ELENA
— Alors, dis-moi, Elena... Alec semble... comment dire... plus proche de toi ces derniers temps. Y aurait-il quelque chose que tu ne me dises pas ? Me demande Suzanne.
J’ai comme l’impression d’avoir été prise dans un traquenard. On a révisé toute l’après-midi à la BU1 et quand Lucas est parti pour son entraînement, elle a insisté pour prendre un café ensemble plutôt que de rentrer avec lui. J’aurais dû me douter que c’était suspicieux, mais avec la fatigue accumulé il faut croire que j’ai du mal à réfléchir correctement.
— Rien de spécial, pourquoi ?
— Ne fais pas l'innocente, Elena. Vous êtes toujours en train de chuchoter ensemble ou de rigoler pour des trucs que personne d'autre ne comprend.
— C'est pas ce que tu crois… C’est juste que depuis notre combat, il m’a demandé de lui donner quelques des leçons pour gagner en technique.
— Et tu as accepté ? Vu la façon dont tu as réagi j’aurais pensé que c’était devenu un sujet tabou entre vous.
Mmh, pas faux. À vrai dire, j’ai moi-même été un peu surprise d’être passée outre si rapidement. Il y avait quelque chose dans le regard d’Alec qui m’a touché. J’ai parfois l’impression qu’on se ressemble un peu lui et moi, comme si lui aussi cachait une part d’ombre au fond de lui.
Perdue dans mes pensées, je ne me rend pas compte tout de suite que Suzanne attend ma réponse
— J’ai décidé de passer à autre chose. On s'entraîne ensemble assez régulièrement, du coup j’imagine que ça a dû nous rapprocher un peu plus. Mais ça n'a rien à voir avec ce que tu sembles imaginer, je te l'assure.
Je ne lui parle pas des nuits où Alec vient me rejoindre sur la canapé pour regarder un film, ni du fait que je m’endorme dans ses bras. La première fois que c’est arrivée, je me suis sentie légèrement mal à l’aise. Je ne suis pas habituée à lâcher prise devant les autres. Je n’aime pas qu’on voit mes fragilités et je n’ai surtout pas envie qu’on m’interroge. Harry a tendance à poser des questions, trop de questions. Pas Alec, il n’a rien demandé, il s’est contenté d’être là. Il est revenu par la suite et je me suis à nouveau endormie dans ses bras. Je me sens étonnamment bien quand il est là, en sécurité. Ce qui est totalement illusoire, si… je ne veux même pas y penser. ait besoin pour le moment.
— Rapprochés comment ? Me demande-t-elle en haussant les sourcils avec malice.
— Tu te fais des films, Suzanne, je te jure. On est juste des amis, c'est tout.
Au moins, sur ce point je ne mens pas. Alec est effectivement devenu un ami, un ami précieux sur lequel je peux compter.
Suzanne éclate de rire, se redresse pour prendre une gorgée de sa boisson avant de reposer sa tasse dans un petit bruit sec.
— S'il te plaît, Elena. Alec est littéralement un tombeur. Il parle à toutes les filles comme s'il voulait les mettre dans son lit. Sauf toi. Toi, il te parle... différemment. De façon plus sincère je dirais. C’est assez troublant.
— Et alors ? C'est justement parce qu'il ne me voit pas comme ça qu'on s'entend bien. Je suis sans doute comme une petite sœur pour lui.
Suzanne reste dubitative.
— J'en suis pas si sûr. Mais bon, toi, qu'est-ce qu'il en est de ton côté ? Tu n'éprouves vraiment aucune attirance pour lui ?
J’essaie de réfléchir honnêtement à sa question. Cette question me prend de cours et je dois bien avouer ne jamais avoir envisager Alec sous cet angle.
— Non. Je ne l'ai jamais vu de cette façon. Alec, c'est juste... Alec. Un ami un peu relou parfois, mais sympa. Et surtout mon punching-ball préféré au sens métaphorique comme au sens littéral du terme.
— Pourtant, il est canon, non ? Allez, sois honnête. Même toi, tu dois reconnaître qu'il est beau gosse.
Suzanne ne lâche pas l’affaire, à croire qu’elle adore poser des questions gênantes auxquelles l’autre, en tout cas moi, je n’ai pas envie de répondre. Je ne suis pas venue ici pour ça, de toute façon, ça n’a aucune importance.
— Hey, je vois bien que t’essaie de trouver un autre sujet, mais tu devrais commencer à me connaître maintenant. Moi aussi je peux me montrer obstinée.
— Ok, oui, daignais-je répondre, il est plutôt mignon pour les filles qui ont un faible pour les mecs avec un style surfer. Canon même si tu veux. Mais ça change rien. Ce n'est pas comme ça entre nous.
— Et pourquoi pas ? Je te jure qu'il est encore plus craquant quand il est avec toi.
— Comment ça ? C’est vraiment n’importe quoi. Comment il pourrait être plus, ou moins ? Je comprends pas.
— Quand il est avec toi, il a un énorme sourire. Mais pas celui qu'il fait aux filles qu'il drague, tu vois ce que je veux dire ? Il ne donne pas l’impression de jouer un rôle et il est genre… juste heureux tu vois ? Ça lui donne encore plus de charme je trouve.
Je souris et essaie d’étouffer le rire qui menace de sortir. Je ne voudrais pas la vexer. J’aime beaucoup Suzanne mais elle a décidément un imaginaire très développé. Elle lit un peu trop de romance je trouve.
— Ah oui ? Moi, je dirais plutôt que c'est le sourire carnassier de celui qui a trouvé une victime à emmerder.
C’est vrai quoi ! Même si nôtre relation s’est beaucoup amélioré, il n’empêche, Alec ne manque jamais l’occasion de se moquer de moi.
— Si tu le dis... Mais, permets-moi de rêver un peu.
— Laisse-moi en dehors de tes fantasmes à l’eau de roses, Suzanne !
— Imagine... Vous deux après un entraînement intense, vos corps en sueur, collés l'un à l'autre... vos lèvres s'effleurant avant un baiser passionné, sa main qui s'aventure...
— Mais arrête !
Voilà que maintenant je me prend à l’imaginer dans une posture douteuse. Je ne suis absolument pas prude, mais c’est d’Alec dont on parle et ça c’est gênant. J’ai beau ressentir parfois un manque, il est hors de question que je craque pour lui.
— Oh là là, Elena ! Tu as viré écarlate ! J'suis sûre que tu viens d'imaginer la scène. Et avoue que le tableau n'est pas si désagréable.
Je l’imagine surtout en train de se foutre de ma gueule avec son air suffisant et heureusement pour moi, c’est la douche froide. Je reprend rapidement mes esprits.
— Non, il ne se passera jamais rien entre nous. Je n'ai pas envie d'une relation sérieuse de toute façon.
— Alec non plus, j'te signal. Et c'est toi qui dis tout le temps qu'il n'y a pas de mal à s'amuser.
— Peut-être. Mais, j'aime bien Alec, et je veux pas risquer de gâcher ce qu'on a. Et puis, ça pourrait compliquer les choses entre lui et Harry en plus. Ça, c'est hors de question.
Suzanne hoche la tête, de façon compréhensive. Je ne le formule jamais à voix haute, mais elle sait combien je tiens à eux. Tiens, habituellement j’aurais dis lui en pensant à Harry. Depuis quand j’inclue aussi Alec ? Quelque part, il a toujours compté lui aussi, c’est juste que sa façon de me pousser toujours à bout m’exaspère.
— Et toi, avec Lucas ?
Je change de sujet, et même si Suzanne n’est pas dupe, elle décide de mettre fin à ma torture. Et puis, je m’interroge réellement sur sa relation à elle et Lucas. J’ai remarqué la façon dont elle le regarde.
— Quoi ?! Mais non !
— Allez, Suzanne.
Suzanne soupire, son ton devenant plus sérieux.
— C'est vrai... Mais il ne se rend compte de rien. Et de toute façon, il a des vues sur quelqu'un d'autre.
— Il a peut-être des vues mais, il ne sort pas avec elle à ce que je sache, alors tu as encore toutes tes chances ! Par contre faut que tu te bouges ma vieille.
— C'est pas si simple Elena, il ne pense qu'à elle et il n'y a pas de place pour moi. Je t'assure que je sais exactement de quoi je parle. Lui et moi on se connaît depuis longtemps et il vit dans le même immeuble que moi. Il ne me voit que comme la pote à qui il peut se confier, soupire Suzanne avec amertume.
Je tourne la cuillère dans mon café avec agacement et comme j’ai la délicatesse d’un pachyderme, j’en mets partout. Génial !
— Pff, il ne sait pas ce qu'il loupe. Cette fille ne t'arrive pas à la cheville j'suis sûre.
Suzanne baisse les yeux, touchée, mais garde le silence. Ça ne lui ressemble pas. Elle semble avoir abandonner le combat avant même de s’engager dans la bataille. Malheureusement, personne ne peut s’engager à sa place. Par contre, je peux lui changer les idées et l’aider à reprendre confiance en elle. Il est claire que Suzanne n’a pas conscience du charme qui est le sien.
— Bref, ce week-end, on sort, on va s’amuser, rencontrer des beaux mecs qui te feront oublier blondy, et je t'interdis de dire non.
— D'accord. Mais avec toi dans les parages, je suis pas sûre d'attirer qui que ce soit.
— Je me charge de te coiffer et te maquiller. Je t’assure que tu n'as pas conscience de ton potentiel. Il est temps d’y remédier.
1Bibliothèque Universitaire