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02 octobre 2015 - 188 jours avant l’accident

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article 594
Par Renarde

Tu confies Zoé à tes parents pour deux nuits. Officiellement, pour vous permettre de passer un week-end en amoureux, Maxence et toi. Officieusement, pour tenir cette discussion douloureuse que tu repousses depuis des mois.

Tu regardes ta fille partir avec sa petite valise remplie pour moitié de peluches en direction de la vieille Fiat paternelle. Tes parents n’ont jamais accepté que tu leur verses le moindre centime — mélange de fierté et d’obstination toute sicilienne. Lorsque la voiture s’éloigne, tu souris en pensant à la soirée qui l’attend, entre les arancini et la dernière série italienne préférée de ta mère. Heureusement qu’ils sont là pour lui garder les pieds sur terre.

Tu refermes la porte, puis consultes ta montre. La nervosité te serre un peu plus l’estomac. Maxence rentre dans une demi-heure. Trente minutes de calme avant que tout n’explose. Tu hésites. Prendre un bain ? Méditer ? T’abrutir devant un programme quelconque ? Tu arpentes le couloir en te rongeant la peau autour du pouce. Allez, une verveine. Ensuite, tenter quelques minutes de cohérence cardiaque. Si tu y arrives.

Ta tasse entre les mains, tu t’installes dans le salon. Le moteur de la Lamborghini de Maxence rugit dans l’allée. Ton cœur s’emballe. Déjà ? Tu poses ton mug et t’essuies les paumes sur ton jean. Tu es encore plus nerveuse que lors de ton premier défilé.

Maxence entre, tout sourire :

— Surprise, j’ai fini en avance !

Quand il t’aperçoit, il se fige, l’air soucieux.

— Orbona, qu’est-ce qu’il y a ? Zoé va bien ?

— Elle va bien, ne t’inquiète pas.

Tu inspires profondément, puis lâches :

— C’est moi. Ou plutôt, nous, le problème.

Il s’approche, le visage grave.

— Comment ça ?

Tu as beau avoir répété la scène mille fois dans ta tête, ta langue pèse une tonne et tu peines à respirer.

— Cela fait un moment que nous ne formons plus vraiment un couple. Plus vraiment une famille, en fait. Tu passes ta vie au travail…

— Pour notre famille, justement ! te coupe-t-il.

— Maxence, laisse-moi finir. Ce que j’ai à te dire n’est pas facile, et m’interrompre ne m’envoie qu’un message : que mon avis ne compte pas. Que mes sentiments ne comptent pas.

Il hoche la tête lentement, la mâchoire serrée.

Tu reprends :

— Peu importe les raisons, tu n’es pas là. J’ai épousé un homme qui, comme moi, fuyait les mondanités. Un homme qui ne rêvait que d’une chose : se marier et fonder une famille. Cet homme-là n’existe plus. Tu as changé, Maxence. Et si je ne peux te l’interdire, j’ai le droit de refuser ce changement de cap.

— Tu veux tout arrêter ? Juste comme ça ?

— C’est ainsi que tu qualifies les centaines de fois où j’ai essayé de t’en parler ? Juste comme ça ? Tu fais semblant de découvrir que cette situation me ronge ? Que je t’ai supplié encore et encore de faire passer Zoé avant ton travail ? Elle a douze ans, Maxence. Douze ans ! Tu as manqué la majorité de son enfance. Comment peux-tu penser une seule seconde que cela ne me détruit pas ?

Ta voix tremble et monte d’un cran. Tu continues :

— Tu crois que je me suis levée ce matin en me disant : « Tiens, et si je divorçais ? »

À ce mot, Maxence blêmit.

— Tu me quittes ? souffle-t-il.

Tu secoues la tête, lasse.

— Non. C’est toi qui nous as quittées il y a longtemps.

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