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Chapitre 18 : Narhem – Tournoi

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Par Nathalie

- Tu cherches quelque chose ?

Narhem se retourna en forçant son visage à exprimer de la joie.

- Chancelier ! Bien le bonjour. J’ignorais que tu rendais visite à ta famille.

- Une envie soudaine de passer un peu de temps auprès des miens, dit le haut juge avec un sourire trop poli pour être sincère. Que fais-tu sur nos terres ? Aurais-je raté l’annonce officielle ? Cela ne me ressemble pourtant pas.

- Nous avons trouvé un endroit qui aurait pu servir de geôle, murmura Safary à l’oreille de Narhem. C’est vide. Pas de trace à suivre, je le crains.

Narhem hocha la tête.

- Un problème, peut-être ? lança le chancelier.

Narhem ferma les yeux un instant, juste assez pour retenir l’élan de rage qui montait en lui. Bien sûr. Yvon l’avait prévenu, son vieux complice, son égal. Ils s’épaulaient entre salopards, chacun protégeant son trésor comme on cache une arme.

Il inspira, mains crispées sur sa ceinture. Une part de lui avait espéré qu’ils soient trop lents, qu’il arrive à temps. Mais non. Cette fois, ils avaient agi vite.

Le roi ne dit rien. Il rouvrit les yeux, durs, froids, brûlants d’un feu qu’il contenait à peine.

- On s’en va, annonça Narhem d’une voix plate.

- Ma famille et moi avons été ravis d’accueillir notre roi sur notre domaine, même de manière aussi rapide et peu conventionnelle.

Les doigts de Narhem se crispèrent. Il força son regard à rester calme et sortit avec les traqueurs.

- Et maintenant ? interrogea Safary.

- Maintenant, on paye, on corrompt, on écoute, on surveille, annonça Narhem d’un ton dur. Son père ne pourra pas se passer de sa proie très longtemps.

Trois jours plus tard, ils avaient repéré l’endroit où l’elfe avait été transférée. Narhem observa les traqueurs s’en charger seuls, tapis dans l’ombre, silencieux comme des félins. Il jaugeait leur méthode, notait chaque geste, prêt à améliorer ce qui devait l’être. Une poignée de pièces suffit à corrompre les bonnes personnes. À la sortie, l’elfe - dissimulée sous un manteau épais - ne résista pas. Une fois à destination, Narhem recula, la gorge nouée. Il laissa Safary accomplir le geste. L’elfe s’éloigna derrière les rochers, libre.

- Pensez-vous être prêts ? demanda Narhem en croisant leur regard.

- Oui, et nous formerons les suivants, répondit Safary sans hésitation.

- Parfait. J’apporterai les armes, les vêtements, les laisser-passer, les bourses pleines… tout ce qu’il faut pour aller vite et frapper juste. Inutile de me faire des rapports. Je passerai voir les anciens moi-même, à l’improviste.

Safary acquiesça, les lèvres serrées.

Narhem retourna à Bellast. Les premiers conseils de ministres furent glacials. Le chef des armées et le chancelier évitaient son regard. La tension suintait dans chaque silence. Personne ne parlait de la traque, mais tous savaient.

Ils se détestaient désormais.

Il ne changea ni de chancelier, ni de ministre des Armées. Inutile. Ils étaient compétents, et le temps, comme toujours, ferait son œuvre. Ils vieilliraient, faibliraient, et finiraient par mourir. Leurs successeurs le craindraient, peut-être même l’admireraient. À force de siècles, tous finissaient par plier.

Narhem s’y habituait. Ce n’était pas de l’indifférence, pas tout à fait. Plutôt une forme d’acceptation : les visages passaient, les regards changeaient, et lui restait, inlassablement, à sa place. Gouverner. Pour l’éternité.

Narhem avait attendu qu’une génération entière s’éteigne. Le conseil s’était renouvelé, naturellement, par la force du temps.

Former de nouveaux conseillers ne le gênait pas. Il le faisait avec rigueur. Mais une lassitude sourde s’installait. Voir disparaître, un à un, des êtres capables, solides, loyaux, laissait des cicatrices invisibles.

Les traqueurs Msumbis aussi avaient changé. Aucun des premiers n’était encore là. Les groupes successifs avaient libéré deux cent soixante-douze elfes.

Narhem aurait dû se sentir fier. Il l’était, en un sens. Mais son cœur pesait lourd.

Devoir recommencer, toujours, encore, indéfiniment, l’épuisait. Vivre éternellement semblait fabuleux. Parfois, il en était grisé, porté par l’ivresse de pouvoir tout apprendre, tout bâtir, tout corriger. Mais pas aujourd’hui.

Ce matin, un homme était mort. Un accident banal. Il aurait pu tomber malade. Ou glisser. Ou juste ne pas se réveiller. Qu’importe. Il était parti.

Le soleil, lui, brillait comme toujours.

Narhem venait de perdre un amoureux. Et rien ne le toucherait jamais, lui. Immortel. Condamné à survivre à tous ceux qu’il aime.

Il rêvait de constance. D’une présence. Immobile. Durable. Prévisible. Un rythme. Un lien. Un visage à retrouver. Quelque chose qui tienne. Un repère. Un phare. Une ancre. Quelque chose qui ne meure pas.

Eoxit rayonnait. Hygiène. Sécurité. Culture. Diversité alimentaire.

Narhem s’ennuyait.

L’ennui, chez lui, prenait toujours la forme d’une nostalgie traînante, moite. Il pensait à Falathon. Au sud, le royaume refusait tout contact. Pas une caravane. Pas une missive. Rien.

Il décida en un battement de cils : il irait. Il trouverait une faille, une brèche, une piste. Eoxit avait besoin d’alliés. Lui, d’un défi. D’un motif pour se lever le matin.

Il annonça son départ, avertissant qu’il serait absent longtemps, et qu’à son retour, il serait intraitable si un seul pas de travers avait été fait. Les conseillers opinèrent, calmes et confiants. La menace glissa sur eux : ils n’avaient nulle intention de trahir.

Narhem partit satisfait.

Il gagna Tur-Anion, capitale de Falathon. Il écouta d’abord. Dans les tavernes, les échoppes, les rues. Il se fondit dans la foule, se fit palefrenier dans une grande maison de province. Une saison durant, il observa.

Très vite, il dut l’admettre : ses anciens conseillers avaient vu juste. La haine des Falathens envers Eoxit était viscérale, enracinée.

Narhem en fut affecté. Il s’étonnait lui-même de cette peine. Il râlait contre cette rancune injuste… et ne pouvait pourtant pas faire taire la voix qui lui soufflait que les Eoxans n’étaient pas meilleurs avec les Msumbis. Il fulminait, et reconnaissait qu’elle avait raison.

Il retourna le problème dans tous les sens, sans trouver la moindre issue. Pas un seul Falathen n’accepterait de parler avec un Eoxan. Même dans l’ombre. Même pour de l’or. Même pour trahir un rival.

Restait une dernière carte. Le sommet. Si le peuple, la noblesse, les ducs, les marquis, les barons, tous, semblaient ligués dans cette haine, le roi pensait peut-être autrement.

Narhem voulait y croire. Après tout, lui-même ne partageait pas les opinions elfiques de son propre royaume. Mais s’approcher du roi sans se trahir exigeait finesse, patience, prudence.

Une opportunité se présenta : le tournoi d’archerie annuel de Falathon. Le seigneur dont il était l’écuyer comptait bien y participer. Il se vantait, se croyait bon, mais ne l’était guère. Ses adversaires habituels perdaient contre lui par peur et dévotion mais la vérité lui sauterait bientôt aux visages, les autres nobles n’ayant aucune raison de lui faire de cadeau.

Narhem ne pouvait rien pour son seigneur. Autant la dague et l’épée n’avaient aucun secret pour lui, autant le combat à distance lui passait au-dessus de la tête. Il aimait les duels honorables, voir la lueur de vie s’éteindre dans les yeux de son adversaire. Il considérait l’arc comme une arme de faible et de pleutre.

Son seigneur allait perdre et Narhem s’en moquait. Il voulait juste l’accompagner afin de pouvoir, pendant quelques jours, croiser subtilement le roi. Il aida son seigneur à s’installer dans ses petits appartements. Il prit soin de son matériel avant de chercher à le rejoindre. Il lui avait annoncé vouloir s’entraîner. Narhem demanda le chemin vers les terrains d’archerie.

Lorsqu’il y parvint, il retrouva son seigneur en train de s’énerver face aux gardes devant la porte.

- Que se passe-t-il ? interrogea Narhem.

- Ils refusent de me laisser entrer. Soi disant que le terrain est déjà utilisé. Les archers souhaitent être tranquilles. Je les emmerde ! Le tournoi est demain. J’ai besoin de m’entraîner.

Rien n’était plus faux. Même s’il s’entraînait jusqu’au tournoi, il resterait mauvais. Narhem devait lui reconnaître une qualité : la persévérance. En revanche, il pêchait par orgueil, se croyant bien meilleur qu’il ne l’était.

- Le repos est important, murmura Narhem. Un bon massage aux thermes vous apportera une détente bienvenue.

Son seigneur l’observa, puis les gardes, avant de s’éloigner en ronchonnant. Les gardes sourirent. Narhem sortit deux rubis de sa bourse et les montra aux soldats.

- Je veux juste voir, indiqua Narhem.

Qui d’autre que le roi en personne pouvait se permettre de réquisitionner la salle d’entraînement la veille du tournoi ? Narhem espérait capter quelques bribes utiles à un rapprochement, une information, n’importe laquelle.

- Je serai discret, je vous le promets, précisa-t-il.

Les deux hommes se regardèrent à peine un clignement d’œil avant de se mettre d’accord. Ils prirent les pierres précieuses et ouvrirent la porte. Narhem disparut à l’intérieur. Sur la pointe des pieds, il s’avança pour se figer en constatant les utilisateurs.

À aucun moment il ne fut préparé à un tel choc. Les voir tirer lui donna les larmes aux yeux. Les entendre parler le fit tomber à genoux. Quatre elfes blonds mâles, superbement habillés, armés, souriants, parlant, tiraient sur des cibles mouvantes. Chaque rire transperçait Narhem tant le son vibrait, rayonnait, emplissait l’air. Ils échangeaient gaiement, dansaient, se tapaient gentiment.

Narhem ne comprenait pas les mots échangés. Il avait même du mal à percevoir des mots dans cet ensemble de sons chantants mais l’ensemble formait une symphonie merveilleuse et harmonieuse. Même dans ses rêves les plus fous, il n’aurait pu imaginer composer une mélodie aussi belle. Il resta là, bouche bée, admiratif, bercé par la mélopée.

Finalement, les elfes quittèrent les lieux, passant devant Narhem, assis sur le sol derrière une rambarde, sans le voir. Le roi d’Eoxit se leva pour sortir à son tour, peinant à s’extirper du doux rêve.

- Merci, dit-il aux gardes.

- De rien, merci à toi, répondit un des hommes en souriant au souvenir de la pierre précieuse fournie. Ils ne t’ont pas vu. C’est l’essentiel.

Narhem leva un sourcil interrogateur.

- S’ils t’avaient vu, ils nous auraient démontés ! s’exclama le second.

- Ils viennent souvent ? interrogea Narhem.

- S’entraîner à l’arc ? À chacun de leur séjour parmi nous, annonça le premier.

- Les elfes viennent souvent à Tur-Anion ? précisa Narhem.

- Tous les ans pour le tournoi d’archerie, indiqua le garde.

- Tous les ans, quatre elfes viennent participer au tournoi d’archerie.

- Participer ? s’esclaffa le second. Non ! Ils se moquent des participants ! Nous sommes trop nuls comparés à eux. Les combattre n’aurait pas de sens.

- Et puis, ils ne sont pas quatre, continua le premier.

- Ils sont dix.

- Ben non, du coup. Onze…

- Hein ? Ah ouais, ouais, onze en comptant la reine.

- La reine ? répéta Narhem qui avait laissé les deux hommes discuter sans intervenir. Vous voulez dire qu’il y a une femme elfe en ce moment à Tur-Anion ?

- Ouais ! s’exclama le premier. Les autres l’escortent jusqu’à la capitale pour le tournoi en l’honneur de nos bonnes relations avec les elfes.

- Leur montrer à quel point les Falathens sont pitoyables à l’arc les honore ? ironisa Narhem.

Les deux gardes rirent à la blague.

- Où puis-je trouver la reine ? demanda Narhem.

- La journée au tournoi mais à cette heure, elle se promène dans le parc. Tu ne la trouveras pas, finit-il mais Narhem avait déjà disparu.

Il se dirigea vers les jardins. Il ne les avait pas atteint que son seigneur apparut, vert de rage.

- Où étais-tu ? Je t’ai cherché partout ! hurla-t-il.

- J’ai surveillé le couloir d’entraînement. Les utilisateurs viennent tout juste de partir. Je suis venu vous chercher immédiatement. Si vous vous dépêchez, vous pourrez encore vous entraîner un bon moment avant la tombée de la nuit.

Son seigneur en oublia toute sa colère et partit en courant, offrant à Narhem toute liberté pour chercher la reine elfique. Il passa, repassa, fouillant chaque allée, regardant derrière chaque arbuste, en vain. Il en vint à penser que les gardes s’étaient moqués de lui. Il rejoignit son seigneur qui sortait de son entraînement courbaturé. Il le massa un peu avant de le regarder sombrer entre les bras de Morphée.

Narhem ne dormant pas, il se promena dans le palais, observant les allées et venues et ne fut pas déçu. Des elfes entraient et sortaient de diverses chambres. Leurs activités nocturnes ne faisaient aucun doute. Narhem les observa en souriant, quelque peu circonspect face à la parfaite adaptation des elfes à Falathon en totale opposition avec l’absence de cohabitation à Eoxit.

À Eoxit, ils courbaient l’échine. Ici, ils riaient, aimaient, gouvernaient.

Le lendemain, il aida son seigneur à se préparer au tournoi mais celui-ci se fit éliminer dès le premier tour. Narhem lui demanda l’autorisation de ne pas le suivre dans la tournée des tavernes de la ville pour continuer à regarder les échanges. Son seigneur le lui permit et Narhem courut dans les gradins, se rapprochant pas à pas de l’estrade royale, avec finesse et discrétion.

Enfin, l’angle de vue lui offrit une vue sur la femme blonde à gauche du roi de Falathon. Quelle beauté ! Elle parlait avec le roi d’une voix chantante. Sa peau fine et blanche ressemblait à de la soie pure. Ses cheveux dorés brillaient même sous la lumière des torches. Ses vêtements moulants mettaient en valeur une poitrine sublime et un ventre plat.

Narhem avait déjà vu des elfes, nues, mais celle-là rayonnait ! Les autres n’étaient que des animaux terrifiées – ou simulaient de l’être. Celle-ci parlait, souriait, chantait, riait aux éclats, s’amusait, bougeait les mains avec aisance. Narhem en eut les larmes aux yeux. Il ne respirait plus. Le vacarme du tournoi s’était éteint. Plus rien n’existait que la voix cristalline de l’elfe, ses gestes, sa lumière. Le monde s’était resserré autour de cette seule silhouette. S’il avait dû mourir à cet instant, il aurait souri.

- Tu te fais du mal pour rien, dit un homme aux cheveux gris et à la barbe blanche près de lui.

Narhem détacha son regard de l’elfe et frémit. Depuis combien de temps le monde autour de lui avait-il disparu ? Depuis combien de temps s’offrait-il à la première dague venue ? Depuis combien de temps ses protections étaient-elles tombées ? Il se sentit misérable, faible et vulnérable. Il s’ébroua et se promit de ne plus jamais perdre ainsi contenance.

- Qui est-ce ? demanda Narhem, la voix rauque.

L’homme éclata de rire, secoua la tête comme s’il avait pitié, puis répondit enfin :

- Ariane, reine des elfes. Elle ne posera jamais les yeux sur toi.

- Les elfes n’ont pas l’air de détester les humains. Cette nuit, j’en ai vu pas mal courir de chambre en chambre, répliqua Narhem.

- Les mâles elfes sont d’excellents amants. Ce qui explique pourquoi la reine n’acceptera jamais rien de toi.

Narhem fit signe qu’il ne comprenait pas.

- On est aussi bon au lit qu’avec un arc et des flèches, précisa l’homme avant de désigner le tournoi.

Narhem n’y connaissait pas grand-chose en archerie mais tout de même assez pour savoir que ce qu’il voyait était de qualité.

- T’as jamais vu un elfe manier un arc, ça se voit ! s’esclaffa l’homme. Parfois, ils font un petit spectacle, une fois de temps en temps. Tout le monde n’attend que cela.

Narhem hocha la tête.

- Et puis, je viens du nord, dit l’homme comme si cette phrase se suffisait à elle-même.

Narhem ne comprit pas le sous-entendu. L’homme dut le lire sur son visage car il rajouta :

- Il y a des elfes partout là-bas. Ils nous volent nos femmes. Ce n’est pas pour rien que je suis venu ici. J’en avais marre que mes mioches soient blonds aux yeux bleus.

Narhem en resta muet de stupéfaction. Des elfes vivaient au nord de Falathon, chose que Narhem ignorait, ayant toujours vécu à l’ouest.

- Ariane vient souvent à Falathon ? demanda Narhem.

Il cherchait à recouper, vérifier.

- Tous les ans depuis la grande migration.

Narhem hocha la tête. La grande migration. L’exode des Eoxans, repoussés par les terres sombres. Chez lui, on parlait d’exil noir.

Si Ariane venait ici depuis cette époque… alors elle avait connu l’arrivée des siens sur ces terres. Avait-elle été esclave ? En fuite ? Ou avait-elle échappé à tout ça ?

Il la regarda de nouveau. Elle ne paraissait pas si vieille. Les elfes, à Eoxit, semblaient épuisées. Éteintes. Elle, non.

- Son escorte est-elle toujours la même ?

- Aucune idée. Rien ne ressemble plus à un elfe qu’un autre elfe. Je suis jamais foutu de les distinguer.

Voilà qui confirmait ses doutes. Les Falathens étaient peut-être juste incapables de reconnaître une elfe d’une autre. Ariane n’était peut-être qu’un rôle. Joué par plusieurs femmes. Malin.

- Ses vêtements sont magnifiques, dit Narhem, presque distrait.

- Si seulement on pouvait avoir ces trucs-là… On en rêve, mais non. Ils vendent les teintures, pas le reste.

Narhem tourna les yeux vers lui pour la première fois. Le regarda vraiment.

- Je suis l’assistant d’un comptable. J’entends des trucs sur le commerce avec Irin, parfois.

Narhem acquiesça, absent déjà. Ses yeux revenaient vers Ariane. De là où il se tenait, il ne distinguait pas les mots, seulement le mouvement des lèvres. Mais il en comprenait assez pour deviner l’échange. Banal. En ruyem.

Un groupe d’elfes passa devant lui. L’assistant marmonna une phrase. Ils lui répondirent avec une politesse feutrée. Narhem le fixa.

- J’ai vécu dans le nord, j’t’ai dit ! protesta-t-il. Je connais quelques mots en lambë.

- Lambë, répéta Narhem, imprimant le mot dans sa mémoire.

- Je leur ai dit bonjour.

Bonjour. Tout ça pour dire bonjour ? pensa Narhem. Le mot paraissait trop long, trop plein de sons. Comme en amhric, la première fois.

Et mal prononcé, en plus. L’homme était médiocre en langue. Pas la peine d’insister.

Narhem savait comment on apprenait : en écoutant. En pratiquant. Encore et encore. Il lui fallait entendre cette langue. La parler. La vivre.

Il baissa les yeux un instant, puis revint vers le cortège elfe. Il les suivrait. Discrètement. Jusqu’à Irin. Là-bas, il apprendrait le lambë.

Narhem profita du tournoi. Ou plutôt, il profita de la reine. Il ne la quittait plus des yeux.

La nuit, il rôdait dans les couloirs du palais. Il observait les elfes, toujours à distance. Leurs rires, leurs gestes, leurs mots glissaient sur lui sans jamais s’y accrocher, mais il restait là. Il les regardait vivre.

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