side_navigation keyboard_arrow_up

2 # Le Mur

visibility 3
article 3,3k

Ils réapparurent dans une étroite clairière caillouteuse enserrée d’une végétation dense. Si Dogurõ ne lui avait pas déjà donné leur destination, Gorodal l’aurait deviné en levant un peu la tête. Un ouvrage tellurien massif, un rempart titanesque barrant l’horizon à perte de vue, couronné d’une herse montagneuse inhospitalière à peine moins escarpée griffant l’azur, érigé par les forces chthoniennes qui façonnaient périodiquement la région.

Le Mur de l’Au-Delà.

Appelé ainsi suite aux récits des rares explorateurs assez endurants pour l’atteindre ; tous avaient été envahis d’une peur primaire à son contact et certains avaient raconté avoir entendu des voix désincarnées en émaner. Cela avait fini par bâtir sa légende, cimentant son nom : à l’intérieur se trouverait un accès au monde de morts, le Mur, comme ultime frontière, interdisant l’entrée des vivants et la sortie des trépassés. Depuis qu’il était devenu Inrim, Gorodal avait repensé plusieurs fois à cette histoire. Il doutait de la réalité de ce mythe, mais tous les récits des voyageurs concordaient. Il aurait pu s’envoler et voir par lui-même ce qui se cachait derrière ces pointes, mais un peu de secret et de mystère dans la vie ne faisait de mal à personne, si ?

Dogurõ le tira de ses pensées et le guida à travers les entrelacs végétaux. Il ne leur fallut qu’un court instant pour déboucher sur un espace dégagé au pied du Mur. La zone consistait en un large hémicycle centré sur une cicatrice dans la surface ininterrompue de roche claire. Les Bovidés avaient visiblement travaillé d’arrache-pied pour déforester les alentours ; un camp s’y dressait maintenant. Un ensemble de petites tentes avait bourgeonné là où s’étaient dressés les arbres, qui étaient maintenant couchés en piles à la lisière de leurs congénères. À part quelques-uns occupés à autre chose, tout le monde semblait s’affairer de près ou de loin autour de la fissure. Un coup d’œil permit à Gorodal de constater que ses efforts portaient leurs fruits : le groupe était un patchwork où les ethnies se complémentaient. Bovidés, Félidés, Canidés… Une telle collaboration spontanée n’aurait jamais eu lieu auparavant. Il reconnaissait certains de ses élèves aux Arts Spirituels ; étaient-ce eux qui bloquaient l’influence du Mur pour les autres ?

« Je te propose qu’on reste en liaison bilatérale, l’interpela télépathiquement Dogurõ.

Bonne idée. »

Ils approchèrent de concert de l’effervescence bourdonnante. Miòna, une jeune Félidée rousse à la silhouette fine, fut la première à remarquer leur arrivée et vint à leur rencontre :

« Maître Dogurõ ! Maître Gorodal ! Vous avez fait vite !

— Bonjour Miòna. Fais-moi un rapport de la situation. »

Pour l’instant, Gorodal gardait une neutralité de façade. Il aurait suffi d’un rien pour qu’elle s’effondrât. Il connaissait déjà le gros, mais c’étaient les détails qui allaient l’intéresser. Une expédition pour étudier le Mur, quelques étudiants en Arts Spirituels qui avaient rapidement trouvé une parade à la peur engendrée à son contact, rien à signaler les premiers jours jusqu’à la découverte de la cavité.

« … C’était la première aspérité que nous trouvions. Nous étions si excités !

Parce que ce n’est plus le cas, peut-être ? » ironisa Dogurõ à Gorodal.

Ce dernier ne pouvait être plus d’accord avec son ami ; tous vibraient d’impatience.

— Comme nous n’étions que trois avec Linco et Niadma en reconnaissance, nous sommes repartis avertir les autres. Mais nous avions senti comme une impression désagréable, une sorte de malaise en étant juste à côté, malgré la défense psychique. Rien qui puisse nous arrêter, cela dit ! Tout le monde était d’accord pour déplacer le campement ici. Dès le lendemain, on a dégagé l’espace. Les tentes ont été piquées le soir même ; les Bovidés ont rasé tout ça à une vitesse folle ! Elles sont assez loin pour que ce qui se dégage de la fissure ne les atteigne pas. »

C’était donc bien l’œuvre des Bovidés. Gorodal le releva, même si cette information ne présentait actuellement aucun intérêt.

« Tout cela nous amène à hier. Nous avons commencé l’étude de la fissure. Pendant que les autres cherchaient des informations dans cette zone du Mur et les alentours en analysant la roche et le sol, moi et les autres Éveillés utilisions les Arts que vous nous avez enseignés. À part qu’elle mène à une cavité plus grande et que je pouvais m’y faufiler, nous n’avons rien trouvé. C’est comme si le Mur était hermétique à l’Énergie Spirituelle.

Tiens, tiens. Ça, c’est curieux, remarqua silencieusement Gorodal.

Hermétique… ou absorbant ? Le résultat est très similaire ; les implications, beaucoup moins. », lui fit remarquer Dogurõ.

Inconsciente de l’échange de pensée, Miòna poursuivait avec la même énergie débordante.

« Comme on voulait absolument savoir ce qu’il y a là-dedans, vu que je suis la seule qui peut passer, je me suis dévouée pour ramper à l’intérieur. C’est passé de peu, mais j’ai atteint la grotte derrière ! Par contre, à chaque fois que j’essayais de créer une lumière, l’Énergie se dissipait instantanément…

Absorbant, se firent écho les deux Inrims.

— … alors que je maîtrise cet Art ! C’est un des premiers qu’on a appris ! Bref, heureusement que je suis Félidée, le peu de luminosité qui arrivait de l’extérieur m’a globalement suffi. En tout cas, assez pour deviner qu’il y a une surface plane et lisse au fond. Elle doit être couverte d’inscriptions, mais je n’en ai vu qu’une partie que je n’ai pas réussi à déchiffrer. Comme Dogurõ venait aujourd’hui, nous l’avons appelé aussitôt. Il a pu aller voir lui aussi. Il vous en a parlé, j’imagine.

— En effet. Il n’a pas pu déchiffrer encore les écritures, mais il a déduit qu’il s’agirait d’une porte.

— Oui ! Cependant, il a dit ne rien détecter quand nous lui avons parlé de la sensation que nous ressentons tous. C’est pour cela que nous av-… Maître Gorodal ? »

Ce dernier venait de lever une main vers son visage, se frottant les yeux. Il sentait la colère monter en comprenant la raison de sa convocation.

« Donc, si je comprends bien, vous m’avez demandé car Dogurõ n’est pas doté d’instinct Zoomorphe, cracha Gorodal entre ses dents.

— Je… Oui… Cela semblait important, balbutia Miòna, prise de court par le ton de ce dernier.

— Moi à la place de Dogurõ, qui a beaucoup plus de connaissances, d’expérience et de puissance, pour un instinct à l’utilité discutable ? »

Son mécontentement résonnait de plus en plus fort, assourdissant la bonne humeur ambiante. Les oreilles de Miòna s’affaissaient à vue d’œil. Il explosa finalement :

« C’est pour cela que vous avez fait pleurer une chatonne ?! »

Le coup de fureur brûlante gela tout le groupe sur place. Dogurõ écarquillait des yeux abasourdis sur le dos de son ami. Miòna, qui était en première ligne quand le reproche les avait cinglés, avait les oreilles basses et la mâchoire tremblantes, les yeux au bord des larmes. C’était l’une des pires choses qu’on pût dire à un Zoomorphe. Elle servait à blâmer quelqu’un dont les actions auraient ou avaient pu faire pleurer un enfant. Si c’était très violent pour ce peuple, cela l’était particulièrement pour les Félidés, dont l’attachement à leur progéniture était le plus fort. Tovirigo, un Bovidé qui avait étudié les Arts Spirituels avec Miòna, fut le premier à sortir de sa torpeur et s’interposa entre celle-ci et Gorodal.

« Miòna n’est pas responsable ; nous avons pris cette décision ensemble.

— Je ne m’adressais pas seulement à elle. », rétorqua Gorodal avec un regard appuyé et luisant d’Énergie.

Tovirigo eut un léger mouvement de recul mais ne broncha pas outre mesure, restant planté devant la Félidée en garde du corps. Bien qu’authentique, son coup de colère servait de leçon aux Zoomorphes, qui avaient trop tendance à agir de façon instinctive, quittes à être égoïstes. Étant un des leurs à l’origine, il le savait mieux que personne. Mieux valait que le message passât par lui que quelqu’un d’autre moins clément.

« Ne t’inquiète pas, Dogurõ. Je sais ce que je fais, assura Gorodal, puis pour les Zoomorphes : Vous avez de la jugeote, utilisez-la au lieu de vous fier à vos tripes. »

Il se dirigea vers la balafre. Le groupe avait visiblement commencé à creuser la paroi pour atteindre la grotte, s’il en jugeait par les gravats autour.

« Plus vite ce sera fait, plus vite je serai rentré. »

Et sous les regards médusés de tous, sauf son partenaire, Gorodal se mit à dégager un passage. Ses doigts et ses mains s’enfonçaient dans la roche comme dans de la mousse, la brisaient aussi facilement que des brindilles et jetaient des blocs massifs comme s’ils ne pesaient pas plus lourd que des gravillons. Au fur et à mesure de son avancée, Gorodal sentait le malaise grandir dans sa part Zoomorphe. Mais étant surtout Inrim désormais, il n’eut aucun mal à l’écarter de ses pensées. Heureusement que Miòna pouvait créer sa propre barrière mentale ; elle aurait cédé à la panique sinon. Rapidement, un court tunnel se forma et la grotte fut enfin accessible à tout le monde. Afin d’alléger l’ambiance qu’il avait lui-même plombée, Gorodal renforça la protection de chacun et leur permit d’approcher leur découverte, à condition de ne pas la toucher. Conformément à la description qu’en avait faite Miòna, le mur en face de l’entrée, plat et lisse, faisait tache avec l’environnement minéral. Il était trop propre, trop parfait. Même sans instinct Zoomorphe, il dégageait une aura pesante et mystérieuse ; les symboles le couvrant n’arrangeait rien, blancs sur noir.

Quand la curiosité collective fut rassasiée et que les théories fusaient dehors, Dogurõ et Gorodal restèrent devant l’étrangeté excavée.

« Je dois reconnaître que c’est une trouvaille incroyable. Qui aurait cru qu’il y avait une telle chose cachée dans le Mur ? s’interrogea Gorodal, un rien émerveillé.

Incroyable n’est pas le terme que j’aurais employé. »

Gorodal tourna la tête vers Dogurõ, frappé d’étonnement. Pas à cause de ce qu’il venait de dire, mais comment : il s’était exprimé télépathiquement. Comme s’il ne voulait pas être entendu des autres.

« Explique-toi, se reprit Gorodal, entrant dans son jeu.

Du point de vue de tout le monde, c’est un mystère excitant. Du mien, il est inquiétant pour plusieurs raisons.

Qu’est-ce que tu veux dire ?

Regarde la jonction entre cette surface et la roche. Les inscriptions se poursuivent clairement au-delà, nous sommes face à une infime partie d’une structure beaucoup plus grande.

Tu en es sûr ?

Pendant que tu te défoulais à creuser, j’ai sondé par curiosité une large portion du Mur. En surface, rien de surprenant, mais passé une certaine profondeur, l’Énergie que j’ai utilisée a été absorbée. Grâce à cela, j’ai pu deviner une forme conique inversée. Elle occupe quasiment tout le plateau du Mur et plonge loin sous terre.

C’est gigantesque ! »

L’ex-Zoomorphe s’était exclamé en pensée, mais ses lèvres avaient articulé silencieusement en écho. Sa mâchoire, prise de vertige, était tombée. Dogurõ poursuivit malgré tout :

« Ce n’est pas tout. La roche épouse parfaitement la forme ce cône. Bien sûr, il était déjà acquis que ce n’est pas une formation naturelle. Mais cette précision… Impossible que ce soit d’origine Zoomorphe. Si cela avait pu être dans leurs moyens par le passé, on aurait observé des traces de ce savoir-faire dans leurs constructions actuelles. Ce n’est pas le cas. Il n’y a que deux conditions qui permettent ce genre de réalisations : soit une forte maîtrise technologique (et je veux dire vraiment forte), soit une grande maîtrise des Arts Spirituels.

Les Zoomorphes n’ont ni l’un ni l’autre…

Commences-tu à voir où je veux en venir ?

Cette chose… Peut-être même le Mur… est l’œuvre d’une force, voire un peuple, extérieurs. »

Mais que venaient-ils de mettre au jour ? Dogurõ lui laissa cette fois le temps de digérer les informations qu’il venait de donner.

« Même si l’histoire des Zoomorphes est une vaste inconnue, une constante est qu’il y avait un autre peuple avec lequel ils se sont déchirés, commença à élaborer Gorodal. Ils ont fini par l’emporter sur leur ennemi qui s’est éteint. Et si c’était un vestige de leur civilisation ?

Sauf que ça ne colle pas. Une chose sûre est qu’ils parlaient la même langue. Si c’est vrai, pourquoi personne ici présent n’a reconnu de près ou de loin les écritures qu’on peut voir ? Et regarde l’état des connaissances des Zoomorphes actuellement. Imagines-tu vraiment une civilisation aussi avancée perdre contre ce qu’ils étaient à l’époque ? »

Impossible. Littéralement. Ç’aurait été comme faire s’affronter un nourrisson et un adulte en armure ; l’issue était inéluctable. Gorodal commençait à redouter la suite des explications de son ami. Dogurõ brisa à nouveau le silence pesant de la grotte et la réflexion sombre dans laquelle s’enlisait Gorodal :

« J’ai dit personne, mais ce n’est pas tout à fait vrai…

Continue, le pressa Gorodal, surpris par l’interruption inopinée de son explication.

Ces glyphes… ne me sont pas totalement inconnus. »

Les yeux dans le vague, Dogurõ s’égara dans le mutisme.

« Et alors ?, s’emporta Gorodal, dont l’inquiétude commençait à éroder l’assurance.

Des artefacts… Sur d’autres planètes… Que des fragments, mais… Peut-être que… En parler ?… Non, je ne devrais… »

Les propos incohérents, l’air hagard, les yeux de Dogurõ se débattaient comme s’ils essayaient de fuir ses souvenirs. Gorodal n’en revenait pas. Dogurõ était un vétéran de guerre, le genre imperturbable au milieu de la tourmente et du chaos. Qu’avait-il vu qui le troublât à ce point ? Gorodal le saisit par l’épaule et l’obligea à lui faire face, avec une brusquerie qui trahissait le malaise insidieux rampant sous sa peau.

« Arrête avec ta parole de pierre ! Qu’y a-t-il de spécial avec ces symboles et les artefacts dont tu parles ? »

Il avait tant bien que mal réussi à contenir sa voix pour ne pas être entendu de l’extérieur. Dogurõ le fixait avec des yeux ronds sous le coup de la confusion. Un instant d’immobilité à l’image de l’environnement minéral ; inquiétant et insondable ; un clignement, puis son visage redevint impassibilité.

« Excuse-moi. Je me suis laissé perturber. »

L’onde de calme, que Gorodal reçut, faillit l’assommer ; c’était une gifle d’une mer d’huile, une claque d’une atmosphère figée. Ce qui le maintint éveillé et conscient, ce fut le sang-froid de Dogurõ, glaçant comme un frisson. Gorodal était encore loin d’atteindre un tel contrôle de lui-même.

« Tu dis connaître, ou avoir déjà vu, ça par le passé. Pourrais-tu en dire plus ? interrogea Gorodal, de nouveau maître de lui-même.

Je vais essayer de remettre de l’ordre dans ce qui me revient. Mes souvenirs sont flous.

Flous ? Je croyais notre mémoire quasi-parfaite.

C’est le cas. J’étais jeune à l’époque. Il est possible qu’ils aient été chargés de rituels disrupteurs de perception ; je n’étais pas capable de les détecter. Et comme je n’y ai jamais repensé, ce n’est que maintenant que je le réalise.

Que peux-tu en dire avec ce qu’il te reste ?

La plupart étaient des vestiges de construction. La majorité servait un usage inconnu encore aujourd’hui ; quelques-unes devaient faire partie de la vie quotidienne. Mais le reste…, s’interrompit Dogurõ, avec un regard et une pause lourds de sens.

Pour quoi étaient-ils utilisés ?, hasarda Gorodal, intimidé par la gravité de ce que Dogurõ taisait.

Je pense que tu n’as pas encore la maturité nécessaire pour l’entendre. »

Gorodal n’insista pas ; il avait au moins la maturité qu’il fallait pour comprendre que Dogurõ voulait le protéger. La résilience mentale était une des dernières choses qu’on développait en devenant Inrim, et cela pouvait prendre de nombreuses années. Il savait qu’il lui restait encore beaucoup de chemin.

« À ton avis, à quelle option avons-nous affaire ? hésita Gorodal, le Zoomorphe en lui tout poils hérissés. La simple curiosité archéologique ? Ou bien…

J’ai toutes les raisons de penser que nous sommes face à la seconde, affirma Dogurõ, les yeux rivés sur le mystère devant eux et sans hésitation. Si on met de côté le malaise des Zoomorphes, mon intuition qui me hurle de rester aux aguets, il y a une dernière chose que mon sondage a révélée. Je peux me tromper ; mais pour moi, cela ne fait aucun doute. »

Il s’arrêta pour inspecter l’expression de son ami. La pointe des oreilles tremblait imperceptiblement ; la queue se retenait de se replier entre les jambes ; le regard était déchiré entre la curiosité et l’appréhension, l’implorant à la fois de se taire et de parler.

« Me crois-tu si je te dis que cette chose est censée flotter dans le ciel ? »

Gorodal le sentit, ce vertige ; ce vertige quand ce sentiment de sécurité, d’incrédulité, s’ouvrait sous nos pieds ; ce vertige quand la chute semblait sans fin, avalée par l’abîme de l’incertitude, de l’inconnu. Dogurõ avait parlé d’implications plus tôt ; Gorodal commençait à les cerner. Et lourdes de sens, elles l’entraînaient d’autant plus inexorablement.

« Comment… ? Pourquoi… ? Par qui… ?

— … s’est-elle retrouvé enfouie ? », compléta Dogurõ oralement, comme son ami troublé.

Comment ? La puissance et la maîtrise, nécessaires pour réaliser un sarcophage aussi colossal de roche et aussi bien intégré à son environnement, n’étaient accessibles qu’à de très rares êtres.

Pourquoi ? Avait-on voulu faire disparaître les signes d’un passé tumultueux ? Qu’est-ce qui aurait pu justifier une telle débauche de moyens ?

Par qui ? Qui ?… Qui ?!

Les questions résonnaient, appelant d’autres, davantage que de réponses, leur faisant écho dans une cacophonie délirante. “Inquiétante” ; Gorodal comprenait mieux les réserves de Dogurõ. Il imposa le silence à ses pensées, le calme à cette moitié Zoomorphe en lui. Il s’en voulait d’avoir laissé la situation l’atteindre comme le chaton qu’il avait été. Il était Inrim maintenant ; il était maître de lui-même. Il était résolution ; il avait été impulsion, il avait été instinct ; il était raison. Dogurõ l’observa patiemment battre le métal et purifier la lame, polir sa volonté et affûter sa détermination. La cohésion retrouvée, l’unité en lui désormais, Gorodal s’enquit auprès de son frère d’armes, totalement synchronisés via le lien télépathique :

G : Toute interaction doit se faire…

D :… avec prudence et patience, il y a…

G :…trop d’inconnues pour évaluer précisément ce qui nous attend. Dans l’idéal,…

D :… il faudrait restreindre, voire interdire l’accès au groupe tant que nous n’avons pas identifié exactement ce à quoi nous avons affaire. Mais…

G :…cela va susciter leur incompréhension, pire les aliéner. Maintenir un niveau minimum d’implication de leur part est essentiel, même si…

D :… cela est risqué. L’équilibre entre les aiguiller et tempérer les avancées afin de rester maîtres de la situation sera délicat. Sans compter…

G :… que nous serons nous-mêmes en terrain inconnu. Rien d’insurmontable, tu as…

D :… connu plus précaire. Quant à toi, tu sauras…

G :… réorienter les efforts des autres. L’objectif reste inchangé :…

D :… ouvrir cette structure. Des arrangements similaires entouraient les portes dans mes fouilles antérieures…

G :… nous pouvons donc supposer que la surface exposée remplit aussi ce rôle. Cependant…

D :…chacune a requis une procédure différente pour la déverrouiller. À nous…

G :… de trouver laquelle.

Dans un parfait unisson mécanique, ils se regardèrent, acquiescèrent et rejoignirent d’un pas cadencé les Zoomorphes encore en effervescence. Quand ils prirent la parole pour transmettre ce qu’ils estimaient bon de communiquer à ces jeunes peu disciplinés, il ne fut pas difficile de reconnaître ceux et celles, avec leur air ébaubi, qui assistaient pour la première fois à une manifestation de la Coordination Inrime.

Commentaires

forum Fond et forme exigeant
Seuls les membres peuvent accéder aux commentaires.