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PARTIE 1: Chap 5 La confiance

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Par Anna.Lyse

Le soleil s’était levé depuis quelques heures lorsque Chris gara sa voiture devant le bureau de Julia. Il en descendit avec Sunshine, sa fille. Ils se dirigèrent vers l'entrée, les bras chargés de pâtisseries. En franchissant la porte, Chris chercha Julia du regard et l'aperçut près de son bureau. Elle avait mauvaise mine, signe d'une soirée bien alcoolisée. Chris fit signe à Sunshine de rejoindre Mary le temps qu'il parle seul à seul avec Julia. Celle-ci protesta vainement avant d’obtempérer non sans exprimer son désaccord en faisant la moue.

Chris entra dans le bureau sans même frapper.

— Salut Julia, alors ?! Comment s'est passé la soirée avec Kate ? À en croire ta tête, tu t'es pris une belle cuite.

— Tu pourrais pas parler moins fort ? J'ai l'impression qu'un marteau piqueur a élu domicile dans ma tête ce matin, grimaça-t-elle.

Chris rit sous cape tout en se servant un café. Julia n’était pas du genre à se lâcher ainsi avec tout le monde, ce qui ne pouvait signifier qu’une chose : elle aussi appréciait Kate.

— La soirée était bonne au moins ?

Julia leva les yeux vers Chris, surprise par son insistance.

— Pourquoi ça t'intéresse tant que ça ?

— Juste comme ça. Histoire de faire la conversation.

— Si tu le dis… On a passé une très bonne soirée. Cooper a dû rentrer pas longtemps après toi, et on a finit entre filles. J'aime bien Kate, elle est chouette.

— J'imagine qu'après notre départ vous avez dû être accosté ? s'intéressa Chris, tout autant curieux qu'amusé par cette situation.

Julia éclata d'un rire franc tout en secouant la tête.

— Ça, ça ne te regarde pas. Tu n'avais qu'à rester, ajouta-t-elle avec un clin d'œil.

— Je suis sûr qu'on vous a draguées. Les mecs viennent toujours te draguer si t'es pas accompagnée. Tu oublies que je te fréquente depuis la première année de fac. Cooper lui-même me demandait de t'accompagner en soirée pour s'assurer que tu te fasses pas emmerdée.

— Je m'en rappel. Ça avait le don d'agacer Sarah à l'époque. Elle était persuadée qu'il y avait un truc entre toi et moi.

— Exacte. J'ai essuyé bon nombre de crise de jalousie juste pour ta sécurité. Alors maintenant, tu me dois une montagne de service!

— Je te signale que je t'ai rendu tellement de service ces dernières années que c'est toi qui m'es redevable désormais.

— Touché. Alors dis moi tout. Non pas parce que tu me dois un service, mais parce que je suis ton meilleur ami. Après tout, entre amis on se dit tout…

Julia semblait encore hésiter malgré l’insistance de Chris.

— Tu sais que je suis hyper curieux, tu peux pas me faire de cachotteries comme ça... Alors raconte.

Julia soupira avant de finalement céder. Chris pouvait se montrer têtu, et elle n’avait pas la force de s’opposer à lui davantage.

— Oui, il y a bien deux tocards qui ont essayé de s’incruster après votre départ.

Chris s'installa plus confortablement dans le fauteuil afin d'écouter leurs déboires, conscient que son ami Julia n’était pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. Il se montrait toujours protecteur avec ceux qu’il aimait, mais avec le temps, il avait appris que Julia n’avait jamais vraiment eu besoin de son aide.

— Deux seulement ?! S’amusa-t-il. Faut croire que tu as pris de l’âge. Ton charme n’opère plus comme avant, ajouta-t-il sur un ton moqueur.

— Quoi ? T’es en train de me traiter de vielle peau ?

— J’oserais pas. Tu me connais, je suis un gentleman.

— À d’autres ! Figure-toi que tu as tout faux. C’est surtout parce que l'un d'eux est parti avec un poignet en miettes, alors ça a refroidi les ardeurs potentielles des autres mâles présents hier. Beaucoup d'esbroufes et pas beaucoup de courage !

— Toi ou Kate ?

Julia le regarda, le laissant languir un peu avant d'avouer.

— Kate. C'était un beau spectacle. Ce qui est sûr, c’est qu’elle est efficace.

Chris sourit, l'air pensif.

— J'aurais bien aimé voir ça, ça devait être amusant.

Julia pencha la tête sur le côté.

— Si tu étais resté, tu sais bien qu'aucun homme n'aurait osé approché. Mais, tu sembles très intéressé par Kate et ses petites affaires personnelles, je trouve.

Chris retrouva son sérieux.

— Je me soucie juste de mes collègues Julia. Elle vient d'arriver en ville, elle ne connaît personne, et le fait qu'elle vienne remplacer Sophia ne facilite pas son intégration dans l'équipe... J'espère juste qu'elle réussira à se sentir bien ici. J’avoue ne pas avoir apprécié qu’on envoie quelqu’un pour remplacer Sofia. Je trouve que c’est encore trop tôt, mais elle est là maintenant, et ce n’est pas sa faute si Sofia est morte.

— Je comprend. Mais, avoues aussi que Kate est hyper sexy. Je suis sûre qu'elle ne te laisse pas totalement indifférent. Sois honnête au moins.

— Elle est tout à fait mon genre et tu le sais très bien. Mais tu me connais suffisamment pour savoir aussi que je ne mélange jamais le travail et les sentiments.

Ils échangèrent un regard complice avant que Chris ne termine son café d'un trait et se redresse.

— Est-ce que tu pourrais me rendre un petit service ? Sunshine a décidé de prendre des cours de self-défense, et ça me rassurerait que tu puisses l'accompagner pour vérifier que tout soit clean. Si c’est moi qui m’en charge, Sushine va encore se plaindre que je la prends pour une gamine.

— En même temps, tu la prends encore pour une gamine.

— C’est parce que ça restera toujours ma petite fille, peu importe son âge.

— Ta petite fille a l’âge de coucher avec les garçons je te signale.

— Putain Julia ! Ne m’en parle pas ! Je veux rien savoir.

Julia se mit à rire devant la réaction de Chris. Il était dans un déni évident, et se montrait bien trop protecteur. En même temps, la vie n’avait pas épargné ceux qu’il aimait.

— C'est plutôt une bonne idée après tout. On ne sait jamais quand on aura besoin de se défendre malheureusement. Où s'est elle inscrite ?

Chris lui donna l'adresse en précisant :

— Ça vient d'ouvrir, c'est gratuit semble-t-il. Je trouve ça bizarre, mais Sunshine me dit que je suis parano.

Julia laissa échapper un rire franc.

— T'es son père et tu es shérif, c'est normal que tu sois parano. En tout cas, t'as aucun soucis à te faire, je m'en charge. Tu iras la chercher ?

— Oui, mais j'ai besoin que quelqu'un en qui j'ai pleinement confiance la dépose et s'assure discrètement qu'il n'y a rien de suspect, si tu vois ce que je veux dire.

Julia sourit avec un air mystérieux.

— J'ai entendu parler de ce projet, une asso qui œuvre pour aider les jeunes filles à prendre confiance en elles et se défendre en toute circonstance. C'est clean, mais je l'emmènerai, t'inquiète. Tu devrais aussi apprécier la démarche, mais je te laisse découvrir par toi-même.

Chris ne releva pas sa remarque, pressé par le temps. Il embrassa sa fille affectueusement avant de prendre la route pour le bureau, laissant derrière lui Julia, Mary et Sunshine. Julia connaissait Sunshine depuis sa naissance et celle-ci était presque comme une fille pour elle, surtout depuis l'arrivée de Chris à San Bernardino. Elle et Cooper n'étaient pas parvenus à avoir d'enfant. Son infertilité avait été un choc au début. Elle avait eu peur de perdre Cooper, mais ils avaient dépassé cette épreuve ensemble, et elle avait accepté cette situation avec philosophie. Avec le temps, elle s'était fait une raison et son cabinet de détective privé était devenu son bébé à elle. Cependant, quand Sunshine était de passage chez son père, elle profitait de sa venue pour materner à son tour.

***

En arrivant au bureau, Chris fut rapidement appelé pour une affaire d’homicide. Il avait été découvert un corps sans vie dans un bâtiment désaffecté. La victime était un adolescent, visiblement décédé des suites d’une blessure à l’arme blanche. C’était pour l’instant tout ce qu’il savait.

— Kate, bouge-toi, on a un corps sur les bras.

Elle prit sa veste et le rattrapa rapidement. Sur la route qui les conduisait à la scène de crime, Chris lui fit un topo sur la situation. L’ambiance était devenue lourde dans l’habitacle de la voiture. Travailler sur des affaires impliquant des mineurs n'était jamais simple, et même Kate, habituellement détachée, restait silencieuse et concentrée, se gardant de toute plaisanterie.

La voiture s’arrêta non loin des véhicules de patrouille. La chaleur du bitume les saisi dès qu’ils posèrent le pied au sol, sèche et plombante. Kate, prit le temps d’observer le cadre, et surtout les regards méfiants à leur encontre. Ils étaient au milieu d’un quartier défavorisé de la ville, cernés par un mur d’immeubles étouffant marqué par la vétusté. Ici, comme ailleurs, les jeunes traînaient dehors en petit groupe, écoutant du rap sur leur téléphone. Quelques adultes étaient sorti par curiosité, parlant entre eux tout en restant à l’écart, manifestement peu enclin à échanger avec les forces de l’ordre.

Kate se perdit dans ses pensées un instant. Les quartiers se ressemblaient tous, peu importe les villes, des lieux abandonnés et souvent dénigrés par la société. Personne n’avait vraiment envie de savoir ce qui se passait ici, sauf si cela pouvait vendre du papier, et les habitants n’étaient pas dupes. Deux mondes coexistaient au sein d’une même ville, l’ombre et la lumière, une métaphore qui lui était douloureusement familière.

— Hey Kate, tu viens ou bien tu préfères rester là à cuire au soleil ? L’interpela Chris.

Elle sourit à sa boutade avant de suivre ses pas jusqu’au bâtiment désaffecté : un vieille immeuble qui avait brûlé quelques années auparavant, et dont la restauration n’avait jamais pu aboutir. L’endroit était interdit, mais comme souvent ailleurs, il était devenu un lieu de squat et une air de jeux improvisé pour les enfants. C’était d’ailleurs des gosses d’à peine 10 ans qui avaient trouvé la scène macabre. Une scène, qu’aucun parmi eux ne parviendrait à oublier malgré la banalisation parfois à l’œuvre en ces lieux. Ils étaient déjà tombés sur des corps sans vie de toxico dont la dernière prise avait été fatale, mais le spectacle qui s’était imposé à eux ce matin-là, était plus violente encore, d’autant plus que la victime n’était pas beaucoup plus âgée qu’eux.

Le corps de l’adolescent, à peine âgé de quinze ans, échouait au sol dans une marre de sang. L’odeur qui s’en dégageait commençait à devenir insupportable, les fortes chaleurs accélérant le processus de dégradation.

Kate s’accroupit auprès du corps en faisant attention à ne pas polluer la scène de crime.

— Il a été frappé à de multiples reprises sur le flan gauche. L’auteur devait être droitier, et pas très aguerri. Vu l’emplacement, il devait faire à peu prêt sa taille.

— L’équipe technique ne devrait plus tarder. L’examen médico-légal, et notamment celui de l’axe d’entrée de l’arme pourra nous permettre d’en savoir plus sur la taille probable de notre suspect. Quoi qu’il en soit, il y a fort à parier que tu as raison. Ils devaient faire à peu prêt la même taille.

— Parfait, répondit-elle à Chris en gardant son regard braqué sur la victime.

Chris, jeta un regard autour de lui, puis s'accroupit auprès d’elle pour lui parler à l’abri des oreilles indiscrètes.

— Ça va ? Tu as l’air un peu… bousculée ?

Chris était observateur et son attention envers elle était appréciable. Kate lui adressa un sourire rassurant.

— T’inquiète. Tout va bien.

— Ok. On dirait une dispute de territoire entre gangs. T’en penses quoi ?

— Il y en a beaucoup des meurtres de jeunes comme ça ?

— J'ai pas les chiffres exacts en tête, mais au moins trois récents. On nous a aussi signalé des disparitions inhabituelles. Tout ça sent mauvais.

— Au moins trois meurtres et aucune piste ? S’agaça-t-elle.

Chris soupira.

— C'est qu'on est pas vraiment les bienvenus ici. Les gens nous parlent pas.

Kate l’avait remarqué à leur arrivé. Néanmoins, elle ne pouvait pas leur en vouloir. Elle savait qu’en certains lieux, parler ou se taire pouvait faire la différence entre vivre et mourir. Et puis, la plupart du temps, personne ne semblaient s’interroger sur les causes profondes de cette violence en ces lieux. Il était souvent plus simple de regarder ailleurs. Pourtant, elle le ressentait, Chris n’était pas du genre à détourner le regard. C’était un aspect de sa personnalité qu’elle appréciait chez lui. Chris était quelqu’un de droit, il s’impliquait de la même façon quelque soit la nature de l’affaire.

— J'aimerais pouvoir consulter les dossiers des autres victimes, dit-elle finalement.

— Pas de souci. Un regard neuf sur cette affaire nous fera du bien. De toute manière, on patauge jusque là.

De retour au bureau, Kate passa en revue les dossiers précédents avec une attention minutieuse. Après des heures à éplucher les différents rapports, elle releva la tête, intriguée.

— Les victimes ne semblaient pas se connaître, ce qui remet en question l'hypothèse d'une dispute de gang. En plus ce serait davantage des armes à feu et l'ambiance au quartier ne serait pas la même.

Chris se tourna vers elle, intéressé.

— Alors, quelle est ton hypothèse ?

Kate prit une profonde inspiration avant de répondre.

— Ça pourrait être un recrutement.

— Un recrutement, répéta-t-il incrédule, comment ça ?

— Certains groupes criminels ont des méthodes de recrutement particulières. Ils repèrent des jeunes prometteurs, puis les testent en les forçant à tuer, ou plus exactement à s’entre-tuer. Pedro Sanchez utilise ce genre de tactique. Ça leur permet de sélectionner les plus forts, potentiellement les plus cruels, et de s'assurer une emprise sur eux. En les isolant ainsi, ils les rendent fidèles au groupe, à la "famille", elle cracha presque ce dernier mot.

Chris, impressionné par sa connaissance du terrain, se pencha en avant.

— J'imagine que c'est lié à ton expérience ?

Kate acquiesça mal à l’aise.

— On peut dire ça. Quoi qu’il en soit, si tel est le cas, nous avons affaire à un groupe bien organisé, peut-être même à un des réseaux de Pedro Sanchez. Il va falloir être prudents et discrets.

Chris réfléchit un instant, puis prit sa décision.

— Ok. Demain, on ira dans le quartier pour observer. On restera à distance pour évaluer ton hypothèse.

Kate le regarda de haut en bas, un sourire malicieux aux lèvres.

— Habillé comme ça, tu feras tâche dans le paysage. Il va falloir repenser ta tenue patron.

Chris fit mine d'être offensé, ce qui fit rire Kate.

— Mets une casquette, un sweat et des baskets au moins si tu veux pas te faire repérer.

— Tu me blesses, plaisanta-t-il. J'ai toujours cru que j’avais un style décontracte.

— Pour un vieux bien propre sur lui peut-être, mais pas pour quelqu’un qui vit en cité.

Elle lui adressa un dernier sourire avant de récupérer sa veste.

— Je file, j'ai des choses à faire ce soir. On se voit demain, et n’oublies pas de changer tes fringues.

Alors qu'elle s'éloignait, Chris décida de reprendre la lecture des dossiers sous le prisme proposé par Kate.

Une fois sa journée de travail terminée, Chris se dirigea vers le gymnase où étaient donné des cours de self-défense. À son arrivée, il fut surpris de voir la moto de Kate garée à l'extérieur. Intrigué, il entra dans la salle et comprit rapidement l'expression malicieuse que Julia avait affiché lorsqu'il lui avait parlé des cours de Sunshine. Elle devait savoir que c'était Kate qui donnait ces fameux cours. À la fin de la séance, Chris, amusé et un peu curieux, se dirigea vers Kate pour la taquiner.

— Alors, c'est toi la prof de combat de ma fille ? J'espère que tu te montres à la hauteur, la provoqua-t-il.

— Je pourrais certainement apprendre deux ou trois trucs à un vieux comme toi. D’autant plus que je parierais que ça fait une paie que tu ne t’es pas entraîné.

Sunshine, observant la scène avec amusement, s'exclama :

— J'ai hâte de voir ça moi en tout cas.

— Je ne suis même pas en tenue, c'est compliqué, essaya de s’esquiver Chris.

— Le danger n'attend pas que tu te repoudres le nez pour surgir, princesse, se moqua Kate.

Sunshine éclata de rire.

Piqué au vif dans son amour-propre, Chris céda finalement et releva le défi.

— Puisque c'est comme ça, je pense que je n'ai pas le choix, dit-il en enlevant sa veste afin de se retrouver en t-shirt, plus libre de ses mouvements.

Kate échangea un regard complice avec Sunshine.

— Les hommes et leur amour-propre...

Chris, avec un sourire provocateur et confiant, fit signe à Kate de l'approcher.

— Viens ! Je t'attends !

Sans perdre un instant, Kate se mit en position. Ses coups étaient rapides et précis, portés avec force, révélant des années d'entraînement. Malgré ses efforts, Chris fut rapidement surpris par la maîtrise de Kate, qui le plaqua au sol avec une facilité déconcertante. Elle se redressa, affichant un sourire suffisant, tandis que Chris, encore étendu sur le sol, tentait de se justifier derrière des excuses bidons.

— Ton excuse est minable, répliqua Kate.

Elle lui tendit néanmoins la main pour l'aider à se relever.

— Tu te bats bien, mais je suis plus forte, c'est tout.

Après plusieurs victoires consécutives, elle s’adressa plus sérieusement à Chris.

— Je pense que ça fait trop longtemps que tu as arrêté l'entraînement. Tu devrais peut-être t'y remettre... Sur le terrain, ça peut faire la différence.

— C’est pas faux, concéda Chris.

— Je peux t'y aider si tu veux. J'aime savoir que mon partenaire sait se défendre sans que j'aie besoin de veiller constamment sur ses fesses.

Chris rit à sa taquinerie.

— Très bien, j'accepte ton offre. Il est temps que je me reprenne un peu en main de toute façon.

Il commençait à se faire tard, et Kate finit par les mettre à la porte pour fermer la salle.

***

— C'est ta nouvelle collègue, papa ? Demanda Sunshine à peine installée dans la voiture.

— Oui. J’ai comme l’impression que tu l’aimes bien ?

— Elle est vraiment super chouette. Elle prend le temps de nous expliquer chaque mouvement, et elle est vraiment très drôle. Je l'aime beaucoup. On pourrait peut-être l'inviter à une soirée un de ces quatre avec Julia. Ça serait sympa.

— Trois filles contre moi, je sais pas si c'est vraiment une bonne idée tout ça, plaisante-t-il.

— Aller, sois pas rabat joie. Je suis sûre que toi aussi tu t'amuserais.

— Mais qu'est-ce qui fait que tu l'apprécies autant ? Moi-même j'ai voulu te donner des leçons, et t'as jamais rien voulu écouter.

— Avec elle, tout paraît facile et j'aime beaucoup son côté féministe.

— Tant que tu es heureuse ça me va, acquiesça-t-il.

— Ça veut dire oui ?!

— Bien sûr, mais je te préviens : interdiction de prendre leur parti. J'ai besoin d'un appui face à elles. Je crains que Kate ne soit encore plus sarcastique que Julia, et j'ai pas envi d'être l'objet de vos fous rires à toutes les trois.

Sunshine accepta l'arrangement avec amusement.

Alors qu'ils roulaient en direction de la maison, Chris resta pensif un moment. L'annonce du remplacement de Sophia avait été comme un coup de poignard quelques semaines plus tôt, mais à présent, il n'éprouvait plus ni méfiance, ni colère. Kate semblait être une personne bien. Elle parvenait à conquérir chaque personne qu'elle rencontrait. Certes, il n'était pas bien difficile de sympathiser avec Luis, ce dernier avait un tempérament de nounours. Néanmoins, ce n'était pas le cas de Julia, et pourtant elles avaient facilement fraternisé. Sa complicité désormais avec Sunshine ne faisait que renforcer cette impression positive qu'il avait d'elle. Un sourire se dessina sur ses lèvres alors qu'il envisageait la nouvelle dynamique qu'elle pourrait impulser au sein de l'équipe.

***

Le lendemain matin, Chris suivit les conseils vestimentaires de Kate. Lorsqu'il apparut en baskets, jean, sweat et casquette, Sunshine ne put s'empêcher de se moquer de lui.

— Papa, tu t'es pris pour un ado ? Même moi j'ai passé l'âge d'enfiler ce genre de frusques.

— Sympa tes encouragements. J'avais certaines obligations aujourd'hui, mais peut être que je devrais plutôt t'accompagner pour visiter la fac ?

— Non, non, ça va, s’empressa-t-elle de répondre, je préfère autant rester loin de toi : que tu sois habillé comme un ado attardé ou pas d'ailleurs. Je n'ai aucune envie de m'afficher comme la fille du shérif sans vouloir te vexer.

— Non, je comprends. Même si j'ai souvent du mal à l'admettre, je sais que tu as grandi, mais tu as quand même intérêt à me tenir au courant dès que tu as fini ! Et si tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésites surtout pas à appeler Julia.

Elle descendit de sa voiture pour rejoindre l'arrêt de bus.

— T'inquiète, tout se passera bien. Ce n'est qu'une petite visite.

Elle fila à toute vitesse, enjouée par la journée à venir.

En arrivant au poste, Chris vit Kate qui arrivait en même temps, elle aussi habillée différemment pour se fondre dans le paysage.

— Eh bien Chris, tu as rajeuni de dix ans ! le taquina-t-elle avec un sourire éclatant.

Chris répondit avec un clin d'œil.

— Trop vieux, trop jeune... faudrait savoir ce que vous voulez, mesdames.

Julia, qui passait par là, les rejoignit. Elle salua chaleureusement Kate, avant de tourner son attention vers Chris.

— Alors, vous en êtes là, tu salues Kate avant moi désormais ? S'offusqua-t-il en feignant la jalousie.

— La jalousie est un vilain défaut, Chris, dit Kate avec malice.

Julia regarda Chris de la tête aux pieds avant de pouffer de rire.

— Pourquoi cet accoutrement, Chris ?

— Pour une affaire.

Il expliqua succinctement la situation à Julia.

— Une infiltration en quelque sorte alors, conclut Julia, ça doit faire une paie que tu n'as pas effectué ce genre de mission. D'habitude tu vas pas sur le terrain... En tout cas, je compte sur toi Kate pour veiller sur notre ami commun.

— Tu peux compter sur moi.

— Tu vas vraiment finir par me vexer Julia. J'accompagne Kate pour évaluer la situation moi-même. Et puis, pourquoi ce serait pas moi qui devrais veiller sur elle, d'abord ?

— Parce que pour le moment, c'est elle qui te botte les fesses.

Chris regarda Kate avec un air faussement indigné.

— Tu as osé me faire ça ?!

— Je t'assure que c'est pas moi. J'y ai bien pensé mais j'ai pas voulu te vexer.

— Alors tu as eu pitié de moi ? Je crois que c'est encore pire...

Julia ne put s'empêcher de rire.

— C'est Sunshine qui m'a envoyé un texto hier soir, avec un supplément photo. On a bien ri avec Cooper.

— Trahi par la chaire de ma chaire.

— Si tu veux, je ferai semblant de perdre devant Sunshine la prochaine fois afin que tu retrouves un peu de dignité, en rajouta Kate, taquine.

— Je la regagnerai tout seul, tu verras.

Alors que Julia s'éloignait, Chris et Kate prirent une voiture banalisée pour se rendre dans les quartiers. Le lieu était animé, apportant de la vie au sein d’un environnement miséreux. Ils se faufilèrent dans un immeuble délabré, l'odeur de la poussière et de la moisissure agressant leurs sens. En arrivant tout en haut, ils trouvèrent la porte fermée à clé. Kate sortit de sa poche du matériel pour crocheter la serrure. Chris observa, impressionné par ses talents peu communs.

— Tu es pleine de surprises, dit-il, admiratif.

— Et tu n'as encore rien vu, il faut savoir être paré à tout.

— Quelle modestie.

— On ne peut pas tous être parfaits, shérif, répondit-elle avec un clin d'œil.

— Hey, j'ai aussi quelques talents, s'offusqua-t-il.

— J'aimerais bien voir ça, dit-elle avec amusement et une pointe de séduction dans la voix.

Après cette interlude légère, ils se mirent en position dans une attitude plus professionnelle. Observant en silence toute la journée l'activité du quartier, et prenant des notes pour l'enquête. Ils remarquèrent des trafics de drogue, mais ce n'était pas là ce qu'ils cherchaient. Kate ne repéra rien d'autres de particulier, il leur faudrait être patient. Le soleil descendait lentement à l'horizon.

— Ça risque d'être long. Tu serais sans doute plus utile ailleurs, dit Kate en s’adressant à Chris.

Elle avait raison. Chris en avait conscience. En tant que shérif, sa place était ailleurs. Toutefois, il ne pouvait s'empêcher de penser à Sophia et il ne pouvait se résoudre à prendre le risque de la laisser travailler en solo.

— Tu as raison, mais c'est important que tu aies quelqu'un pour te couvrir.

Kate soupira légèrement, un peu agacée par ce qu'elle interprétait comme un manque de confiance. — Je survivrai sans problème, j'ai pas besoin de baby-sitter.

— C'est non négociable, trancha Chris sur un ton auquel Kate n’était pas habituée.

Son regard était intransigeant, mais elle pouvait aussi y lire une pointe de tristesse. La même que quand il avait repris Julia. Elle n’insista pas.

— D'accord, mais je veux choisir mon partenaire. Il est hors de question de faire foirer cette enquête. Il faut quelqu'un capable de se fondre dans le paysage et de garder son sang-froid.

Chris fit quelques suggestions, et Kate décida de travailler avec Max. Elle reviendrait avec lui les prochains jours. Cette période d'observation risquait de durer des semaines.

Alors qu'ils quittaient l'immeuble, Kate se tourna vers Chris, surprenant ce dernier qui manqua lui rentrer dedans.

— Je sais que je suis pas toujours facile, et je suis pas du genre à garder pour moi ce que je pense. J'imagine que tu as dû lire mon dossier de toute façon... En tout cas, je tenais à te remercier pour la façon dont toi et l'équipe m'avez accueilli.

Il prit une voix plus chaleureuse qu'habituellement.

— Tu as mérité cet accueil, plus les gens apprennent à te connaître, et plus ils t'apprécient. Même si ton arrivée a été compliquée parce que comme tu le sais tu es venue remplacer une personne qui comptait pour chacun d'entre nous, je suis heureux que ce soit toi qui soit venue. Je suis content de pouvoir travailler avec toi.

Kate sourit en détournant le regard, visiblement touchée par cet aveux avant de rejoindre leur véhicule ensemble. Sur la route du retour, Kate demanda à Chris s'il était toujours d'accord pour la virée en moto.

— Avec plaisir ! Sunshine doit repartir ce weekend, alors si tu es libre ?

— Ça me va. À quelle heure et où je passe te chercher ?

— Disons 18 heures dimanche. Dis-moi ce qui t'arrange et je viendrai où tu me diras.

— En fait, donne-moi plutôt ton adresse et je passerai te chercher chez toi. Au moins si j'ai du retard je t'entendrais pas râler.

Chris s’amusa de sa remarque.

***

Kate arriva chez Chris le dimanche à 18h00 pile. Le temps était ensoleillé, parfait pour une balade à moto. Chris l'attendait sur le perron, confortablement installé dans l'un de ses fauteuils extérieurs, un livre à la main. Lorsqu'il entendit le bruit du moteur, il leva les yeux et sourit en voyant Kate approcher.

Elle coupa le contact et descendit aussitôt de sa moto. Elle retira son casque, libérant sa tignasse brune au vent, et regarda autour d'elle, prenant un moment pour apprécier le calme environnant. Chris habitait une belle maison en bois au milieu d'un écrin de verdure un peu à l'écart de la ville, contrastant avec l'animation constante de celle-ci. Elle ferma les yeux un instant, inspirant profondément l'air frais, puis rouvrit ses grands yeux verts sur Chris.

— Tu t'es trouvé un p'tit coin de paradis ici. J'aime beaucoup.

— Merci. J'avoue, c'est mon paradis à moi. J'aime la tranquillité même si c'est un peu loin de tout ici.

Il regarda autour de lui les immenses arbres et le lac devant sa maison.

— Peut-être préférerais-tu rester ici et profiter du calme.

— Une prochaine fois avec joie. Aujourd'hui on a dit balade en moto et je tiens toujours mes promesses ! Tu es prêt ? lança-t-elle en lui tendant un casque.

— J'attends ça depuis des jours.

Chris monta derrière Kate, ses bras entourant instinctivement sa taille pour se poser sur le réservoir de la moto. Kate accéléra subitement, la moto rugissant. La surprise amena Chris à resserrer ses bras autour de Kate, son cœur battant un peu plus fort. Il n'était pas sûr à cet instant de savoir si c'était dû à la vitesse, ou à ce contact imprévu, mais l'adrénaline coulait dans ses veines.

La route serpentait à travers des paysages époustouflants, les menant au sommet d'une montagne offrant une vue imprenable. Kate arrêta la moto. Ils se posèrent sur un rocher non loin pour admirer la vue. Elle sortit deux bières de son sac puis, en tendit une à Chris.

— C'est magnifique ici, dit-il en contemplant le panorama, les couleurs du coucher de soleil se reflétant dans ses yeux.

— Oui, acquiesça Kate en ouvrant sa bière.

— J'aime conduire ma moto et trouver des endroits un peu reculer pour admirer les couchers de soleil. J'ai trouvé cet endroit il n'y a pas longtemps. La vitesse me procure un sentiment de liberté qui contraste avec le calme de ce paysage. C'est ma drogue à moi.

Chris prit une gorgée de sa bière, la regardant avec une curiosité sincère.

— Pourquoi m'amener ici et me dire tout ça ?

Kate réfléchit un instant, ses yeux fixant l'horizon avant de se tourner vers lui.

— Tu m'as dit que c'était important de pouvoir se faire confiance entre partenaires. J'ai trouvé ça très juste, alors je te partage un peu de moi, expliqua-t-elle en le regardant droit dans les yeux, mon partenaire, c'est toi pour l'instant. J'ai envie qu'on puisse se faire confiance.

Chris sourit, touché par sa franchise.

— J'apprécie ça, Kate. Vraiment.

Ils passèrent le reste de la soirée à discuter, partageant des anecdotes et apprenant à mieux se connaître. Chris raconta des histoires de son passé, tandis que Kate partageait des moments marquants de ses missions. Tout semblait simple et naturel entre eux, et leurs éclats de rire résonnaient dans la montagne.

Après avoir regarder ensemble la nuit tomber, ils reprirent la route. En arrivant chez Chris, les étoiles brillaient haut dans le ciel, et seul les bruits de la nature brisaient le silence environnant. En descendant de la moto, Chris retira son casque, ses cheveux légèrement en désordre, et observa Kate qui se préparait à partir.

— Attends, dit-il doucement,  et si tu restais un peu ? On pourrait regarder un match de hockey ? J'ai un peu de retard. Ou on peut se mater un film, à moins que tu préfères te poser dehors pour observer les étoiles?

— Les trois propositions me semblent intéressantes, mais je ne voudrais pas m'imposer. Il se fait déjà tard.

— Ça me fait plaisir, sinon je ne te le proposerais pas. Julia vient régulièrement regarder les matchs à la maison, et j'ai de la bière et du whisky !

— Tu sais toujours trouver les bon mots on dirait.

— Et ne t'inquiète pas, tu peux dormir ici ce soir. J'ai une chambre d'amis.

— Va pour un match de hockey. Si ça te fait tant plaisir, mais il va falloir que tu m'expliques les règles, car je n'y connais vraiment pas grand-chose.

Chris l'entraîna à l'intérieur de la maison où Kate pris place confortablement sur le canapé devant la télé. Ils passèrent la soirée ensemble dans une ambiance décontractée, renforçant leur complicité.

Lorsque le match pris fin, Kate prit finalement la décision de rentrer.

— Tu es sûre que tu veux pas rester dormir ici ?

— Nan. Si je reste, j’ai comme l’impression qu’on va continuer à parler toute la nuit.

— Mmh, pas faux. C’est juste que je serai plus rassuré que tu reprennes pas la route maintenant.

— T’inquiète pas pour moi. Je suis pas fatiguée et j’ai fait attention à boire que de l’eau.

— Si tu le dis. Envoie-moi un message en rentrant, juste pour me prévenir que tu es bien arrivée.

— Oui patron.

Alors que Kate s’éloignait vers sa moto, elle se retourna vers Chris.

— J’allais oublier. Demain matin, on commence l'entraînement. C'est important de bien savoir se battre, mais aussi de bien connaître les capacités de son partenaire. Pour moi, comme pour toi.

Chris acquiesça.

— D'accord. À quelle heure ?

— Disons 6h30, répondit-elle avec un brin de provocation.

— 6h30 ? Tu es sérieuse ?

Kate rit doucement.

— Absolument. Allez, bonne nuit, shérif.

Elle offrit à Chris son plus beau sourire avant d'enfiler son casque. Il répondit avec un sourire sincère. Dans le fond elle n'avait pas tort. lui non plus n'avait pas sommeil en sa présence, et ils auraient certainement poursuivis leurs échanges jusqu'aux premières lueurs du jours si elle ne se décidait pas à partir maintenant. Au-delà du respect et de la confiance professionnelle qui se forgeaient entre eux, une amitié sincère commençait à se tisser.

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