Vent dans mes yeux, larmes dans mes cheveux,
Rouge le sang qui fait battre mes joues,
Noire la nuit qui s’étire,
Fragiles mes bras qui s’ouvrent pour sentir
Plus fort les éléments qui hurlent tout leur saoul,
Louange au Ciel,
Louange à aujourd’hui,
Honte sur toi, Seigneur, gloire à ta Création.
Parce qu’un instant comme celui-ci vaut peut-être le reste,
Parce qu’un instant n’existe pas, qu’hier et que demain sont morts,
Merci.
Parce qu’un « il » me renverse en morceaux,
Parce qu’aimer n’a aucun sens,
Parce que le monde m’en veut mais qu’au fond, peu importe,
Merci.
Louange à aujourd’hui,
À cet instant d’éternité !
Merci pour mon souffle et pour tes ouragans,
Merci pour l’aride infini,
Merci pour l’amour qui l’irrigue,
L’existence, le non-sens, le vide qu’on nourrit,
Merci car je te hais,
Je glousse en priant ces trois mots :
Je te hais ! te haïr me fait aimer de vivre, Seigneur, contre toi,
Prier mon mépris pour ton trône et mon adoration pour notre résistance.
Merci pour nous et pour la vie,
Pour le soleil et pour la nuit,
Pour la violence et pour la paix,
Pour Toi et pour Satan,
Pour lui et pour moi,
Merci pour la souffrance – est-ce que ça se dit ?
Le monde vit sans toi, Seigneur, et qu’il est beau,
Qu’il est beau dans sa laideur,
Qu’il est beau dans son horreur,
Qu’il est précieux dans ton indifférence !
Merci pour l’eau qui coule, le vent qui cogne et la terre sous mes doigts,
Merci pour le monde pur qui se meurt sous nos mains,
Pour le sang qui nous couvre alors qu’on le massacre,
Nos respirations qui s’épuisent,
Merci pour la jouissance de craquer,
De laisser mes morceaux se disperser dans l’air.
Merci pour la musique, pour l’art qui nous fait oublier comme la nature est belle,
Merci pour la musique, pour l’art qui nous rappelle comme la laideur est belle
Merci pour ses pensées, son rire que je lis sans l’entendre,
Ses yeux que je sens sans les voir,
Son souffle quelque part,
Je le connais dans son absence,
Je le respire dans le vent qui m’abat,
Je le touche dans le froid qui me coupe.
Toi qui a fait le monde et les choses qui le peuplent,
Toi qui a fait la vie et qui l’a rendue si terrible,
Toi qui mérite la mort car tu ne réponds pas,
Entend mon cri.
Entend ma fureur de joie enragée,
Prends-la pour toi et profites-en, ah monstre ! Charognard de mes sentiments trop forts ! Vampire de l’amour que je lui porte ! Voleur de lui et de son existence, tu n’es pas mon père, non, pas plus que tu n’es le sien !
Géniteur haïssable, abandonneur d’enfants, génie d’horreur de l’avoir fait si éloigné de toi !
Je me sais aveugle.
Je sais que tu ne vaux pas un merci,
Je ne te l’offre pas, je le jette à ta gueule,
Je le pleure et je ris.
Je te crie mon amour, oui, j’aime aveuglément !
Oui j’aime sans connaître, je crois sans avoir vu,
Je danse l’alcool qui coule dans mes veines, qui me délivre,
Il est temps que tu me voies folle au milieu de la vie.
Oh Seigneur, il est temps !
Et j’expire ma rage en crachant mes poumons,
J’inspire ma folie en avalant son nom,
J’ai tout pris de la vie, dans ces gorgées de bière, dans cette bouffée de nuit,
Je n’ai plus rien à en tirer.
Vois la force de ma faiblesse !
Vois la résistance de mon abandon,
Comme nous valons plus que toi dans notre petitesse,
Lui, plus aimant que toi alors qu’il n’est pas si parfait.
Prends pitié, Seigneur, prends pitié et tue-moi,
Emporte-moi avec mon souvenir,
Si tu m’aimes offre-moi son odeur en partant,
Repends-toi, et accorde à ta fille de sourire en mourant.