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1: Rien qu’une rue Soufflée

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article 475

Mes cheveux flottaient, m’obstruant la vue par à-coups furtifs. Mon T-shirt était animé de vaguelettes d’air chaud, de tremblements légers. Un vent chaleureux caressait mes jambes nues. Léchait. Se calmait. Revenait à la charge.

Les petits arbustes autour de moi tanguaient amoureusement, se frôlaient. Leurs branches frêles semblaient s’emmêler ; leurs feuilles se froisser délicatement.

Des passants. Je les observais, de mon balcon du deuxième étage. Leurs petites manies, leurs petits rituels, leurs petits drames. Cette fillette qui avait lâché son ballon de baudruche et qui courait désespérément après, les bras tendus en l’air, comme pour prier le Vent de lui rendre son jouet chéri. Ce vieil homme, une clope au bec, qui, tous les jours, sortait dans la rue, arrachait un brin d’herbe, le tenait en l’air, attendait qu’il penche de l’un ou de l’autre côté et, ayant obtenu son résultat, hochait la tête d’un air grave et repassait son pas de porte d’un pas lent. Cette fille qui devait toujours retenir sa robe pour l’empêcher de se soulever plus qu’il n’aurait été convenable...

Tant d’autres…

Et puis il y avait moi. Moi avec mon petit cahier, moi qui retenais ses pages pour continuer à écrire. Moi qui, parfois, prenais la colère du vent. Moi qui observais, transformais parfois. Pourquoi ?

Parce que ce vent qui charriait au petit bonheur papiers de bonbons décolorés, mégots à demi consumés, journaux périmés, ce vent-là résonnait en moi. Profondément.

Par sa présence tantôt douce, tantôt agressive.

Par sa capacité à sublimer subtilement un moment, un paysage. À me bousculer délicatement, sans trop s’imposer.

La rambarde en fer forgé rouillait. Je ne m’en étais pas aperçu. Sa peinture s’écaillait peu à peu, la barrière se confondant presque avec le soleil qui, sur l’horizon, offrait au jour une dernière danse bariolée. Le vent s’était calmé, se réduisant à une brise tout juste suffisante pour faire tourner lentement la girouette que j’avais plantée dans un pot de fleur. En bas, la rue était calme, ne laissant passer que quelques hommes ternes en long manteau, parfois accompagnés de tout aussi ternes demoiselles. Ils se tenaient la main de manière quasi distante, n’échangeaient pas un mot.

Le jour tombait vite, ces temps-ci. Mais ce soir-là, il semblait hésiter à laisser sa place, traînait dans des révérences ridicules. Il finit par céder et la nuit prit son envol, s’étendant nonchalamment, occupant la scène désormais vacante.

Il faisait presque froid, désormais. On avait allumé l’éclairage public ; la lumière blafarde des lampadaires donnait à la rue un air de film muet. Je restai là, à regarder le silence se former petit à petit. Je me servis une tasse de thé, deux. Je baillai une fois, deux fois. Trois…

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