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OSS-8

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article 396
Par Rimeko

Il n’y a rien. Les ténèbres bâillent, puits sans fond où les espoirs s’en vont mourir.

Vous avez beau scruter les environs, aucune luciole ne surgit plus devant vous. L’Orphée est un phare isolé dérivant dans une hémorragie d’encre. Les contours se brouillent et se chevauchent, le gouvernail, les ombres, vos ongles fendus et vos phalanges meurtries. Vous secouez la tête, tâchant de rassembler vos esprits. Vous avez deux mains, dix doigts, tous agrippés à la barre. Ce sont les vôtres. Vous sentez le bois sous vos paumes, encore vivant, bien vivant, murmures étouffés d’air et de terre là où le reste de l’Orphée gronde ses remémorations d’acier et de flammes. Transformation, transmutation. Que vous ferait l’eau, si vous y plongiez ? En quelle démence fantastique l’océan sans soleil vous façonnera-t-il ? Vous resserrez votre prise sur la barre, spasmodiquement. Ce sont toujours bien vos doigts.

« Capitaine ? »

À la lumière clignotante des phares, le masque du couturier s’anime, des crocs livides entre ses babines peintes en noir. Ses yeux fondent. Vous reportez votre attention sur les ombres qui béent devant vous.

« L’équipage ? demandez-vous en lieu de réponse.

— La vigie vomit plus de dents qu’elle n’en a jamais eues dans la bouche. »

Vous jetez un coup d’œil au coutelas rituel, aligné à côté du fil et du marteau à la ceinture du couturier – sur l’océan sans soleil, il faut plus qu’un docteur pour préserver l’équipage – et cela ne lui échappe pas, même si aucun de vous ne le mentionne. Vie, bruit, lumière, tout cela est un affront à la face de Minuit et son ancienne rancœur vient épaissir l’air, déclinaison d'ébullitions et de purulences en nuances d'outrenoir. Votre contremaître rôde dans votre dos, fiévreuse. Minuit a faim, Minuit est là, tout autour, et votre lampe de proue ne peut plus le tenir à distance alors les moteurs ont faim, eux aussi, et vous, qui n’avez pas besoin de manger, de même. Les cales de l’Orphée, parfois remplies de denrées consommables à destination des puissants, des riches et des rêveurs, n’abritent maintenant plus que votre équipage.

Mais l’Aurore ne vous attend-elle pas là où personne n’oserait la chercher ?

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Fuir Minuit, vers bâbord – mais attention, vous ne lui échapperez pas si facilement

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