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Léonard - II

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article 239
Par Chablaj

Certains Léonards ont beaucoup d’histoires. Léonard n’en est pas un. Il les aime beaucoup quand même, les autres, ceux qui ont des histoires, ils font des ornements formidables dans les têtes. Il a deux ornements chéris, lui, qui sont tous les deux des ornements de corps, de ceux qu’on appelle communément « vêtements » - les feuilles de vigne ne font pas l’affaire pour les Léonards, en général, bien que l’on puisse effectivement s’agiter à propos d’une ou deux exceptions, dans des oeuvres anatomiques, qui en deviennent sentimentales pour les peuples dénués d’histoires. L’un, c’est le célèbre manteau bleu, déchiré à l’épaule, qu’il revêt les samedis rouges de pluie, l’autre, c’est comme une robe ou une cape ou un voile de fumée, dans des tons vieux difficiles à nommer, que portait sa mémé Anne, une sainte femme : les samedis bleuis par la neurasthénie, son visage lui apparaît, invieilli, comme en rêve, ses yeux à lui n’en ont généralement que pour l’ovale de ce visage-là. Cependant ses yeux d’aujourd’hui sont tournés vers la voisine, la jolie voisine, jolie comme un coeur battant, un coeur comme un soleil, un soleil comme un journal qui aurait toujours raison : jolie comme un journal frais non froissé. C’est vrai, les samedis rouges sont pour son coeur et ses viscères, pour sa jolie voisine, pas pour grand-mère.

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