C’était une maison trapue et grisonnante, barbue de lierre et couverte de cicatrices. À l’ombre d’une colline, elle se tenait là, courbée comme un vieillard de plusieurs siècles. La baraque appartenait à un hameau – devrais-je dire un troupeau – de maisons similaires : des terrasses poussiéreuses, de très larges ou très étroites fenêtres, les toits d’un rouge moussu décrépi, quelques pavements parterre et une sonnette rustique à l’entrée.
En revanche, notre demeure possédait une vitrine : il s’agissait d’une boutique. Elle proclamait en onduleuses lettres de bois gravées : « Antiquaire à émotions, etc ». A l’avant du village, elle attirait touristes et curieux. La Maison contribuait au rayonnement du hameau autrement paumé, désuet, aux routes impraticables.
On dit des vieilles demeures qu’elles abritent des fantômes. Celle-ci en logeait une multitude.
Des ancêtres.
Les ancêtres antiquaires.
Ils étudiaient pensivement les nouvelles générations, pour voir si elles faisaient du bon boulot. Ils se parlaient tout bas. Ils ricanaient parfois. Pour les deux jeunes Julius et Nune, le septième sang, l’ambiance était insoutenable.