La nuit est un immense voile ;
Son tissu sombre est composé
Du fil qui relie les étoiles,
Ces boutons d’or juxtaposés.
La nuit le monde s’étrécit
Pour laisser place aux tableaux vierges
De nos fenêtres à récits :
Nos paupières voilant le cierge.
La nuit est sous mes deux yeux clos
Lorsque au matin je les maintiens,
Les deux battants fermant l’enclos
D’un rêve qui va et revient.
La nuit mes vers n’ont aucun mot ;
Mes vers la nuit sont les plus libres.
Aveugle au fond de mon cachot,
Aucun barreau n’a d’équilibre.
La nuit nous répétons la mort,
Révisons sa loi intangible.
Nos rêves, pour lui donner tort,
Ouvrent le champ des impossibles.
La nuit pourtant, parfois je lis,
Sinon j’écoute et réfléchis,
Les yeux plongés dans l’invisible.
Le temps, qui sans un bruit avance,
Semble perdre de l’endurance
Lorsque la nuit devient un crible.