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Une dernière danse

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article 562
Par Renarde

Je peine à respirer. Entre la panique et ce satané bâillon, j’hyperventile. Sans compter qu’à force de pleurer, mon nez coule et je m’étouffe à moitié. La douleur qui irradie de mes poignets aura le mérite de m’avoir définitivement réveillée. L’eau se teinte peu à peu en rouge. Je devrais tenir mes bras en l’air, pour espérer que mes plaies coagulent, mais Léa m’a attachée de telle manière que c’est impossible. Je pousse sur mes jambes, sans succès. Je suis trop faible pour m’extirper de la baignoire. Et plus le temps passe, plus mes maigres forces s’amenuisent.

Que faire ? Me laisser couler ? Résister ? Dans quel but… Aïcha me sait en danger, mais elle ne va pas débarquer pour me sauver.

Personne ne viendra. Personne.

Seule Léa passait régulièrement. Elle le fera une dernière fois, dans quelques heures, pour maquiller mon assassinat en suicide. Peut-être qu’Aïcha sonnera à ma porte demain, faute d’avoir une réponse à ses messages. Si elle est toujours en vie d’ici là. Nul ne se souciera de moi avant dimanche prochain, lorsque Maxence déposera Zoé au pied de l’immeuble.

Zoé.

C’est elle qui va me trouver.

Non. Je refuse.

Je pousse sur mes jambes de toutes mes forces, tout en essayant de hisser le haut de mon corps au maximum. Je glisse, épuisée, et inspire un peu d’eau avant de redresser la tête. Je tousse, m’étrangle, manque de vomir. Mon cœur cogne si fort dans ma poitrine que je crains qu’il ne lâche.

Je n’arriverai jamais à sortir d’ici. La panique, qui avait légèrement reflué, me submerge à nouveau.

Je dois me calmer. Trouver une solution. Quelqu’un. Qui pourrait m’aider ? Qui pourrait me secourir ? Pas mon père. Pas Maxence. Pas Zoé. Pas Aïcha.

Gus.

Gus est juste en-dessous.

Je hurle, tout en cognant contre la baignoire. Faites qu’il m’entende, faites qu’il m’entende, par pitié, faites qu’il m’entende. Mais j’ai beau gesticuler, m’époumoner, je sais qu’au mieux, il percevra un vague brouhaha depuis sa salle de bain. Rien ne filtre à travers ce fichu bâillon. Tout au plus, il s’arrêtera un instant au milieu d’un origami, se demandant ce que sa voisine « cassée » fabrique pour s’agiter autant. Comment lui faire comprendre que j’ai besoin d’aide ?

La musique.

L’espoir accélère mon cœur. Je tape avec le coude, en rythme, le Boléro de Ravel contre la céramique. Une fois. Deux fois. Dix fois. Je continue, une séquence après l’autre, concentrée sur la mélodie. À un moment, il finira bien par aller aux toilettes. Dans cinq minutes, dans une demi-heure, peu importe. Tant que j’aurais un souffle de vie, je persévèrerai. Je refuse d’abandonner sans lutter. Pour Zoé.

Je tape à en avoir mal, ma vue se brouille. Combien de sang ai-je déjà perdu ? Combien de temps avant que mon corps ne lâche ? Le rythme m’échappe. Je recommence. Encore. Ma tête dodeline. Mes yeux se ferment. Non. Continuer. Encore un peu. Juste un peu.

La porte s’ouvre. Un cri. Des bras qui me hissent. Des flashs de lumière. Ma bouche se libère.

Je cligne des yeux, crois reconnaître Gus.

— Dehors. Dois aller… dehors.

Et tout devient noir.

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