Aux abords de la Namia, non loin de Lumisa, la forêt de Lyphillia étendait son écrin sombre. Les saccyls y veillaient, figés à l’image de sentinelles oubliées. Entre leurs troncs, les brumes glissaient en filaments pâles, masquant des statuettes runiques que seuls quelques éclats de soleil osaient dévoiler. Les sentiers, rares et tordus, vibraient d’une lueur bleue émise par des champignons phosphorescents. Le vent, lui, soufflait des avertissements qu'uniquement les avisés discernaient.
Un cri déchira cette tranquillité enclavée.
Tapie entre les arbres, une jeune fille était accroupie, le regard perdu. Ses yeux verts, d’ordinaire vifs, fixaient vaguement un point invisible. Ses sourcils froncés et sa mâchoire crispée trahissaient un chaos intérieur : frustration, fatigue, colère contenue. Pourtant, une étincelle subsistait. Elle refusait de céder.
— Je t’en conjure… retrouve-moi.
Elle se redressa. Ses jambes tremblaient, ses blessures la brûlaient. Chaque respiration tirait un nouveau gémissement de son corps. Sa volonté ignora cependant son être brisé de fatigue. Ses bras se levèrent. L’air vibra. L’éther répondit à son appel, une lumière timide naissant au creux de ses mains. Le rituel la réclamait, avide de ce qui lui restait. Elle ne reculerait pas.
Elle inspira, força son souffle à se stabiliser malgré sa douleur. Des volutes de lumière noire jaillirent entre ses doigts et serpentèrent autour d’elle. Ses murmures invoquèrent des mots trop anciens, une incantation pesante, prononcée en sala. Sa lueur vacillait déjà, rongée par sa force déclinante. D’un cri qui lui arracha la gorge, elle repoussa sa souffrance et lança sa magie contre le sol.
Le tracé d’un portail se forma, hésitant. Il se dissipa aussitôt, balayé telle une illusion fragile.
Elle chancela. Le contrecoup la frappa de plein fouet, mais elle refusa de tomber. Tenir. Encore. Ce portail était sa seule chance de rentrer. Elle ne l’abandonnerait pas.
— Syae !
Dans un dernier sursaut, elle rassembla l’once d’énergie stellaire qui ondulait en elle. Des éclairs noirs jaillirent de sa peau, grésillant autour d’elle comme des chaînes prêtes à se rompre. La magie se condensa, puis éclata en un nuage d’étincelles, fuyant avec ses dernières forces.
Elle s’effondra. Inerte.
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Après de longs jours perdus dans l’inconscience, elle revint à elle. Lentement. Son corps meurtri la rappela aussitôt à la douleur. Quand ses paupières lourdes s’ouvrirent enfin, une lumière douce filtra à travers la canopée. Elle révéla la pâleur de sa peau, un éclat étrange sur son visage encore tiré. Ses yeux émeraude retrouvèrent leur profondeur mystique, une vibration de magie prête à renaître. Appuyée contre le tronc rugueux d’un vieux saccyl, elle sentit une énergie timide refluer dans ses veines. Devant elle, un feu crépitait, répandant une chaleur bienvenue dans l’air froid de la forêt.
— Doucement…
La voix était douce, aussi chaleureuse que ce feu de camp.
Un homme, assis près des flammes, leva les mains dans un geste apaisant. Il la fixait avec une prudence mesurée, conscient de ce qu’elle était. Sa large cape couvrait sa carrure solide, dissimulant une présence plus aguerrie qu’il ne voulait le montrer.
Malsom possédait la gravité silencieuse de ceux que la vie avait éprouvés. Cinquantenaire marqué par les vents marins, la peau tannée, les traits tirés. Ses yeux luisaient tels des phares dans la nuit solitaire. Sa barbe poivre et sel, soigneusement entretenue, lui donnait des airs de vieux maraudeur. Tout en lui respirait la prudence et l’expérience face aux rencontres imprévues. Rien ne l’avait pourtant préparé à ce qu’elle vivait à ce moment-là.
D’un réflexe vif, elle inspecta les alentours. Un châle duveteux couvrait ses épaules. Ses mains s’illuminèrent aussitôt d’une aura noire, scintillante, prête à frapper.
— Je ne te veux aucun mal, Astromancienne, dit-il sans élever la voix. Pardonne-moi de t’avoir déplacée… Tu ne serais pas restée en vie, laissée ainsi.
— Qui es-tu ? demanda-t-elle, la voix râpeuse, déjà tranchante.
Sans se presser, il farfouilla à l'intérieur de son sac et en sortit un carnet usé. Certaines pages, couvertes d’étoiles minutieusement dessinées, parlaient d’heures passées à scruter la mystérieuse inconnue.
— On m’appelle Malsom. Voyageur, chercheur de terres oubliées. J’ai reconnu le tatouage que tu portes dans le dos. Et je…
— Malsom, répéta-t-elle en le coupant. Tu voyages seul ?
Il soutint son regard sans flancher. L’éclat menaçant dans les yeux de la jeune fille vibra, suspendu à sa réponse.
— Je suis né à Ocanya, un archipel du Sud. C’est la première fois que je m’aventure si loin dans ces contrées. Et si l’on m’avait dit un jour que je croiserais une Astromancienne…
Elle resta silencieuse, l’observant, jaugeant chaque mot. Il comprit qu’elle exigeait la vérité.
— Oui, je suis seul, admit-il. Cette forêt… j’en ai sous-estimé les pièges.
— Tu t’es perdu, conclut-elle, un mince sourire brisant enfin sa méfiance.
Elle tenta de se relever, mais ses jambes tremblèrent aussitôt. Son regard accrocha un morceau de falkos grillé, doré par les flammes. Une note d’amusement, fragile, glissa alors dans ses pensées.
— Ton sac, dit-elle en tendant la main.
Il le lui apporta avec précaution. Elle l’accepta d’un remerciement rapide et fouilla dedans, sûre d’elle.
— Cette viande sera immangeable sans keliato. Tu en as ? Broyé ou saupoudré, crois-moi, ça sauvera ton repas.
Malsom éclata d’un rire franc, sincèrement amusé.
— Je le savais. Aujourd’hui est vraiment mon jour de chance.
Les yeux brillants, Malsom absorbait chacune de ses paroles avec l’avidité d’un homme qui touche enfin à l’inconnu. Il notait tout, griffonnant dans son vieux carnet. Les mots de la jeune fille étaient des fragments de vérité trop précieux pour être perdus. Dans la bulle fragile créée par la danse du feu, une complicité prenait doucement forme.
— Et si nous parlions un peu de toi ? proposa-t-il, une lueur naïve dans le regard.
L’Astromancienne leva vers lui un regard tranchant. Elle savourait lentement sa part de falkos, sans se presser, pesant le sens exact de sa question.
— Je… je voulais simplement mieux comprendre, reprit-il. Chez moi, à Ocanya, les Astromanciens tiennent du mythe. Nous vivons loin des courants éthérés, de vos guerres, de vos rituels… On ne fait que chuchoter votre existence.
Il détourna brièvement les yeux, gêné par sa propre franchise.
Elle soupira.
— Très bien. Je répondrai comme je le pourrai. Après tout, tu m’as évité une fin misérable. Mais avant cela… combien de temps suis-je restée inconsciente ?
Malsom porta sa gourde à ses lèvres, hésita une seconde.
— Quatre jours. Peut-être un peu plus. Honnêtement, j’ai cru que tu ne respirais plus quand je t’ai trouvée. Tu étais figée là, devant cet arbre… pâle comme une lune morte.
Un silence dense retomba entre eux. Puis la question qu’il retenait depuis le début finit par franchir ses lèvres.
— Tu… tu sors d’un affrontement, n’est-ce pas ?
Elle s’essuya la bouche du bout des doigts.
— On peut le dire, oui.
Ses yeux se plantèrent dans les siens.
— Va jusqu’au bout de ta curiosité, Malsom… quelle vision as-tu d'une Astromancienne ?
Il redressa le menton avant d’énoncer une vérité apprise depuis l’enfance.
— Vous êtes les bénis des Étoiles. Les seuls capables de lire et de manier la magie Astrale. Des êtres à part. On dit que vous êtes nimbés de lumière, protecteurs des peuples, gardiens d’un monde qui nous échappe. Les remparts contre les malédictions, les démons… et toutes les ténèbres qui rôdent.
Il marqua un temps.
— Je devrais peut-être… vous vouvoyer ? Est-ce que je manque de respect ?
Elle secoua la tête, doucement.
— Tu n’as pas tout faux. Mais ta vision transpire l’idéalisme. Tous les Astromanciens ne protègent pas les Tarrys. Certains vous considèrent comme un poids… des êtres faibles qui souillent un monde qu’ils estiment n’être qu’à eux.
Une aura noire se déploya autour d’elle, lourde, sinueuse, prête à se rompre. Même affaiblie, elle irradiait une puissance que Malsom n’avait fait jusque-là qu’imaginer. Il se redressa d’un bond, avant de s’incliner par réflexe.
Elle ne le menaçait plus. Elle testait ses mots, leur portée.
— Malsom, dit-elle. Tu as attiré mon attention. Assez pour que je t’accorde un fragment de vérité. Tu as raison sur bien des points… mais ce que tu sais est insuffisant.
Pour alléger l’atmosphère, il fouilla dans sa sacoche et en sortit un petit fruit rouge, un so encore intact. Il le tendit, maladroit. Une offrande de confiance.
— Alors dis-moi… Quelle est ta Constellation ? Et ton nom ?
Elle prit le fruit. Son regard se ferma, redevenant un abîme sans prise.
— Hélas… tu n’en sauras rien.
— Pourquoi ? demanda-t-il, la voix basse. Je ne veux rien de mal. Je te l’ai dit, je voudrais seulement… comprendre celle que j’ai devant moi.
Elle le fixa longuement, les yeux capturant les reflets du feu.
— Quand je dis que tu es digne d’intérêt, Malsom… cela signifie que je choisis de préserver ta vie. De ne pas y mêler la mienne. Considère que cette rencontre n’a jamais existé.
Il baissa les yeux, déçu mais lucide. Ce savoir-là n’était pas pour lui.
— Soit.
Leur conversation glissa vers un ton plus calme, recentrée sur les vertus des plantes locales. Elle, si insaisissable lorsqu’il s’agissait d’elle, devenait intarissable dès qu’était évoquée la flore de Lyphillia. Son savoir précis fascinait Malsom. Il notait tout, appliqué, les pages de son carnet se remplissant d’une culture effacée que seule elle semblait encore porter.
Quand sa force fut suffisante, elle lui proposa de l’accompagner pour une courte exploration. Un geste rare, né peut-être de la gratitude ou d’un besoin instinctif de transmettre avant de disparaître à nouveau. Lyphillia dévoila alors ses secrets : clairières enchantées, espèces botaniques uniques, mais aussi vestiges anciens, statues rongées par la mousse et gravées de runes que seul le temps semblait encore respecter. Certaines vibraient faiblement, détentrices de la même magie stellaire des Astromanciens. Elles sommeillaient là, prêtes à s’éveiller au moindre de leur appel.
Malsom marchait à ses côtés, incapable de chasser une question obsédante : quel danger pouvait pousser un être comme elle à se réfugier dans cette forêt ? Il n’osa pas la poser, de peur d’écorcher la fragile harmonie installée entre eux. Elle, de son côté, esquivait chaque allusion au péril qui la pourchassait.
Quand le soleil s’inclina, teintant la canopée de cuivre, ils regagnèrent le campement. Le feu reprit vie, projetant des formes mouvantes sur les troncs. Les étincelles s’élevaient dans l’air frais, happées vers le ciel pour rejoindre leurs sœurs étoilées.
— Je suppose qu’il est temps, dit Malsom d’une voix un peu rauque.
— Oui. La nuit appartient à ceux qui savent s’y fondre.
Il hésita, puis céda à son dernier élan de curiosité.
— Puis-je te poser une dernière question ?
Elle sourit, l’invitant à parler.
— J’aimerais voir ta magie. Celle des Étoiles. Je sais que tu peux faire bien plus que ces éclairs noirs. Montre-moi… la vraie nature de ton art.
Elle resta silencieuse, son regard s’adoucissant légèrement. Il avait été sincère, patient. Humain. Un souffle de tendresse muette traversa ses yeux avant qu’elle n’incline la tête.
— Alors observe. Voir est parfois plus facile que comprendre. Considère ce sort comme mon adieu.
Ses yeux perdirent leur éclat d’émeraude, noyés dans une lumière intérieure. Elle entama une incantation en une langue qui ne survivait plus que dans la mémoire des Astromanciens de son Clan. Un cercle de givre noir se forma autour d’elle, englobant le feu de camp qui se figea net, suspendu dans une stase irréelle. Des flocons sombres tombèrent en silence pour former un hiver d’encre déployé dans une nuit sans fin.
Elle souffla sur ses paumes glacées, la buée se dispersant en filaments noirs, puis s’approcha. Malsom, pétrifié dans une gangue cristalline, la regardait avec une expression émerveillée, capturée au moment même où la magie avait pris forme. Elle posa ses lèvres sur la glace, y déposa un léger baiser, puis appliqua doucement sa main. L’aventurier glissa instantanément dans un sommeil profond, prisonnier éphémère de ce glacis d’Étoiles éteintes.
— Merci pour ce moment de répit.
Elle se tourna vers son sac. Elle l’inspecta un instant avant de retrouver son carnet et ses pages remplies de notes soigneuses. Elle les parcourut jusqu’à tomber sur celle qui reproduisait son tatouage, tracée avec une précision presque insolente. Elle s’immobilisa. Puis, sans hésiter, elle arracha la page, la tint entre ses doigts et murmura une formule courte. Le papier se désagrégea en cendres.
Elle s’inclina devant l’homme endormi, un geste empreint de respect. Une part d’elle aurait voulu le mener jusqu’à l’alchimiste qui lui avait appris les secrets des herbes et des infusions. Mais l’urgence d’effacer toute trace de son passage l’emporta.
Après s’être éloignée du camp, la jeune fille s’immobilisa. Les yeux levés vers les cimes, elle sentit la présence avant même de l’entendre. Un bruissement glissant de branche en branche, une ombre vivante. L’air s’alourdissait alors d’une tension sourde, prête à éclater.
Elle reprit sa marche, lente.
— Finissons-en, veux-tu ? dit-elle calmement, sans se retourner.
Une silhouette jaillit alors des hauteurs, bondissant entre les feuillages pour retomber, souple et féline, juste devant elle. Une femme. Élancée, drapée d’une robe noire parcourue de runes incandescentes dont les pulsations trahissaient une magie dangereuse, parfaitement maîtrisée.
— Qui es-tu ? Et pourquoi me suivre à travers cette forêt ? lança l’Astromancienne.
L’intruse inclina légèrement la tête. Ses yeux, deux braises entourées d’un éclat ardent, la détaillaient sans ciller.
— Sally, disciple du Cercle, murmura-t-elle. Je ne pensais pas être la première à retrouver l’une des Elsan. On disait ta magie déclinante… Il faut croire que les rumeurs étaient fondées.
Les filaments rouges et noirs qui couraient sur sa robe vibraient d'une force oppressante. Ses cheveux sombres, des serpents hypnotiques, flottaient, renforçant son aura de sorcière venue d’un autre âge.
— Le Cercle… répéta l’Astromancienne, pensive. Tu sais pourtant quel sort attend les tiens.
Un sourire acéré étira les lèvres de Sally.
— Je doute qu’un être privé de la bénédiction de ses Étoiles puisse me faire trembler. Le Cercle exige ta soumission, sans condition. Nous voulons surtout savoir où tu l’as cachée. Jusqu'à maintenant, tu as toujours réussi à nous échapper. Il est grand temps pour nous de mettre la main sur ce qui nous revient.
La jeune fille resta impassible.
— Penses-tu vraiment qu’une Elsan confierait ses secrets aussi aisément ?
Sally soupira, faussement déçue.
— Je m’en doutais. J’espérais naïvement que tu prendrais cette conversation comme une invitation… amicale. Que tu te rendrais sans créer d’ennuis.
Son sourire se raffermit.
— Visiblement, tu préfères ne pas me répondre gentiment.
D’un geste vif, Sally traça des motifs écarlates dans l’air. Les symboles s’illuminèrent aussitôt, s’embrasant pour former un cercle de flammes. Une salve de lames brûlantes jaillit autour d’elle, prêtes à lacérer l’espace.
L’Astromancienne fit apparaître un bouclier d’ombre, un dôme noir qui encaissa leur impact dans un grondement sourd. Elle répondit immédiatement : des cercles de givre explosèrent depuis ses paumes, fendant l’air de disques de glace sculptée.
Le duel éclata dans une décharge de magie brute. Sort contre sort. Feu dévorant contre glace nocturne. Les éclats cristallins se mêlaient aux gerbes écarlates, transformant la clairière en un champ d’incantations croisées. Les traits tirés, la respiration courte, l’Astromancienne bougeait avec une précision instinctive. Chaque geste cherchait l’ouverture, la faille.
Sally, souple et insaisissable, esquivait les pics de glace chargés d’éclairs noirs. Elle virevoltait avec une élégance enflammée, tel un prédateur amusé.
— Je me demande encore comment tu lis des Étoiles qui t’ignorent ! ricana-t-elle. Ce ne sont pas tes miettes de magie qui me feront tomber !
Elle bondit d’un mouvement fulgurant, traversant la barrière d’ombre comme si elle avait été faite de fumée. En un souffle, elle fut si proche que sa chaleur incandescente lécha la peau de sa rivale.
L’Astromancienne recula, rassemblant son pouvoir en un geste unique. Le sol vibra sous leurs pieds ; un pilier de glace jaillit brusquement, tentant de projeter Sally au loin.
Sally esquiva d’un roulé gracieux. Elle retomba souplement. Ses yeux flamboyaient d’une fureur naissante. Elle n’avait pas prévu une contre-attaque aussi violente. Profitant de son infime hésitation, l’Astromancienne invoqua un éclair noir qui crépita dans l’air avant d’exploser, forçant Sally à reculer de plusieurs pas.
La distance fut rétablie.
— La prochaine fois, c’est moi qui te surprendrai, lança l’Astromancienne d’une voix basse.
Sally recula encore, un sourire venimeux étirant ses lèvres. Un mince filet de sang glissa de sa bouche parfaite, preuve silencieuse de l’impact de leur affrontement.
— Je vois maintenant… Tu as renié la Voie de ton Clan. Le Cercle sera ravi de dévorer ton âme.
Un souffle de vent tourbillonna, soulevant les feuilles en spirale. Quand elles retombèrent, Sally avait disparu.
La jeune rescapée demeura seule, encerclée par les bruissements de Lyphillia. Elle porta une main à son front où une traînée de sang chaud glissait lentement, puis ferma les yeux, le temps d’un souffle fragile. Autrefois, les Étoiles lui murmuraient des voies à suivre, des vérités consolantes. Elles veillaient. Elles chantaient.
Cette nuit, elles n’étaient que silence. Un silence accusateur. Leur lumière semblait à présent lointaine et étrangère. Leur héritière n’était plus digne de les entendre.
Désormais, cette forêt n’était plus un refuge. Ce sanctuaire n’avait été qu’une halte, un sursis insignifiant. Elle avait espéré y achever le rituel, retrouver le chemin de son monde. Mais être découverte avant même d’invoquer le portail tant espéré révélait une réalité qu’elle fuyait : son pouvoir s’effritait. Ses réserves astrales se vidaient trop vite. Beaucoup trop vite.
Le temps n’était plus un allié. Il était devenu une ombre chasseresse. Elle n’avait plus le luxe de se cacher.
— Tout ce dont j’ai besoin est sûrement à Lumisa.
Sa main pressée contre sa plaie, elle reprit la route, quittant les ondes brumeuses de Lyphillia. Le vent glissa entre les branches pour lui murmurer un dernier salut. Au loin, les premières lueurs de la ville perçaient l’obscurité.
La capitale l’attendait.
Et dans l’air froid, quelques papillons de lumière astrale s’élevèrent, dessinant devant elle un chemin frémissant. Ils n’étaient peut-être pas des Étoiles. Mais, eux, lui ouvraient toujours un portail de sortie.