La nuit étendait déjà son voile lorsque nous parvînmes à destination. La discrétion était de mise, Lily avait bien prévu son coup. Le vacarme des trombes d'eau rendait toute conversation difficile. Cependant, nous savions parfaitement comment accéder au complexe. Sans difficulté, nous atteignîmes le sas d'entrée et nous y engouffrâmes grâce à nos pass sans être trempés jusqu'aux os.
– Nous y voilà, chuchota-t-elle dans un sourire satisfait.
J'avais eu le loisir de réfléchir durant notre voyage, de prendre un peu de recul. J'étais heureux de retrouver Lilya, certes. Ce n'était pas sans ombres au tableau, néanmoins. Au-delà de ces constatations, son attitude m'apparaissait étrange. Logique, puisqu'elle avait été soumise au processus MD. Pourtant, quelque chose m'échappait. Mon intuition me trompait rarement, alors qu'est-ce qui clochait ?
– Regarde un peu ces technologies de pointe ! Tu vas nous bricoler ça sans problème, c'est sûr !
Je tiltai devant sa familiarité soudaine. Jusqu'à présent, elle avait usé d'un discours très professionnel. Elle me semblait désormais excitée comme une enfant devant un nouveau jouet, incapable de se contenir. Cela ne lui ressemblait pas.
– Et l’exfiltration ?
– C'est en cours, rétorqua-t-elle trop vite avec une pointe d'agacement, je te l'ai dit. Avançons-nous ici, déjà ! Il faut vérifier s'il y a assez de puissance pour la propagation des ondes.
Tout en débitant sa tirade, elle s'affairait à taper sur le clavier. Ses yeux effectuaient de vifs allers-retours entre l'écran et les touches. Je frissonnai, soudain mal à l'aise. Depuis quand Lylia maîtrisait-elle aussi bien l'informatique ? La désagréable impression de me trouver face à une inconnue m’envahit. Je m’efforçai de la chasser pour recentrer mon attention. Si elle avait raison, nous pourrions inverser le processus et diffuser les ondes qui désactiveraient les nanites MD. Pour cela, il nous faudrait déjà paramétrer tout cet attirail. Il n'y avait pas de temps à perdre. Je m'avançai, tâchant de suivre les avancées de Lylia. Une pensée égoïste s'imposa à moi. Si elle était soignée, je n'aurais plus aucun espoir de réparer notre relation. Y-avait-il ne serait-ce qu'une chance de retrouver ce que nous avions perdu ?
Je me ressaisis encore une fois. Mon esprit dérivait bien trop alors que le sort de millions se trouvait entre nos mains ! Je remarquai que Lylia commençait à peiner.
– Je prends la relève.
Elle hocha la tête et me laissa la place. Avec efficacité et précision, je reprogrammai le système. En matière de communication, tout s'avérait à la pointe, l'idéal pour atteindre notre objectif. Je ne savais combien de temps s'était écoulé lorsqu'enfin mes efforts commencèrent à payer.
– Là, on est déjà pas mal.
– On a une bonne puissance, mais pas assez pour une diffusion à l'international, doucha-t-elle mon enthousiasme sur le ton de la déception.
– Ça risque d'être compliqué… À moins que…
Ses iris piqués d'or reflétaient ses espoirs. Espoirs que j'aurais voulu combler au plus vite.
– On pourrait utiliser d’autres satellites de transmission et dévier la production électrique de certaines centrales. Tu vois…
J'effectuai de rapides calculs. Son exclamation d'enthousiasme me fit sursauter :
– Tu es un génie, je le savais !
– Attends, ce n'est pas encore fait ! Même si j'ai certains passe-droit pour accéder aux informations, il faut que je pirate les contrôles de diffusion, ça pourrait prendre du temps…
– Je suis sûre que tu peux y arriver, on y est presque ! On est sur le point de sauver l'humanité, Will.
Mon cœur se serra dans ma poitrine et je ne pus empêcher mon souffle de s'exprimer :
– Will ?...
Son regard s'égara un instant puis elle se reprit :
– Eh bien, Will, comme Wilson ! Qu’y a-t-il de si surprenant ?
L'espace d'une seconde, j'avais bien cru qu'elle s'était souvenue. Avais-je imaginé cette lueur dans ses yeux ? Lilya n'attendit pas ma réponse. Elle se pencha sur l'écran et son visage s’éclaira encore. Je devais absolument me recentrer sur notre objectif et laisser de côté mon trouble futile.
– Ça peut marcher, c'est sûr ! confirma-t-elle après avoir consulté mes prévisions. Mettons-nous tout de suite au boulot, je vais t'assister.