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♪ Cauchemar Étoilé ♪

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Par Syanelys

Je suis happée par un flou indéfinissable… Une lumière bleutée m’envahit, trop intense, si brillante qu’elle dissout les contours du monde. Un bourdonnement grave emplit l’air, avale les voix, écrase les sons, les plonge dans une matière opaque. J’essaie de comprendre, de m’accrocher à quelque chose, mais je me perds déjà. Mon corps se détache de moi, ma pensée se disperse.

Je dérive dans une brume incertaine, entre rêve lucide et cauchemar sans issues. Tout se délite autour de moi. Ce que je perçois reste familier et étranger à la fois, une réalité instable qui me serre et m’étouffe peu à peu.

Cette nuit-là encore, le sommeil se referma sur Kayla avec la brutalité d’un piège. L’horreur l’attendait, fidèle à sa place, prête à lui imposer sa loi. Des ombres sans forme l’enserraient, lentes, patientes, tissant leur filet autour d’elle. Certaines nuitées, les mêmes visions revenaient, obstinées, infligeant à son esprit fatigué une peine qu’elle ne comprenait pas.

Allongée sur le lit, elle se tordait sous les draps. Ils glissaient autour de ses jambes tendues, s’enroulaient sur sa peau moite, reflets obscurs de la nuit qui la maintenait prisonnière. Une sueur tiède perlait déjà le long de son front, née d’une fièvre qui n’appartenait à aucun réveil. Dans sa tête, les images prenaient forme, trop nettes pour n’être que des rêves. Plus elles s’imposaient, plus son être les refusait. Son inconscient mettait au jour une part de son passé, un souvenir dont elle ignorait tout, mais qu’elle aurait voulu repousser au plus profond d’elle-même.

Un conflit silencieux déchirait son esprit : sa volonté contre l’emprise du cauchemar. Elle ne voulait rien voir, rien sentir. Son corps continuait de lui échapper. Ses pieds quittèrent le matelas inconsciemment. Elle s’éleva, suspendue entre deux réalités. Le monde réel se dissipait, avalé par la brume mouvante du songe infernal. Kayla se laissait flotter, irrésistiblement attirée par un lointain sans traces, mais qu’une peur viscérale lui interdisait d’approcher.

Deux ombres se font face, séparées par un vide angoissant. Aucun mot, aucun geste hostile. Rien d’autre qu’une tension brute et prête à rompre. L’une de ces ombres, c’est moi. Pourtant, je me vois de l’extérieur, agenouillée, le corps plié sous un poids invisible. Ma tête est en feu. Elle m’ordonne de résister, de ne pas céder, de me relever.

Une lumière m’enveloppe, trop vive. Elle pulse en moi. La magie circule dans chaque fragment de ma chair, une présence étrangère qui m’habite sans se présenter. Je la sens. Je l’endure. Je ne la comprends pas.

Devant moi, il y a elle. Cette chose.

Cette entité drapée d’une toge noire constellée d’étoiles. Une toile astrale figée sur du textile vivant. Une ombre flottante qui s’isole de l’obscurité, muette et impassible. Là où je tremble, elle tient. Là où je brûle, elle demeure.

Je dois affronter l’autre présence qui me fait face. Cette certitude m’envahit, inflexible. Mais pourquoi ? Qui est-elle, cette silhouette sans visage ? Une réalité dissimulée ? Un éclat de moi que je refuse ? Ou l’écho de ce que je redoute d’être déjà devenue ?

Kayla redescendit lentement sur son lit, déposée par une gravité douce. Ses membres retrouvèrent les draps et, dans ce contact délicat, elle tenta de s’ancrer au réel. Elle entrouvrit les yeux. À travers les rideaux, les premières lueurs de l’aube filtraient, dessinant sur les murs une promesse de répit. Son court gémissement révélait encore la tempête qui grondait sous sa peau.

Elle essayait de reprendre son souffle et de ralentir sa respiration. L’accalmie ne dura pas. Le sommeil revint, plus lourd, plus profond, décidé à la reprendre. Il la captura avec la sérénité de l’inéluctable. Cette fois, Kayla n’eut plus la force de lutter. Ainsi, elle céda.

La jeune fille s’abandonna tout entière et glissa de nouveau dans l’étreinte sombre qu’elle connaissait trop bien. Sa volonté s’éteignit. Elle coula.

C’est un duel à mort. Cette vérité cachée enveloppe l’air d’un poids suffocant. La tension, insaisissable et lourde, se loge dans chaque mouvement entravé entre les deux silhouettes immobiles. Tout à coup, l’agressivité se dévoile, sauvage et évidente. Mon être, fragile écrin, recueille le choc en plein cœur. En moi, l’urgence résonne : je fais face à un danger absolu.

Et pourtant… je ne suis qu’une observatrice invisible. Prisonnière d’un corps figé, d’une conscience lucide, mais inutile. Je reste ancrée dans l’attente, témoin d’un affrontement qui me dépasse et qui, pourtant, m’appartient entièrement.

Impossible de détourner les yeux. Mon regard se fixe sur la magicienne, sur moi, qui mènera ce combat à ma place. Ou tombera à ma place. Et, moi, je reste là. Spectatrice d’un sort dont je suis la clef, incapable d’en briser les chaînes.

Les poings de Kayla se resserrèrent, réflexe primal d’un corps qui, dans son sommeil, rejetait toujours la défaite. Une lueur latente s’éveilla en elle, diffuse d’abord, puis plus affirmée. Elle s’éleva de nouveau. Cette fois, une lumière violacée la recouvrait, pulsant au rythme d’un cœur oublié qui retrouvait sa cadence.

Autour d’elle, une brise discrète se leva et effleura l’espace, guidée par cette force lumineuse en train de naître. Elle ne sentit ni le tissu contre sa peau ni les mèches que le vent soulevait en volutes légères. Son corps flottait, sans poids, suspendu dans une irréalité limpide.

Je dois attaquer. Me défendre. Réagir. Mais, je ne sais plus comment. Tout m’échappe. Ma fin approche. Je le sens, implacable, ce son funeste qui s’accroche à mon souffle. Il m’écrase. Le poids de l’échec se fixe sur ma poitrine, une pierre glacée qui m’empêche de respirer. Je n’ai jamais eu le choix. Une voix intérieure se fait entendre : cette issue ne pouvait être évitée.

Je me dissous. Mon être s’efface, se fond en une ombre avalée par ma propre lumière. Je perds ma forme, ma voix, ma substance. Je ne comprends plus rien. C’est cela, le plus terrible : ce vertige sans nom, cette chute que je vois, mais que je ne peux pas arrêter.

Puis, lentement, la même révélation me transperce.

L’entité en face de moi… cette silhouette noire parée d’étoiles qui ne m’est toujours pas étrangère. C’est moi. Une version inversée. Un reflet obscur. Un ciel renversé. Une constellation façonnée à mon image, mais qui m’échappe entièrement. Dans ce cauchemar, il y a deux ombres. L’une d’elles, indéniablement, c’est moi.

La lumière jaillit. Elle éclate, aussi brûlante que pure. Une vague sacrée fend le vide entre nous, nous repousse, nous sépare. Ce n’est plus ma magie — non. C’est une force née des étoiles elles-mêmes. Elles percent l’obscurité, scintillent vivement, murmurent leur langage. Je vois deux constellations jumelles, un même ciel dédoublé, divisé en deux répliques de moi.

Je lis les étoiles de ma constellation. Elles me parlent, me guident, me reconnaissent. Mais pas les siennes. Celles de l’ombre se taisent. Étrangères. Indéchiffrables. Gravées pourtant dans le même ciel que le mien.

Son corps, trempé de sueur, continua de s’élever jusqu’à frôler le plafond. Là, une Étoile d’un éclat aveuglant se forma, perdue dans le noir. Deux autres la rejoignirent, discrètes et hésitantes. Une quatrième jaillit, reliant les précédentes pour dessiner un quadrilatère aux lignes tremblées. Puis six points minuscules apparurent à leur tour, s’ordonnant en une géométrie parfaite.

Un papillon.

Un papillon d’Étoiles se déployait au-dessus d’elle, ses ailes de lumière battant contre le plafond sans jamais s’en détacher. Kayla se mit à trembler. Cette constellation, qu’elle ne parvenait jamais à voir éveillée, prenait vie lorsque son cauchemar approchait de son terme. Et, chaque nuit agitée, elle restait hors de portée. Une vérité inaccessible. Un secret refusé.

Je pense à ma mort et à ce qu’il restera de moi. Cette idée étrange m’a rendue résignée. La mort ne m’effraie plus. Cependant, je sais que ce n’est pas la fin. Je dois juste attendre, retrouver mes mots, les répéter. C’est mon sésame, mon échappatoire. Tout se déroule selon un rituel obsessionnel qui marque mes nuits.

Je vois mon reflet, traversé d’une force étrangère. Je dois parler à cette partie de moi-même, qui refuse de se nommer, pour qu’elle me sauve, comme toujours.

Alors, je le fais.

— « Je te retrouverai ! »

Tout s’effondre.

La douleur s’estompe, l’angoisse s’évanouit sous un éclat de lumière. Le cauchemar se déchire en silence. L’étau se desserre. Une paix fragile m’enveloppe.

Pour cette fois encore.

Le réveil fut brutal. Kayla ouvrit brusquement les yeux, encore sous le choc du rêve. Le papillon d’Étoiles avait disparu du plafond. Après un instant, elle réalisa qu’elle était éveillée. La fin d’une autre nuit hantée par le même cauchemar insondable.

Privée de ses souvenirs, Kayla s’était habituée aux visions étranges. Madame Qity lui avait dit que les mémoires perdues tentaient de se reconstruire. Kayla n’y croyait plus. Elle ne voulait plus comprendre, juste dormir. Sans images imprévues.

Elle se redressa lentement. Ses jambes étaient encore engourdies. Elle prit la plume rouge accrochée au calendrier floral, un cadeau de sa mentore. Il devait l’aider à retenir les dates importantes, mais maintenant, il ne servait plus qu’à noter ses mauvais rêves.

La date du 22 Sostes fut entourée d’un trait fin.

— Et de vingt-six, murmura-t-elle.

Un nombre probablement erroné. Elle n’avait pas compté depuis le début. Tracer ces cercles rouges lui offrait une prise et une manière de dominer sa peur.

— Plus de vingt-six, rectifia-t-elle.

Elle trouva le premier cercle. À côté, il y avait « Pourquoi maintenant ? » à la date du 17 Parrivit. Depuis des mois, elle revivait ce cauchemar, sans comprendre.

La plume glissa à nouveau dans l’encrier, laissant à la Kayla du futur le soin de résoudre l’énigme. Pourquoi maintenant ? La question la suivait depuis son étrange soirée au marché d’Esteval.

Elle se leva et chercha des vêtements. Elle avait besoin d’une douche, mais la faim prévalut. Elle trouva juste assez pour s’habiller. Les livres attendraient.

**************************

Kayla descendit les escaliers, l’estomac gargouillant, tandis que son corps traînait. Elle était sûre que Madame Qity était déjà en cuisine, suivant ses routines matinales. Aujourd’hui, Kayla souhaitait passer du temps avec elle.

— Oh, te voilà bien matinale.

Le sourire d’Illya l’accueillit, doux, imprégné du parfum de thé. Ses yeux brillaient d’une tendresse teintée d’inquiétude.

— Viens, ma chérie. Installe-toi.

Une tasse de thé chaud et des tartines dorées l’attendaient. Un petit-déjeuner simple, réconfortant, parfaitement ordonné.

— Que ça sent bon ! s'exclama Kayla, toute excitée.

Elle frotta ses mains, impatiente de commencer sa journée.

— Tu vas bien ? demanda Illya, remarquant sa pâleur et la sueur sur son front.

— Encore ce maudit cauchemar, soupira Kayla. J’en peux plus. Je vais peut-être accepter ta potion jaune. Elle semble sortir d’un marécage, mais je veux juste dormir.

Un sourire amusé passa dans les yeux d’Illya.

— Ou bien… on pourrait essayer une approche plus douce et traditionnelle.

Kayla secoua la tête, la bouche pleine.

— Pas urgent. Ce soir, je dormirai mieux qu’un bébé. Je ne veux pas qu’une mauvaise nuit gâche ton délicieux petit-déjeuner, Illyasviel. Tu peux compter sur mon amour éternel pour tes plats.

Quelques bouchées suffirent à faire revenir le sourire de Kayla. Le soleil filtrait à travers les rideaux et, malgré la fatigue, Kayla se sentit bien, comme si tout était normal.

Le regard d’Illya affirmait le contraire.

Une tension s’installait, troublant progressivement Kayla. La vieille dame l’observait attentivement.

— Quoi ? Tu n’aimes plus ma coupe de cheveux ? s’exclama Kayla. Pas de panique, je vais me changer et faire les courses. J’ai besoin d’air frais !

Elle tenta de remettre un peu de légèreté dans la pièce, d’effacer le malaise qu’elle ne comprenait pas. Ce n’était ni sa coiffure ni ses vêtements dépareillés qui l’expliquaient.

C’étaient ses yeux.

Les iris émeraude de Kayla avaient perdu leur éclat. Ses yeux étaient violets, avec des reflets de pourpre et de bleu. On y voyait une nébuleuse en mouvement.

Cette couleur, Illya la connaissait.

Elle l’avait déjà vue. Plusieurs fois. L’érudite savait ce que cela annonçait : à l’instant même, quelqu’un d’autre portait ce même regard. Exactement le même.

Son visage se ferma légèrement. Elle versa le reste du jus dans le verre de Kayla. La jeune fille but avidement, éloignant ainsi son inquiétude. Rien ne trahit l’inquiétude d’Illya, si ce n’est sa main qui trembla.

Repue, Kayla se leva, souriante.

— Je vais me doucher avant que tu me fasses boire une de tes infusions bizarres.

Elle partit en riant, légère, disparaissant dans le couloir sans sentir l’ombre qui venait de passer.

Illya resta seule, regardant son verre vide. Elle cherchait un signe ou une réponse. Elle savait déjà.

— J’espère que tu sais ce que tu fais, Ayako, chuchota-t-elle. Je ne pourrai pas cacher la vérité à Kayla encore longtemps.

La vieille alchimiste resta immobile, la main suspendue, avant de ranger l’assiette d’un geste lent. Son esprit était ailleurs.

Kayla n’aurait jamais dû vivre un second éveil forcé. Pas si tôt. Pas dans ces conditions. L’éclat dans ses yeux risquait d’attirer l’attention des Tarrys, si ce n’était pas déjà fait. Pour sa protégée, c’étaient seulement des cauchemars. Des contrecoups. Un symptôme de son amnésie. De simples illusions auxquelles son esprit blessé donnait trop de place.

Ces visions n’étaient pas inoffensives.

Elles contenaient une vérité que l’âme cherchait à rejeter. Des souvenirs trop lourds et trop chargés qui la briseraient si elle continuait de les affronter seule.

— Je me permets.

Kamye apparut soudainement, sautant sur une étagère vide. Ses yeux bleus brillaient de leur éclat habituel.

— Je suis désolé, Illya. Nous savions tous les deux que cela finirait ainsi.

Illya ne réagit pas, fixant sa tasse vide. Le silence persistait.

— Elle m’a appelé par mon prénom complet sans s’en rendre compte à son réveil…

Elle ferma vite les yeux qui rougissaient et fixa le félin avec détresse.

— J’ai vécu avec ce sursis pendant des années. Aujourd’hui, je suis impuissante, car j’ai perdu mes pouvoirs. Le Cercle va la retrouver et, à ce moment-là…

— Je la protègerai, coupa Kamye.

Son regard se porta sur son talisman, gravé d’inscriptions anciennes, symbole d’un serment éternel.

— Le clan Elsan te sera toujours redevable. Grâce à toi, nous avons gagné ce qu’il nous fallait : du temps. Du temps pour qu’elle grandisse. Pour qu’elle soit prête. Cette fois, nous réussirons. Je le crois.

Illya ferma les yeux. Son souffle trembla.

— M’enlever Kayla… ce serait m’arracher à toute envie d’avancer. Nous n’avons aucun lien de sang, et pourtant… je l’ai protégée. Cette petite… c’est une part de moi.

— Tu n’as rien à te reprocher, tu as été exceptionnelle. Ses sceaux faiblissent, Illya. Elle entre en résonance astrale, elle ne peut plus fuir. Kayla retrouve la Voie des Étoiles.

Un sanglot discret lui échappa.

— Elle refusera de se battre contre le Cercle. Kayla s’imagine toujours qu'elle me remplacera ici. Comment lui voler cela ?

— Illya… Ce que nous défendons…

— Je n’ai pas besoin que tu me dises quoi défendre. Je sais mieux que quiconque. J’ai tout donné pour cette cause.

Kamye se tut. Le chat savait que les mots ne soulageraient pas sa douleur.

— Laisse-moi, murmura-t-elle. Redeviens ce chat inoffensif que Kayla adore. Laisse-moi chérir les derniers moments simples qu’il me reste avec elle.

Le félin ferma lentement ses yeux clairs et poussa un miaulement. Il sauta de son perchoir et retomba avec délicatesse sur le vieux parquet.

Le Céleste du clan Elsan qu’il était, la rebelle du clan Qity qu’elle avait été, tous deux savaient ce que tout cela impliquait. Leur opposition retrouvait aujourd’hui toute sa force.

La frontière entre tendresse et devoir devait être rétablie. Un voile d’amertume assombrit l’atelier d’alchimie. Kamye et Illya avaient partagé plus que des silences : une complicité, des regards, des vérités, des blessures.

Ce chat, qui n’en était pas un, savait qu’il disparaîtrait lui aussi du quotidien de l'alchimiste.

**************************

L’eau chaude avait lavé les dernières traces de la nuit et dissipé son cauchemar. Ses pensées étaient plus claires. Kayla attacha un ruban dans ses cheveux. Elle regarda autour d’elle. Tout dans la maison était marqué par la présence d’Illya : une plante, un livre ouvert, des bocaux colorés.

Devant le miroir, elle fut troublée. Les mots de son double résonnaient encore en elle. Rêve ou souvenir ? Elle chercha en vain l’éclat violacé dans ses yeux, qui étaient redevenus verts.

Elle secoua la tête. D’autres jours viendraient pour percer les mystères des Étoiles. Aujourd’hui, elle voulait simplement vivre. Elle descendit l’escalier avec détermination, reprenant possession de son présent.

En entrant dans le hall, elle sentit une rupture. Illya semblait fatiguée et accablée, bougeant lentement. Elle rangeait des fioles, le visage pâle, les gestes hésitants. Kamye dormait, étendu, d’un calme étrange.

Un contraste s’imposa dans l’esprit de Kayla : la scène était sereine, mais cachait une réalité différente. Une vérité plus pesante et plus intime naquit dans sa poitrine, lui coupant de souffle.

Kayla se sentit oppressée. Elle hésita.

— Merci pour le petit-déjeuner. Et… pour tout le reste aussi. Tes conseils. Ta présence.

Illya sourit doucement, puis s’approcha et posa sa main chaude sur l’épaule de Kayla. Sa pression tendre exprimait toute son affection.

— C’est normal, ma chérie. Nous sommes une équipe. N’oublie jamais cela. Le monde peut sembler vaste et confus, mais tu n’es pas seule.

Kayla hocha la tête, touchée. Les paroles d’Illya l’apaisaient, adoucissaient ses incertitudes. Ses yeux étaient remplis d’une chaleur familière, ce qui l’avait aidée à se sentir chez elle dans cette maison.

Elle était prête. Prête à explorer Lumisa sans son passé, seulement avec son instinct. Les réponses l’attendaient.

Elle partit sans un mot. Un dernier regard avec Illya. Puis Kayla disparut dans la lumière froide d’une ville pluvieuse. Sa silhouette s’estompa, absorbée par le brouillard gris.

Illya resta interdite sur le pas de la porte, saisie par le silence. Des années à veiller Kayla… et voilà que la maison se vidait d’elle. Une lumière venait de s’éteindre.

Un poids s’abattit sur sa poitrine. Elle savait que ce jour arriverait, mais rien ne la préparait à cette morsure.

Son regard glissa sur le quotidien laissé derrière : les alambics, les fioles, les grimoires, le coussin près de la fenêtre où Kamye venait bouder. Chaque détail était imprégné de souvenirs, chaque silence, d’absence.

Une larme échappa à Illya. Elle ne pleurait pas seulement le départ de Kayla. Elle pleurait la fin d’un chapitre : celui qu’elles avaient construit malgré l’amnésie, la peur et la vérité. Un chapitre de maladresses, de rires étouffés, de nuits veillées en secret.

Dehors, le vent soufflait sur les pavés, triste. Illya essuya une nouvelle larme, puis regarda la porte qui se refermait. Doucement, elle dit :

— Que les étoiles te guident, ma plus ancienne amie…

Puis, elle recula.

La maison l’avala, refermant sur elle un cocon de silence. Assise près de la table encore chaude du petit-déjeuner, Illya laissa son esprit s’envoler vers celle qui l’avait accompagnée dans son enfance, vers celle qu’elle avait toujours protégée.

Et, profondément, elle pria pour que leurs chemins se recroisent avant qu’il ne soit trop tard.

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