèrement méprisant.

— Et toi, Oz, tu es foutu aussi. Par association. Et parce que ton visage inspire les ennuis.

Elle montra sa tête du doigt, comme pour signaler une erreur.

Lane lâcha son verre. Il éclata au sol dans un crash minuscule, mais terriblement symbolique.

— On est foutus…, murmura-t-il. Foutus, foutus…

Lena calma Lane en posant sa main sur sa joue.

— Respire. Si Mao avait voulu nous tuer ce soir, elle l’aurait déjà fait. Si on est encore vivants, c’est juste parce qu’elle n’a pas eu envie de nous croiser.

Lane émit un son étranglé. Oz tenta une phrase héroïque.

— Peut-être qu’elle a juste… terminé son travail ?

Les quatre autres le dévisagèrent comme s’il venait de suggérer d’appeler Mao pour prendre des nouvelles.

Lane tremblait encore.

— Oz… ferme-la. Avant que tes mots nous tuent avant elle.

Oz rouspéta et demanda une pause dans sa journée difficile. L’univers se moqua aussitôt. À l’autre bout du bar, des personnes s’agitaient déjà.

Une cliente riche, riche au point que ses bijoux semblaient eux-mêmes en porter d’autres, sirotait un cocktail à une table isolée. En face d’elle, un playboy brillant de gel, de parfum et d’ego tentait une séduction tellement laborieuse qu’elle méritait une amende.

Il se penchait trop près. Il parlait trop fort. Il souriait trop longtemps. Bref : une arnaque vivante.

Kitty observa la scène, les yeux plissés, puis se leva.

— Je vais la séduire.

Lane manqua de s'étouffer.

— Kitty ! Pas de kidnapping ce soir ! Ça ne rapporte plus assez.

— Je kidnappe personne. Je sauve une vie sentimentale.

Et elle partit, indifférente aux protestations de celui qui cachait subtilement sa jalousie.

Elle traversa le bar avec une aisance hypnotique, les néons ajustant leur luminosité sur son passage. Elle s’adossa à la table de la noble, lui adressa un sourire parfaitement malicieux et murmura quelques mots. L’héritière rit. Le playboy fut vexé.

— Pardonnez-moi, j’aimerais…

— Non, trancha Kitty.

Un non qui lui fit perdre sa virilité instantanément. Sans quitter la cliente des yeux, Kitty posa lentement sa main sur la sienne et l’embrassa. L’héritière se leva, conquise. Kitty l’entraîna vers la sortie.

La porte se ferma. Lane frappa le comptoir.

— Elle va encore voir ailleurs alors que je suis juste sous ses yeux ! D’abord, Mao qui arrive, puis Kitty qui s’en va s’envoyer en l’air ! Cette soirée devient apocalyptique !

Lena haussa les épaules.

— Kitty : c’est Kitty… Toi, t’es… autre chose.

Lane grogna.

Pendant ce temps, Yara pivota vers Oz avec l’air d’une femme déjà en train d’évaluer la manière exacte dont il allait échouer. Son regard glacial promettait quelque chose de désagréable et probablement illégal dans plusieurs systèmes.

— Tu joues aux cartes, Oz ?

Il fronça les sourcils.

— Euh… parfois ?

— Parfait. Duel. Si tu perds, tu paies la tournée.

— Et si je gagne ?

Cette question déclencha chez Yara l’équivalent d’un éclat de rire : un micro-frémissement au coin de la bouche.

— Tu perdras.

Oz tenta de protester, mais elle leva un sourcil. Protestation annulée. La table se vida d’elle-même, comme si elle avait peur. Yara fit apparaître un paquet de cartes holographiques : des rectangles lumineux, changeant de forme, de couleur et parfois d’humeur. Certaines flottaient. D’autres vibraient. Aucune ne semblait bienveillante.

Le jeu débuta.

Yara distribuait les cartes avec la précision d’un chirurgien et le sang-froid d’un sniper. Elle calculait déjà quinze coups d’avance. Oz, quant à lui, regardait ses images avec la détresse d’un homme confronté à un langage inconnu.

Les règles étaient un cauchemar :

– certaines cartes dévoraient d’autres ;

– d’autres se multipliaient subitement ;

— une carte obligeait à complimenter l’adversaire, ce qui amusa Oz.

Oz tenta de comprendre, échoua, tenta une stratégie, échoua, tenta la chance, qui refusa.

Yara, imperturbable, construisait une combinaison si complexe que même les cartes semblaient coopérer pour ne pas la contrarier.

Oz tenta une carte dorée, brillante, fière, presque trop confiante, espérant un retournement héroïque.

Yara répondit par une carte bleue ornée d’un pigeon triste. La carte engloutit la dorée. Oz fut surpris. Puis, elle termina en déposant une carte violette à motif fractal, interdite dans plusieurs galaxies.

— J’ai gagné, dit-elle simplement.

Évidemment.

Oz songea à mourir sous la table. C’eût été propre, rapide et probablement moins humiliant.

Yara sourit légèrement, stupéfiant tout le monde.

— Tu paieras.

Oz inclina la tête, comme un condamné avant son exécution.

Le destin, joueur, frappa à cet instant. La porte du bar s’ouvrit sur un souffle glacé, un froid venu d’un lieu où la mort notait ses victimes. Le silence envahit la pièce, la ventilation cessa.

Quelqu’un entra.

Les néons s’assombrirent pour ne pas être remarqués. Un parfum subtil de danger et d’avertissements polis se répandit dans l’air.

Yara ferma les yeux. Lane devint translucide. Lena jura. Son copain Mox se cachait derrière elle.

Oz tenta de se fondre dans sa chaise, un effort vain et touchant.

La femme avança. Elle retira son manteau, dévoilant une lame courbée à sa hanche et des yeux de braise balayant la pièce.

Puis elle sourit. Un sourire trop fin pour être sain.

Mao.

La Mao.

L’ombre qui effaçait des clans entiers. La tueuse que même les meurtriers évitent. La mercenaire qui échappait à toute organisation, mais que toutes craignaient.

Et elle marchait vers eux. Non : vers lui.

Oz sentit son cœur se préparer à s’échapper. Mao s’arrêta au comptoir. Une bouteille tomba lentement, évitant de faire du bruit.

Ses yeux brûlants fixèrent Oz.

— Es-tu Oz ? demanda-t-elle d’une voix trop douce.

Oz tenta de répondre, mais son corps l’empêcha : langue collée, cerveau en fuite, courage disparu. Lane tenta de fuir, mais Lena l’en empêcha en écrasant son pied. Yara observait, résignée, cachée derrière Mox, lui-même derrière Lena.

Kitty, dans le lit d’une suite luxueuse, éternua.

Oz inspira faiblement, conscient que sa réponse pourrait lui coûter la vie.

Parce que parfois, il n’y a pas que la fierté qu’il faut ravaler.
Il y a aussi sa prochaine parole, si l’on tient à rester vivant.

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