Père et bouclier, à peine arrivée,
Ton ombre, veillant loin des regards noirs,
A mon enfance en blanc illuminé.
Différente pourtant dans le miroir,
Je te vis, tu me vis ; ta fille aînée.
Professeur, aussi juste que sévère,
Je suivais dans les larmes et la sueur.
Cœur de velours, discipline de fer
Avaient gravé, en mon for, tes valeurs
À l’heure d’enfiler le manteau, fière.
Autant idéal qu’inspiration,
Si près, je cillai ; me voilà si loin
De t’égaler à travers mes actions.
C’était futile, pis, vain… Néanmoins,
J’avançais, toujours, dans ta direction.
Une absence et un deuil ; héros martyr ;
Abandonnés à tes inconsolables
Enfants, tous orphelins, dans ton empire.
Perdue j’étais, sans parents, incapable
D’exister, seulement le sort maudire.
Ton trône en fardeau, choisie à ta suite,
Accablée, à leurs yeux illégitime,
J’ai envisagé maintes fois la fuite,
Jusqu’à gagner, dans une charge ultime,
Leur respect, leur dévotion, sans limite.
Je regarde par la fenêtre, admire ton visage austère.
La nostalgie gagne mon être, devant ton souvenir de pierre.
Je suis, grâce à celui que tu étais, malgré ton départ.
Je gravis ta tour, je grandis degré par degré ;
Sans détour, je m’affranchis pour te dépasser.
Tu vis en moi, car je vivrai, tel un phare,
En digne gardienne millénaire
De l’héritage de mon Père.
Kéjara II
Première après le Père
Impératrice des Démons