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Chapitre 18 : Mariage

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Par Nathalie

Teflan retira ses bottes puis attaqua la chemise. Syola sentit son bas-ventre s’enflammer à l’idée de ce qui allait se produire. L’image de la conception de cet enfant s’imposa à elle et un doute s’empara d’elle.

- Par contre, est-ce que tu resteras… commença Syola.

Teflan se figea, un bouton entre les doigts. Il lui lança un regard interrogateur.

- Toujours aussi…

Bordel, que c’était difficile à dire ! Face à cet habile manipulateur de mots, elle se sentait ridicule.

- Passif ? finit-elle.

- Passif, répéta-t-il tout en dénudant son torse à tomber.

Syola caressa les pectoraux des yeux. Elle le désirait plus que jamais. En sa présence, elle avait enfin chaud. Quel bonheur ! Le sentir en elle la remplirait d’un indicible bonheur.

- Je n’avais jamais… bafouilla Syola… vu Veyne ou Carla… Enfin… Je veux dire… Les clients des prostituées, ils viennent parce que… Aucun ne se montre…

- Fini ta phrase, proposa Teflan en dévoilant sa nudité totale.

- Amorphe ?

- Amorphe ! répéta-t-il en entrant dans l’eau.

Les vaguelettes caressèrent les seins de Syola qui ne put s’empêcher de gémir.

- Ben… Tu sais… Tu n’as pas… Tu m’as…

- Je t’ai ? insista Teflan.

Faisait-il exprès de faire croire de ne pas comprendre ?

- Laissé te dominer ? proposa Syola, certaine que les mots n’étaient pas les bons.

Personne ne pouvait dominer un tel homme. Personne.

- Non pas que ça m’ait déplu ! précisa Syola. Assez étonnamment, j’ai adoré. Mais disons que j’aime aussi quand l’homme est entreprenant.

Il pencha la tête et plissa les paupières. Syola se sentit jugée jusqu’au plus profond de son âme.

- Entreprenant comme ça ? proposa-t-il avant de franchir la faible distance les séparant.

Il empoigna un sein et plongea sa langue dans la bouche de Syola. Oui, entreprenant comme ça, exactement comme ça, pensa Syola. Sentir sa main sur ses hanches fit bondir son cœur. Enfin, il la touchait ! Syola empoigna son sexe dur et le flatta, tentant de se rappeler de tous les conseils de Veyne… qui s’évanouirent à l’instant où les doigts de Teflan envahirent son intimité.

Syola se retrouva incapable d’aligner deux pensées cohérentes. Il jouait d’elle à merveille. Il la disait douée. Elle n’était rien comparée à lui. Sa langue, ses mains, ses doigts ! Il ne manquait que sa queue.

- Prends-moi, supplia-t-elle.

- Tu es propre, répondit-il. Il te faut manger maintenant.

Sur ces mots, il s’éloigna un peu d’elle.

- C’est à cause du gros ventre ? supposa Syola. Parce que je peux très bien…

À ces mots, elle se retourna afin de présenter ses fesses à son amant, position très appréciée des hommes, selon les dires d’Astrid. D’une pression ferme, il la fit se retourner avant de sortir lui-même de l’eau.

- Sèche-toi, habille-toi puis rejoins-moi dans la chambre, ordonna Teflan d’une voix douce ne laissant aucune place à la contestation.

Il disparut nu de l’autre côté de la porte. Syola n’en revenait pas. Il l’avait chauffée avant de la frustrer. Salopard ! En grommelant, elle agit comme demandé, passant la tunique crème simple mais propre placée là pour elle. Dans la chambre, Teflan l’attendait devant l’un des fauteuils faisant face à une cheminée allumée. Tiens, il y avait deux fauteuils maintenant. Il n’avait pas tarder à en obtenir un second. Syola apprécia grandement.

Elle s’installa à ses côtés, savourant la chaleur du feu dans l’âtre. La table basse regorgeait de mille merveilles gastronomiques, fruits et gâteaux disposés harmonieusement, mixant couleurs, formes et rugosités avec talent.

Syola saliva devant le buffet. Non pas que la nourriture au temple fut mauvaise, mais le froid l’empêchait de se nourrir correctement et les adeptes de Chaak n’avaient pas accès à de tels mets. Syola choisit un gâteau et l’engloutit. Ses papilles hurlèrent leur plaisir. Après le dixième, elle lança un regard vers Teflan.

- Tu ne manges pas ?

- Je n’apprécie pas le sucré. Je préfère me réserver pour le dîner. Sers-toi. Tout est pour toi. Tu en as besoin. Tu manges pour deux. Et puis, tu as perdu toutes tes formes. Je te préfère largement avec.

- Mon ventre n’est pas assez gros comme ça ? Ni mes seins ? le titilla Syola.

- Tu es sublime mais je préférerais ne plus voir tes côtes. N’as-tu rien eu à manger de tout l’hiver ?

- Je suis surtout fatiguée, admit-elle sentant ses yeux la piquer.

- Mange d’abord.

Syola obtempéra. Une fois la table basse à moitié vide, elle se traîna jusqu’au lit, sombrant dans un profond sommeil à peine la tête posée sur l’oreiller. Elle rêva de Teflan, du bain, de la conception de cet enfant. Puis une ombre apparut, courant à travers les arbres, sa course folle ponctuée d’aboiements de chiens. La température baissa d’un cran. De la neige se mit à tomber et Syola se sentit gelée.

- Teflan ? murmura-t-elle en ouvrant péniblement les yeux.

Il se trouvait sur le seuil de la porte. Il grimaça. Elle comprit qu’il tentait de profiter de son sommeil pour vaquer à ses occupations. N’était-il pas conseiller de l’empereur ? Il avait probablement autre chose à faire que de veiller sur le sommeil d'une herboriste.

- Ne me laisse pas, supplia-t-elle, consciente de se montrer égoïste et n’en ayant cure.

Elle l’avait enfin retrouvé. Sa présence repoussait le froid. Teflan revint et la chaleur reflua. Syola s’endormit dès la main de son amant dans la sienne.

À son réveil, Syola fut éblouie par les nombreux chandeliers. Un fauteuil droit rembourré devant un secrétaire portait Teflan qui écrivait, concentré sur son parchemin. Syola parcourut la ligne de sa mâchoire carrée, s’enivrant de sa beauté parfaite, se noyant dans sa chevelure blonde.

Elle l’aurait volontiers maté plus longtemps mais sa vessie se trouvait sur le point d’exploser. Elle se redressa et chercha le pot de chambre des yeux.

- Bien dormi ?

- Excellemment, assura-t-elle. Désolée de t’empêcher de travailler.

- J’ai trouvé un compromis. À tout problème, il y a une solution. Si je ne peux pas sortir de la pièce pour rejoindre mon travail, alors le travail viendra à moi. C’est simple.

- J’ai besoin d’uriner, précisa-t-elle.

Il lui désigna une direction de la main. Syola aperçut le pot de chambre. Elle s'y libéra. Au retour, elle profita du délicieux buffet froid puis rejoignit son amant, réalisant un massage du cou.

- Tu es aussi mauvaise masseuse que bonne herboriste, indiqua-t-il.

Syola se recula en boudant. Il se tourna à demi vers elle.

- On ne peut pas être doué en tout.

- Tu sembles nerveux, fit remarquer Syola.

- Des difficultés diplomatiques. Rien d’inhabituel. La routine.

- Je pourrais te détendre autrement, proposa Syola en laissant son regard traîner sur l’entrejambe de son amant.

Pour toute réponse, il délia sa ceinture. Il continua à travailler malgré la présence de Syola sous son bureau, la queue de son amant dans sa bouche. Il gicla. Les prostituées lui ayant précisé que les hommes préféraient, Syola avala.

Lorsqu’elle se redressa, Teflan semblait bien plus détendu. Elle espérait qu’il laisserait tomber son travail pour lui rendre la pareille mais des coups sur la porte interrompirent le moment.

Un tailleur entouré d’une dizaine d’assistants prit les mesures de la jeune femme et en attendant des vêtements sur mesure, Syola reçut une tunique bleu légère et délicate.

- Enfin seuls ! s’exclama Syola une fois le dernier serviteur parti. Bon, tu me baises que je puisse moi-aussi aller travailler ?

- Quoi ? s’étonna Teflan.

- L’huile de millepertuis ne se fait pas toute seule, ironisa Syola.

- Tu comptes créer des produits, murmura-t-il.

Venait-elle vraiment de prendre de court ce maître en diplomatie ?

- Évidemment !

N’était-ce pas ce que Chaak voulait ?

- J’ai le corps en feu. Baise-moi puis amène-moi à l’atelier. Je ne connais pas encore le chemin.

Teflan cessa de parler pour froncer les sourcils. Il était évident que la situation le dépassait. Syola contourna le lit et se pencha en avant, les coudes sur le lit, offrant sa croupe rebondie sous la tunique. Cette fois, Teflan ne refusa pas l’offre alléchante. Il la pénétra profondément et ses doigts jouèrent avec son clitoris, l’amenant au firmament.

Elle le suivit ensuite dans les couloirs, retenant les escaliers, les portes et les virages. Elle retrouva le rêve de tout herboriste.

- Je peux sortir ? demanda Teflan.

- Pourquoi une telle question ?

- Si je m’éloigne quand tu dors, tu me supplies de revenir alors…

Le froid, Syola se sentait capable de le supporter dans son atelier. Travailler les herbes demandaient de l’énergie et une présence constante devant le feu. Elle mangerait et dormirait en sa compagnie. Elle jugea cela nécessaire.

- Je survivrai, railla-t-elle. Tu viendras me chercher pour le dîner ?

- N’oublie pas de me dire ce dont tu as besoin, précisa Teflan en lui désignant des parchemins. Les serviteurs iront te chercher les plants ou le matériel manquant.

- Je ne sais pas écrire, précisa Syola en observant les parchemins vierges. Il me faudra un scribe.

- Tu sais lire mais pas écrire ? s'étonna Teflan.

Syola haussa les épaules. Teflan fit une moue gentille puis lança :

- Je vais te trouver ça. Pas de problème.

- Merci beaucoup. Tu peux aller régler tes problèmes diplomatiques routiniers.

Il fronça les sourcils puis sortit, son incrédulité transparente sur son visage. Syola organisa l’atelier, prépara le jardin et réalisa quelques baumes basiques. Elle retrouva les conseillers dans la salle à manger pour le dîner.

- Quelle métamorphose ! s’exclama Vincent Cypher. Vous êtes sublime, Syola !

En réponse, Syola déposa quelques flacons sur la table. Le conseiller aux cheveux blancs s’en empara et les déboucha.

- Merci beaucoup, herboriste.

- C’est de l’huile de millepertuis ? sautilla le roux.

- Non, crétin, répliqua le premier. Il faut au moins une lune pour obtenir de l’huile de millepertuis de bonne qualité.

- Une lune ? s’étrangla le roux avant de ronchonner.

- À condition que vous m’obteniez les éléments que voilà, précisa Syola en tendant la fiche rédigé par un scribe sous sa dictée au conseiller Cypher.

Il tendit la main mais Teflan intercepta la feuille.

- Je tiens à ce que tout ce qui concerne Syola passe par moi, indiqua Teflan.

- Comme tu veux, dit le conseiller Cypher avant de faire un signe pour lancer le dîner.

Le bal des serviteurs commença. Teflan parcourut la liste des demandes de Syola des yeux avant de profiter du dîner. Syola tomba comme une masse sur l’oreiller. Travailler assaillie par le froid l’avait lessivée. Elle avait besoin de dormir.

Se réveiller aux côtés de son amant fit bondir son cœur de joie. Teflan ne dormait pas. Il réfléchissait, les yeux dans le vague. Elle tenta de le dérider en passant une main sous les draps. Il l’empêcha d’atteindre sa cible en plaquant son poignet contre le matelas.

- Je ne peux pas faire ça. C’est contraire à mes valeurs.

Syola se recula. Que ne pouvait-il pas faire ?

- Cette situation ne peut pas durer, poursuivit-il.

Allait-il la mettre à la porte ? La rejeter ?

- Je dois rester, bafouilla Syola. C’est la volonté de…

- Nous devons nous marier, en conclut Teflan.

Syola s’immobilisa. Que venait-il de dire ?

- Il faut organiser ça au plus vite, poursuivit-il sans regarder Syola, l’esprit préoccupé.

Il compta sur ses doigts.

- L’enfant ne viendra pas tout de suite mais certains arrivent en avance. Nous ne devons pas être pris de court, termina-t-il. La prochaine lune sera le moment idéal. Anthony pourra te bénir.

- Me bénir ?

- Il a été prêtre de Chaak.

- Je ne veux pas de la bénédiction de Chaak, gronda Syola.

- Ah bon ?

Il la dévisagea puis fit la moue.

- Soit, admit-il en fronçant les sourcils. Quel dieu vénères-tu ?

- Aucun, répondit Syola.

- Voilà qui simplifie les choses.

Il se leva, s’habilla puis sortit sans avoir adressé un mot supplémentaire ni un regard à Syola.

- Bon, apparemment, mon avis, je peux m’asseoir dessus, en conclut-elle, sa voix résonnant dans l’immense pièce presque vide.

Non pas que se marier avec Teflan lui déplaisait, bien au contraire, mais les images de la demande en mariage de Thomas lui revenaient en tête. Quel moment magique ! Elle aurait tant aimé que Teflan… Le froid la saisissant lui remit les idées en place. En tremblant, elle s’habilla puis rejoignit l’atelier, non sans attraper quelques fruits secs au passage.

Le soir, Teflan vint chercher Syola à l’atelier.

- Il est tôt ! fit remarquer Syola. Le dîner n’est pas pour tout de suite !

- En effet, mais je suis très sensible aux odeurs et celles que tu exhales m’insupportent. Je n’en ai pas dormi la nuit dernière. J’ai fait changer les draps mais j’ai besoin que tu te laves et que tu te changes chaque soir.

- Oh ! Bien sûr !

Syola était désolée d’un tel inconfort.

- Vu que tu t’endors comme une masse à peine le dîner englouti – ce que je ne te reproches pas, tu fais un travail fantastique, précisa-t-il en désignant le plan de travail plein de pots en tout genre – je viens te chercher avant. En plus, comme ça, ta proximité au dîner me sera agréable.

Syola sourit puis fronça les sourcils.

- Je range tout et j’arrive !

- Laisse. Les serviteurs vont s’en charger.

- Ils ne sauront pas… commença Syola.

- Aie confiance. Ils feront ce qu’il faut, promit Teflan.

Syola choisit de le croire. Le scribe parvenait à écrire ses demandes à la perfection malgré les termes précis d'herboriste. Teflan se pliait en quatre pour elle. Elle rejoignit la salle de bain personnelle de Teflan et se plongea dans le bain. Teflan ne se priva pas de l’accompagner même s’il ne s’approcha d’elle qu’une fois qu’elle se fut entièrement frotté et lavé les cheveux.

- Ça ne doit pas être facile, les sacrifices, murmura Syola.

- Comment ça ?

- L’huile de millepertuis n’est pas exactement inodore.

- Ne m’en parle pas ! ronchonna Teflan. Dire que d'ici peu, tous mes collègues exhaleront cette odeur.

- Je peux ralentir la création de...

- Non ! s'exclama Teflan. J'ai besoin de leur soutien. Je suis doué mais là, je m'enlise. C'est trop dur tout seul.

Il avait besoin de se détendre. Syola lui caressa le torse. Le relâchement des épaules en réponse lui montra qu'il appréciait son initiative. Syola le vit serrer les phalanges contre le bord de la baignoire. Syola comprit qu'il luttait pour ne pas prendre le contrôle. Cette fois, il désirait être passif. Chacun son tour. Soit, accepta Syola. Usant de ses mains, de sa langue, de ses seins, de son ventre, elle le délassa efficacement. Au dîner, Teflan fut souriant, bien plus que d'habitude, sous le regard glacial de Harlan, le gros conseiller, que Syola s'efforça d'ignorer, avec peine.

Dormir avec son amant la combla. Se réveiller à ses côtés chaque matin l'embrasait. Sous le soleil levant, ils se donnaient du plaisir mutuel avec la bouche. Chacun vaquait ensuite à ses activités, lui ses problèmes diplomatiques, elle la confection de produits dans le froid. Teflan venait la chercher le soir pour un bain torride, chacun prenant le pouvoir à tour de rôle. Ils rejoignaient ensuite la salle à manger, détendus et sereins. Puis ils rejoignaient le sommeil, l'esprit et le corps apaisés.

Syola fut surprise de voir cette routine brisée quand Teflan vint la chercher alors que le soleil venait de passer le zénith. Comme d'habitude, elle avait grignoté des fruits et de la viande séchée apportés par des serviteurs. Elle suivit Teflan. Son visage serein lui permit de ne pas trop s'inquiéter mais la curiosité était à son comble. Que lui voulait son amant ?

Ils traversèrent le palais, se rendant dans des zones inconnues de Syola, traversant des cours et des jardins, des couloirs et des escaliers. Syola en eut le tournis. Elle serait incapable de retourner au point de départ sans son guide. Elle n'avait jamais pris la mesure de la taille du palais. Cette promenade lui montra combien elle en ignorait tout. Elle se sentit petite dans cette immensité, s'accrochant au bras protecteur de son amant qui la laissa volontiers faire.

Il ne s'arrêta que devant une lourde porte. Il frappa puis entra sans y avoir été invité. Conseiller de l'empereur, il pouvait sans nul doute se le permettre. Un homme presque chauve en tenue marron lisait un parchemin derrière un grand bureau en acajou. De grandes fenêtres laissaient entrer le magnifique soleil extérieur. Sa vue sur un parc entretenu prouvait que cet homme détenait un haut rang au palais.

- Conseiller Stylus ! Tout est prêt. Nous pouvons commencer, assura l'homme.

- Parfait. Allez-y. Vous savez combien mon temps est précieux.

- Naturellement, assura le bonhomme à l'allure joviale. Conseiller Teflan Stylus, acceptez-vous de prendre pour épouse Syola Miiun, veuve Merlin, ici présente ?

Veuve Merlin. Les mots glissèrent avant de percuter Syola de plein fouet. Thomas avait été dévoré vivant par des chiens, son corps exposé devant le temple citadin, le tout sur ordre des conseillers. Syola n'avait jamais osé aller le voir, préférant garder de lui un bon souvenir. Elle l'avait abandonné. Il était venu la chercher et en était mort alors même qu'elle l'avait trahi. Elle portait maintenant le fruit de cette infidélité.

- Oui, dit Teflan.

Syola se figea. Étaient-ils vraiment en train de se marier ? Comme ça ? Seuls dans un bureau sordide devant un inconnu ? Sans amis ? Sans famille ? Uniquement pour que Teflan ait bonne conscience ! Où était l'amour ?

- Syola Miiun, veuve Merlin, acceptez-vous de prendre pour époux le conseiller Teflan Stylus, ici présent ? demanda le greffier.

Syola resta muette de stupéfaction. Il n'y avait même pas de prêtre, juste un scribouillard. Elle se trouva incapable de retenir la larme qui coula le long de sa joue, venant s'écraser au sol.

- Madame Miiun ? insista le greffier. Vous refusez ?

- Quoi ? Non, non !

- Non ? répéta le greffier, ahuri tandis que Teflan se crispait aux côtés de Syola.

- Je veux dire "oui", je veux bien l'épouser, corrigea Syola, plus rouge qu'une tomate.

- Je ne trouve pas ça clair. Je vais recommencer, annonça le greffier tandis que Teflan soupirait. Syola Miiun, veuve Merlin, acceptez-vous de prendre pour époux le conseiller Teflan Stylus, ici présent ?

- Oui, lança Syola de la voix la plus assurée qu'elle put.

- Votre union est actée, annonça le greffier. Conseiller Stylus, vous pouvez retourner à vos occupations. Madame Miiun, j'aimerais que vous restiez, s'il vous plaît.

Syola lança un regard éperdu à Teflan.

- Je demanderai à un serviteur de t'attendre pour te ramener à l'atelier, annonça Teflan.

- Merci, soupira Syola, rassurée.

Teflan plissa les paupières puis sortit de la pièce d'un pas rapide, les lèvres pincées. Il n'était pas content mais contenait ses émotions.

- Le conseiller Stylus vous a-t-il fait du mal ? demanda le greffier dès que la porte fut refermée.

- Comment ? bafouilla Syola.

- Je peux annuler cette union s'il s'avère que vous êtes sous menace, précisa le greffier. Je peux également vous mettre sous protection, y compris d'un conseiller de l'empereur. Vous a-t-il violé afin de vous mettre en situation de ne pouvoir refuser cette union ?

- Non ! s'exclama Syola, que l'idée même qu'on puisse penser cela de Teflan révulsait.

Si quelqu'un avait violé l'autre, c'était plutôt l'inverse. Ce jour-là, Teflan s'était montré très passif, amorphe. Depuis, il avait prouvé ses talents et n'hésitait pas entreprendre mais Syola ne pouvait accepter que quiconque pense que la conception de cet enfant ait pu être forcée.

- Teflan s'occupe très bien de moi. Il prend énormément soin de moi, insista Syola.

Il la comblait, dans tous les sens du terme. Jamais elle ne s'était sentie aussi bien de sa vie : nourriture, confort, hygiène, serviteurs, atelier, jardin, tout frisait la perfection.

- Êtes-vous retenue de force au palais ? demanda le greffier.

- Mais non ! assura Syola. Personne n'est venu me chercher. Je suis venue rejoindre Teflan de mon plein gré !

Le greffier fronça les sourcils.

- Soit, accepta-t-il avant d'apposer un sceau à la cire chaude sur le document actant le mariage. Vous pouvez partir.

- Je vous remercie, dit Syola avec une totale sincérité.

Cet homme qu'elle ne connaissait pas s'inquiétait pour elle. C'était gentil sauf qu'il n'y avait aucune raison. Tout se passait à merveille entre Teflan et elle.

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