ALEC
Merde alors, Elena a bien changé, et cette petite peste le sait vu son sourire. Où est passé la gamine aux airs de garçon manqué ? Si c’était pas Elena, j’avoue que je pourrais la trouver carrément canon. Heureusement que Harry est trop pris par l’excitation de retrouver sa petite sœur chérie sinon je crois pas qu’il aurait apprécié ma façon de la reluquer. J’avoue, l’espace d’un instant j’ai pas pu m’en empêcher mais il a suffit qu’elle ouvre la bouche pour que je me rappel à qui j’ai affaire.
— Alec, t'as l'air d'avoir vu un fantôme. Tout va bien ?
Son ton doux, ne me trompera pas. Je sais que dans le fond elle a remarqué que je l’avais maté et là, elle se fou bien de ma gueule. La peste. Je me marre intérieurement toutefois, les joutes verbales avec Elena ont toujours été rafraîchissantes. N’en déplaise à mon pote, il est hors de question que je la laisse gagner.
— Bien sûr "chaton". T'as pas trop changé, on dirait.
— Toujours la même tête à claques, à ce que je vois siffle-t-elle.
Harry se marre. Quel traître, à peine deux minutes qu’elle est arrivée et il se rallie déjà à elle. Pourquoi suis-je étonné au juste ?
— Ah, ça fait du bien de te voir à nouveau parmi nous Elena ! Personne n’est capable de remettre notre chère Alec à sa place comme toi ! Allez, viens, on va te faire visiter.
Il me fait signe de prendre sa valise tandis qu’il s’arrête à la cuisine poser les bières et les pizzas. Je me tourne vers Elena, sachant déjà comment la faire réagir.
— Après toi "chaton", et j’insiste bien sur le dernier mot, je sais qu’elle déteste ce surnom. J’ai jamais compris pourquoi. Enfin, c’est peut-être juste parce que c’est moi qui lui ais donné.
— "Chaton" ?! Tu comptes m'appeler "chaton" encore longtemps ? C'était déjà pathétique quand j'avais dix ans, alors maintenant…
Bingo ! En plein dans le mille. Je suis obligé de me mordre les lèvres pour m’empêcher de rire. Elle réagit toujours au quart de tour lorsque je la taquine. Manque de bol pour elle, son petit air grognon ne fait qu’attiser mon désir de l’agacer davantage.
— Ah, mais c'est justement pour ça que j'adore ça. Te voir sortir les griffes, c'est exactement ce qui me fait kiffer, "chaton".
Je lui adresse en prime mon plus beau sourire. Je suis de maximiser ainsi sa colère et ça ne manque pas. Elle fronce ses sourcils et me toise avec mépris avant de tourner les talons et de suivre son frère, me laissant planté là.
Je l’observe faire le tour du propriétaire. L’appartement n’est pas bien grand et il est même un peu vieillot. Pour être plus claire, il ne fait pas rêver. Pourtant, Elena ne fait aucune remarque. Elle semble même plutôt ravie. Au moins un bon point pour elle, elle ne paraît pas exigeante. Je crois que Harry s’est stressé pour rien.
— J’ai fait quelques courses avant ton arrivée mais on pourra ressortir si tu as des envies particulières. Il y a une petite supérette pas loin et au besoin j’ai une voiture.
— C’est gentil Harry mais ne te prends pas la tête je ferais avec ce qu’il y a. On reparlera ensuite de l’organisation pour les courses et le ménage. Je ferais ma part.
Harry s’avance vers ce que je sais être sa chambre et j’attends de voir sa réaction. Même Harry appréhende. Ça se voit à la façon dont il se gratte la nuque en parlant, un vieux tique dont il a du mal à se débarrasser. Il pousse la porte afin de la laisser prendre connaissance des lieux.
— Et voilà, mademoiselle ! C'est pas Versailles, mais c'est chez toi.
Elena s'avance dans la pièce et promène un regard scrutateur sur chaque recoin. C’est une pièce minuscule mais, malgré ses dimensions modestes, Harry est tout de même parvenu à faire quelque chose de correct. Quoi qu’il en soit, ça reste très spartiate, c’est pas une chambre de princesse. Fort heureusement, si Elena a changé et est devenue beaucoup plus féminine de par ses formes, il est évident qu’elle ne s’est pas non plus transformée en diva. Tant mieux, je suis pas sûr que j’aurais pu supporter. Je préfère le garçon manqué. Le mobilier est ici réduit à l'essentiel : un petit lit adossé au mur, quelques étagères murales pour ses livres et une vieille commode en bois, légèrement bancale pour ses fringues. D’ailleurs, je viens juste de remarqué qu’elle voyage léger, bizarre.
— C'est parfait, Harry. Ça fait même un peu... cosy, j’aime beaucoup
— Je sais que c'est tout petit et d'ailleurs il n'y avait pas la place pour un bureau. J'ai pas réussi à faire mieux, j'suis vraiment désolé.
— Faut dire qu'à la base, cet appartement, il est fait pour deux, pas pour trois. Ici, c'était... la buanderie, j’ajoute avec un sourire sarcastique alors que Harry me fusille du regard. Clairement, ma remarque ne lui a pas plus. Il est vrai que je manque de tact parfois. Son regard descend. Ok, je crois qu’il est temps que j’aille me mettre quelque chose sur le dos. Je les laisse quelques minutes et lorsque je reviens, Elena essaie de rassurer son frère.
— Fais pas cette tête, je m'en moque complètement que ce soit une ancienne buanderie. Du moment que j'ai un endroit propre et… calme où dormir, ça me va. L’important, c’est qu’on soit ensemble… Et puis, t'inquiète, tu verras que j'suis pas compliquée.
Pas compliqué ? Non, en effet, elle n’a pas l’air. Mais je ne parierai sur le fait qu’elle soit douce et gentille. En tout cas, pas avec moi. Du moment qu’elle ne soit pas capricieuse, je m’en contenterai. Et puis, finalement c’est sympa de la retrouver. Harry est aux anges, et ça pourrait être distrayant de la taquiner.
— La chambre d'à côté, c'est la mienne. Et pour info, les murs sont fins comme du papier. Donc, investis direct dans des boules Kies si tu veux pas que je te rende folle. Parce que j’te le dis tout de suite, je dors rarement seul, et elles sont pas toujours… discrètes.
— Oh, notre petit Alec a bien grandi alors, tu es devenu un homme ?! Me répond-t-elle sur un ton sarcastique. Non, sérieusement, tu crois vraiment être le seul à avoir une vie sexuelle ? Peut-être que toi aussi tu devrais investir dans des boules Kies. Tu sais… conseil d’amie…
Harry, qui nous observe semble commencer à s’agacer de notre petit jeu. Je le vois s’absenter pour aller à la cuisine. Je propose à Elena de me suivre au salon, ce qu’elle fait en me passant devant afin de s’octroyer la meilleure place sur le canapé. Elle me cherche, c’est sûr, mais si je veux pas mettre mon pote encore plus en colère il va falloir que je prenne sur moi. Au moins pour le moment. J’en profite donc pour lancer un vinyle, un vieux groupe de rock que j’affectionne beaucoup : les red hot chili peppers.
Harry revient et prend place à nos côtés. Il ouvre une bouteille pour chacun de nous. Il affiche un sourire niais qui ne trompe personne. Il est sur un petit nuage et je sais pourquoi. Même s’il ne me l’a jamais dis directement, Elena lui a beaucoup manqué. Même si dix ans sont passés, en la retrouvant aujourd’hui, on a l’impression que c’est comme si c’était hier. Elena a toujours ce foutu caractère et sa langue bien pendue. Elle ne laisse personne lui marcher sur les pieds, pas même moi. Cette nouvelle année promet d'être sympa. Enfin c’est c’est ce que je pensais jusqu’à ce que Harry prenne la parole.
— Bon, maintenant qu'Elena est officiellement dans la coloc', va peut-être falloir calmer un peu les allées et venues dans cet appart. Sinon, ça pourrait vite devenir... bizarre
— T'es sérieux ? Depuis quand ça pose problème ? Je m’agace en sentant la suite venir.
— Moi, je m'en fiche. Ramenez qui vous voulez, hein, filles, garçons... on est là pour vivre, après tout et j’ai jamais jugé les gens. Dit-elle avant d’avaler une gorgée de sa bière.
J’hoche la tête avec vigueur, approuvant tout à fait son point de vue. Merci "chaton". Je me dis qu’à deux, on va gagner cette bataille, mais quand je me tourne vers Harry, je comprends que ça va être compliqué. Il esquissa un sourire indulgent en direction de sa sœur, une petite étincelle protectrice dans le regard.
— Peut-être, Sparky, mais c'est moi que ça gêne un peu... Pour moi, tu restes encore la gamine de douze ans qui regardait pas les mecs. J'vais m'y faire, mais pas tout de suite s'te plaît.
— Très bien, c'est ton appart, tes règles, soupire Elena. Elle lève sa bière pour sceller l’accord tandis que je grogne exaspéré.
— Génial. Manquait plus que ça.
— Eh bien, tu devrais t'estimer chanceux, ça te laissera plus de temps pour les études... parce que j'imagine que t'es pas premier de la classe, hein ? J’y crois pas, en plus, elle se fou de ma gueule. Mauvaise pioche fillette, en plus d’avoir un corps apollon, j’ai une tête bien faite.
— Pour ta gouverne, ma chère, le physique n'est pas mon seul atout ! D'ailleurs, Harry m'a dit que tu faisais du droit, non ? Sache que j'suis ton aîné et que j'suis plutôt doué. Il se pourrait qu'à l'avenir tu aies besoin d'un p'tit coup de main... Alors, va falloir être gentille avec moi... "chaton"! J’insiste sur ce surnom magique avec un sourire narquois, et je savoure son petit effet à chaque fois.
— Gentille ? Avec toi ? Rêve pas trop, mon vieux. Comme si j'avais besoin d'aide, sérieusement. Non seulement j'suis sexy, mais en plus, j'ai un cerveau. Alors va pas te croire indispensable, "niño"! Réplique-t-elle du tac au tac dans une attitude de défi.
Harry, enfoncé dans le canapé, nous observe en sirotant sa bière. Cette scène a quelque chose de familier qui finalement, je dois bien l’admettre, me réchauffe le cœur à moi aussi. L’impression que la famille est à nouveau réunie comme comme un vieux puzzle dont les pièces s'emboîtent enfin, comme si nos vies n’avaient jamais été dévastées.