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Chapitre 1

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article 836
Par Yan Mayor

J'ai rencontré Nicolas en été de ma dernière année de lycée lors d'une convention. J'etais a l’epoque un mec encore, pas sûr de lui et très isolé de tout le monde. La solitude me rongeait petit à petit, tout ce que je voulais c'était une relation mais je ne savais guère comment parler aux filles. J’ai redoublé ma première à cause de ce foutu bac de français donc mes camarades de classe m'étaient peu familiers et je me sentais encore plus comme un etranger, une sorte d’extraterrestre presque, un être bizarre et incompris par la société. Je ne supportais pas mon reflet dans le miroir, la personne en face ne pouvait être moi, je refusait de le croire. Je le savais déjà pendant un bon moment mais je refusais d’y croire. Nicolas fut donc la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

Il vivait à Nice et moi dans un troup paumé près de Toulon, 2 heures de train nous séparaient donc, c'était faisable. Il voulait une relation sérieuse et engagée et moi je voulais juste baiser, découvrir tous les plaisirs charnels de la vie comme chaque ado avant moi. Il était un homme trans, me l’a fait savoir dès notre première rencontre et moi je ne savais pas qui je suis. Enfin si, mais mentir à moi même semblait plus facile à l'époque. Ça n'a pas duré longtemps ce mensonge. Le prénom Manon je l’avais en tête depuis longtemps déjà et c’est avec lui que j’ai enfin pu l’essayer, ca et toutes ses vieilles fringues féminines qu’il ne portait plus mais dont il ne s’est pas encore débarrassé. C’est assez cotes que je suis reellement devenue une femme.

Il m’a amené chez son psy, puis son endocrinologue, a tenu ma main quand j’ai enfin eu le courage d’en parler a ma sœur puis a ma mère et entre temps c’est devenu sérieux entre nous. Ce n'était plus une histoire de cohit d’un soir, ça ne l’est jamais été pour lui en vrai, mais moi et mon cerveau d’ado avait besoin de cocher cette case. Surtout que j'approchais vingt ans et je n'avais rien mais alors rien fait avant lui. J'étais humiliée par mon manque d'expériences face à lui. Comment est-ce qu' un mec qui a un an de moins que moi a déjà fait tous ces trucs dont je rêve tant? Et pourquoi est-ce qu'il me veut quand même? Je ne sais répondre à ces questions.

Nous avons passé une année ainsi, se voyant quand on pouvait, s’appelant quand on ne pouvait pas. Notre envie de nous casser de nos foyers respectifs et notre amour pour le dessin nous unissait. Lui se préparait à entrer aux Beaux-Arts de Paris et moi, j'étais content si j'obtenais le bac, à ce point là je m’en foutais bien des notes. J'étais totalement dégoutée du système scolaire et prête à le suivre au bout du monde tellement j'étais amoureuse donc Paris c'était. Pendant que lui se préparait pour le concours d'entrée, remplissait son dossier artistique, faisait ses demandes de bourse et je ne sais quoi encore, je nous cherchais un logement pas cher dans un coin pas trop dangereux si possible et un boulot pour moi. J’ai fini par trouver un appart avec un loyer un peu moins exorbitant que le reste à Courbevoie, pas super mais ça allait, et un boulot de vendeuse de bagnoles grâce à un ami de mon oncle. Ça ne m'intéresse que très peu les bagnoles mais le salaire est pas mal pour une position de débutant et l’entreprise offre la possibilité de gravir les échelons et se former plus tard. Je ne savais pas ce que je voulais de ma vie de toute façon donc j’ai accepté sans trop y réfléchir. Nous voila donc a bord de ma fidèle Twingo blanche, notre vie toute entière emballée dans quelques cartons, en direction de notre vie d’adultes. Et ainsi, notre premier été de liberté a commencé.

Ne pas avoir les parents sur le dos, aussi laxistes soient-ils, change quand pas mal la donne. Je me suis sentie respirer librement pour la première fois, comme si je retenais mon souffle jusqu'à la. Et puis, passer de voir ton amoureux que pendant le weekend avec en peu de chance a etre ensemble quasiment h24 ajoute à cette euphorie d’une vie nouvelle. On faisait tout ensemble, on sortait tout le temps à Paris, on découvrait des clubs et des bars gays, lui, traînait avec d’autres futurs étudiants de Beaux-Arts, moi, je trainais avec lui. Ses nouveaux amis sont aussi devenus mes amis, une chose de plus qu’on partageait. Mais bon c’est normal quand on est amoureux, n’est-ce pas ?

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