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Chapitre 54 : Narhem – Enseignement

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article 949
Par Nathalie

- Tylam Ibn Youssef, avez-vous fraudé dans vos déclarations ? demanda Narhem, confortablement assis dans son fauteuil.

Katherine, debout près d’un lutrin, notait chaque mot.

Ils n’étaient que trois dans la pièce. Le gouverneur de Falsy faisait face au roi, les traits tirés par un voyage sans halte ni répit. Narhem avait interdit toute boisson, tout repos, pour que la fatigue grignote ses défenses.

- Non, répondit Tylam d’une voix sèche.

- Vous savez pourtant que si vous avouez, l’amende suffira. Aucune autre sanction.

- Je n’ai rien à me reprocher.

- Vous possédez davantage que ce que vous déclarez.

- Je l’ai gagné le mois dernier, répliqua le gouverneur.

Prétexte déjà mille fois entendu.

Narhem soupira.

La chancelière entra, tendit un parchemin et sortit aussitôt, tremblante. Narhem déroula le message. Ses mâchoires se crispèrent.

« Trois elfes enchaînées découvertes dans le manoir du gouverneur de Falsy. »

Un Propriétaire d’Elfes. Trois, même. Fin de la patience.

Narhem s’approcha sans prévenir, saisit la main droite de Tylam et, d’un geste net, trancha son auriculaire. Un hurlement fendit la pièce. Katherine, livide, manqua de vomir.

- Toujours rien ? demanda Narhem.

- Va te faire foutre ! cracha Tylam, recroquevillé contre le mur, la main en sang contre sa poitrine.

Narhem inclina la tête, admiratif. Noble habitué au confort, il aurait dû se pisser dessus.

Narhem saisit de nouveau le poignet mutilé, abattit la lame, et l’annulaire rejoignit le sol dans un bruit mou. Le mur s’éclaboussa de rouge.

Katherine étouffa un cri.

- Pourquoi lui ai-je retiré les doigts de la main droite ? demanda Narhem, se tournant vers elle.

Elle haletait, vacillante, mais se força à réfléchir.

- Parce que… vous voulez qu’il avoue ? tenta-t-elle.

- Je vais t’accorder l’immense privilège de répéter ma question : Pourquoi lui ai-je retiré les doigts de la main droite ?

Katherine, cette fois, prit le temps de réfléchir. Narhem apprécia. Il constata qu’elle se concentrait, consciente qu’une mauvaise réponse pourrait lui coûter cher.

Katherine lâcha le regard de Narhem pour détailler le gouverneur des yeux, son regard accroché au fourreau de la dague, placé du côté droit. Inspiration. Narhem sourit. Elle agissait à merveille. Tu peux le faire. Allez ! Montre que mes enseignements ont porté leurs fruits. Donne la bonne réponse, Katherine, allons ! Il espérait tant qu’elle brille, élève reflétant la compétence de son mentor.

- Parce qu’il est gaucher, dit-elle d’une voix tremblante. Vous ne voulez pas le rendre inutile pour le royaume.

Narhem éclata d’un sourire.

- Exact. Bonne élève.

Il se tourna de nouveau vers le gouverneur.

- Quand cette main sera vide de doigts, que crois-tu que je ferai ? demanda-t-il à Katherine.

- Je… je ne sais pas.

- Je couperai ses couilles, puis sa bite. Qu’il ne se reproduise plus m’importe peu, tant qu’il reste productif. Et si ce n’est pas assez, j’irai jusqu’à ses oreilles, son nez, sa langue. Il est niveau 5. Sa confession, il saura me l’écrire.

Tylam craqua :

- J’ai fraudé ! Et je possède des elfes !

Narhem ricana. Trop facile.

- Cette confession te sauve la vie. Tu perds ton poste, tes richesses et l’avenir de ta lignée, mais tu respires encore. Remercie-moi.

- Merci… Majesté, balbutia le gouverneur, la voix brisée.

Narhem essuya la dague sur la veste de l’ancien gouverneur, puis frappa le signal convenu à la porte. Les soldats entrèrent.

- Soignez-le. Qu’il soit logé simplement, sans luxe, jusqu’à ce que nos veilleurs aient vidé ses coffres.

Tylam sortit, presque soulagé malgré ses doigts manquants. Narhem le suivit du regard avec un sourire satisfait. Une affaire rondement menée, comme il les aimait.

Narhem se tourna vers Katherine. Elle ne fixait pas le sang éclaboussé sur la table ni le mur. Son regard s’était perdu vers le plafond, concentré, comme happée par une réflexion intérieure.

- Ce gouverneur… il possédait des elfes ? souffla-t-elle. Qu’est-ce que cela signifie ?

- Que les elfes vivaient ici bien avant d’aller se terrer à Irin, répondit Narhem. Des milliers hantent encore nos forêts. Les mâles sont traqués, abattus. Les femelles sont capturées, enfermées, violées.

Un frisson secoua Katherine. La nausée remonta à ses lèvres, mais elle serra les dents pour ne pas flancher.

- Vous… vous arrivez à en libérer ? demanda-t-elle, la voix troublée, mais le regard déjà brillant d’admiration.

- Les traqueurs ont célébré la trois-millième elfe sauvée la saison passée, dit Narhem avec gravité.

Elle écarquilla les yeux, un souffle coupé de stupeur.

- Vous les emmenez à Irin ?

- Irin est trop exiguë pour accueillir une telle marée. Non. Elles rejoignent une réserve au nord-est d’Eoxit. Tu comprends, maintenant ? Ce territoire d’elfes, celui où je t’ai proposé de vivre, existe bel et bien.

Katherine fronça les sourcils, déconcertée. Son regard glissa de Narhem aux murs, comme si elle cherchait un appui invisible. Narhem esquissa un sourire. Il la tenait.

- Vous m’avez utilisée, gronda-t-elle.

Narhem arqua un sourcil, feignant la surprise.

- Que veux-tu dire ?

- Le gouverneur n’a pas cédé sous la douleur, reprit Katherine. C’est la peur qui l’a brisé. Vous avez décrit ce que vous comptiez lui infliger… mais vous ne vous adressiez pas à moi. J’étais seulement un paravent.

Le ton claquait : elle le dénonçait. Narhem se contenta de sourire.

- Je suis fier de toi, princesse. Tu as compris. Tu apprends vite. Très vite. Continue.

Le visage de Katherine s’illumina, ses joues rosies par l’orgueil. En un instant, son indignation s’était muée en fierté. Narhem leva les yeux au ciel. Cette enfant avait encore tant à apprendre.

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