ALEC
Bien malgré moi, j’ai dû lever le pied sur mes séances avec Elena. J’ai repris le chemin de la piscine et des entraînements intensifs. Je fais parti du relais 4 nages, c’est pas comme si mon relâchement ne les impactait pas. Je suis spécialiste du 100m papillon et il n’y a malheureusement personne de mon niveau pour pouvoir me remplacer cette année. Pour un certain nombre d’entre nous, c’est notre dernier championnat, ils n’auront pas d’autres chances de médailles. On est resté aux marches du podium l’an passée et cette année l’équipe est à son plus haut niveau. Moi, perso je m’en fou pas mal. J’ai d’autres projets et pour ces derniers, mes séances avec Elena sont beaucoup plus importantes. Et puis, si je suis vraiment honnête, j’apprécie vraiment nos joutes physiques. Elles sont presque aussi intenses que nos joutes verbales. Quand je suis avec elle, je me sens libre d’être moi-même. Il n’y a que Harry qui m’a fait ressentir ça, à la différence qu’Elena ne pose jamais de questions indélicates. J’ai l’impression qu’on se comprend sans même parler. Nos séances me manquent terriblement. Quand je lui ai expliqué la situation, elle a juste acquiescé en me souhaitant bonne chance. Elle était totalement indifférente au fait que nos petites séances prenne fin, contrairement à moi. Ça m’a plutôt vexé. Je croyais qu’elle aussi avait finis par les apprécier… Il faut croire que j’ai pris mes désirs pour la réalité.
Me voici donc à nouveau dans les vestiaires du club tous les jours de cette putain de semaine. Au moins, je retrouve mes amis dans l’eau et surtout Harry. On s’était un peu éloigné ces derniers temps et il m’a grave manqué. L’entraîneur a décidé de me faire payer mes absences et me fait bouffer du renforcement musculaire et du cardio à gogo. La dernière fois j’ai dû m’arrêter pour aller aux chiottes vomir mes tripes. Depuis, il s’est un calmé, tant mieux parce que je commençais à regretter mon choix. Aujourd’hui, c’était plus tranquille, on a surtout travaillé la technique. J’aime nager, surtout le papillon. C’est une nage difficile mais tellement belle. Et puis, elle impressionne toujours les filles. Je crois que c’est pour ça que je l’ai perfectionné plus jeune. Elena disait qu’elle avait l’impression de me voir voler à la surface de l’eau. Je trouvais l’image plaisante.
Un casier se referme un peu violemment et me sort de mes pensées. Je lève la tête vers Axel, qui semble en pétard. Je crois que sa relation avec Becky prend l’eau, mais il veut pas en parler. Quoi qu’il en soit, j’ai l’impression qu’il a pris ses distances avec moi. Ça me les brise, j’aime bien Axel. Cependant, tout le monde fait des choix et je crois qu’il a choisi Becky alors qu’elle m’aurait bien choisi moi. J’ai vu comment elle m’a regardé à la dernière compète et je suis pas le seul.
Harry me donne un léger coup de coude et me désigne Lucas d’un hochement de tête.
— T’as encore mis ton t-shirt à l’envers Lucas , se marre Harry.
— Merde. J’avais pas vu.
Il est gêné, c’est mignon. Cet idiot a la tête ailleurs depuis un moment et j’ai ma petite idée sur le pourquoi. Harry s’en amuse.
— Ouais, ça devient une habitude on dirait. C’est mignon de te voir comme ça.
Harry aussi a remarqué que Lucas en pince pour Elena.
— Eh, Lucas, lançais-je, c'est moi ou Elena t’a retourné la tête ? On dirait qu’on t’a jeté un sort mon vieux.
Le visage de Lucas change de couleur, prenant une teinte rouge vif. Il sait à quel point Harry peut se montrer protecteur envers Elena et il craint sans doute que son crush pour elle ne les éloigne. Ils se connaissaient depuis sa première année à l’université et leur amitié est importante pour lui. Harry est important pour tous ceux qui apprennent à le connaître. C’est un mec géniale, c’est mon meilleur ami. Il est comme mon frère.
— Quoi ? Non, pas du tout, je veux dire... elle est sympa, mais c'est tout, balbutie Lucas en rougissant encore davantage.
Je me marre et parce que je suis comme dirait Elena un p’tit con, j’en rajoute une couche.
— Oh, elle est "sympa", hein ? Répétais-je en accentuant volontairement sur le mot"sympa". Mon pauvre Lucas, et tu crois qu'on va gober ton bobard ? A d'autres. Avoue que t'en pinces grave pour elle, mec.
Lucas jette un regard avec plein d’appréhension à Harry, qui ne semble absolument pas s’agacer de la situation. Il doit sentir qu’il n’y a pas de danger. Elena n’a jamais montré pour Lucas un intérêt autre qu’amicale. Et puis, je crois que Suzanne en pince pour Lucas et je connais suffisamment Elena pour savoir qu’elle ne sortirait pas avec un mec pour lequel une amie a des sentiments. Moi non plus d’ailleurs. Axel semble-t-il lui ne l’a pas compris. Je ne le montre pas, mais ça me blesse qu’il me voit ainsi, Alec le gros connard qui saute tout ce qui bouge sans état d’âme. Merde ! C’est vrai que j’ai couché avec un paquet de nanas, mais elles sont toujours consentantes et jamais maqué !
— C'est vrai Lucas, t'as pas l'impression de poser un peu trop de questions sur ma sœur ces derniers temps ? Tu nous feras pas croire que c'est juste parce que tu la trouves sympa.
Lucas bredouille quelque chose d'inintelligible, cherchant à fuir la conversation, mais son teint cramoisi le trahit. Sa réaction m’amuse et je me penche vers lui avec une tape sur l'épaule.
— Mec, relax. T'as qu'à l'admettre. De toute façon, c'est écrit sur ta tronche.
Greg, un nageur que j’apprécie pas trop, s’invite dans notre conversation.
— Franchement, Lucas, personne ne viendrait te jeter la pierre. C’est difficile de pas craquer pour elle. Elena, est carrément canon. Perso je la mettrais bien dans mon lit. Surtout qu'elle paraît plutôt libre comme fille.
Ouais, Greg, lui c’est un connard qui n’a aucun scrupule avec les filles. Je l’aime pas et Harry non plus. Mon pote se fige, essayant de contenir toute la colère qui monte en lui. Il tourne lentement la tête vers Greg, son regard passe de rieur à glacial en un instant.
— C'est de ma sœur que tu parles, Greg. Garde tes commentaires débiles pour toi si tu veux pas que je te refasse le portrait façon Picasso.
— Ok, ok, du calme, mec. Pas besoin de se prendre la tête pour ça détends-toi, s’exclame-t-il avant de se barrer en marmonnant. Ce connard est vexé ? Tant mieux, on parle pas comme ça d’Elena. Si Harry ne l’avait pas remis à sa place, c’est moi qui m’en serais chargé. Ce type parle mal des filles. Il les considère comme des objets dont il profite égoïstement. Exactement l’inverse de nous.
Lucas, toujours figé, ose un regard en coin vers Harry dont la mâchoire était encore crispée par la colère. Lucas n’aime pas les conflits. Il est pas du genre trouillard, on s’est déjà battu côte à côte une fois, mais quand c’est avec des personnes qu’on fréquente, il cherche toujours à apaiser les choses. C’est une qualité que j’apprécie chez lui en générale. Sauf que là, il n’y a aucun compromis possible. Greg ne parle pas comme ça d’Elena, un point c’est tout. J’essaie de chasser ce ressentiment qui me donne envie de frapper quelqu’un pour me concentrer sur Lucas. Je l’aime beaucoup et ses sentiments vont finir par le blesser, il faudrait peut-être le mettre en garde avant qu’il n’en souffre davantage.
— Bref, quoi qu'il en soit, si tu veux un conseil d'ami, tu devrais laisser tomber avant de te faire mal. Elena, c'est pas le genre de fille auquel tu devrais t'intéresser. Toi, t'es du genre à vouloir une relation romantique avec elle, il n’y a qu’à voir ta réaction quand elle est là où qu’on parle d’elle, mais je t'arrête tout de suite, c'est pas ce que recherche Elena.
J’ai l’impression d’être un gros connard en voyant l’expression blessée de Lucas, mais c’est la vérité. Elena et moi, nous nous ressemblons beaucoup et je sais qu’elle n’a absolument pas l’intention de s’engager dans une relation sérieuse avec quelqu’un.
— Et pourquoi pas, Alec ? Si ça se trouve si Elena s'est pas posé c'est juste parce qu'elle a pas rencontré le bon. Lucas et elle ça pourrait très bien marcher, le défend Harry. J’y comprends plus rien, et surtout, les propos d’Harry me blessent moi.
— Je pense pas mais, attend une seconde. Je croyais que t'avais une règle, pas de potes avec ta sœur. À moins que ça ne s'applique qu'à moi, ça ?
Harry plante ses yeux dans les miens.
— Ça dépend de quel pote il s’agit Alec. Soyons sérieux, toi, t'apporterais rien de bon à Elena.
Ouch ! Celle-ci je ne m’y attendais pas. À croire que c’est ma fête aujourd’hui. Que Axel, ou d’autres gars, me prennent pour un salaud me blesse bien sûr, mais que Harry me voit comme ça… La tension monte dans les vestiaires. J’attends, espérant qu’il se rende compte de ce qu’il vient de dire.
— C'est toujours bon à savoir que moi, ton meilleur ami, tu ne m'estimes pas assez bien pour ta sœur. Heureusement qu'il n'y a rien entre elle et moi, sinon je serais dans la merde.
Je vois Harry pincer ses lèvres. Il ne semble pas à l’aise mais, même là, il ne s’excuse toujours pas. Je sais qu’en dessous la surface, c’est pas beau à voir, qu’il y a un monstre hideux et Harry le sait aussi. Il s’est toujours montré bienveillant et rassurant. J’ai presque finis par le croire… On dirait que lui ne croyais pas vraiment à ses propres paroles. Putain ce que ça fait mal ! Je serre les mâchoires pour m’empêcher de dire ce que je pense. C’est impossible pour moi de faire comme si ce qu’il vient de dire ne m’atteignait pas. Sans dire un mot de plus je quitte les vestiaires, sans un regard pour Harry. Certes, il n’y a rien entre moi et Elena, et je n’ai aucune intention de faire évoluer notre relation en ce sens mais, la réaction d’Harry m’a profondément blessé. Jamais ce dernier n’avait pris ainsi position contre moi pour quelqu’un d’autre. Peut-être finalement qu’Harry ne tenait pas autant que moi à notre amitié, et cela me met hors de moi.
Ma relation avec Harry ne s’est pas arrangée les jours suivant. Nous nous parlons peu ou pour échanger des banalités. Elena a essayé de me cuisiner pour savoir ce qu’il se passait, en vain. C’est pas son genre de s’occuper des affaires des autres, c’est que ça doit l’inquiéter. Comment lui dire qu’elle est la source de notre dispute ? Je sais que ça la blesserait, ou peut-être que je l’espère ? Dans le fond, peut-être qu’au moins ça signifierait que je compte pour quelqu’un. Je suis un idiot, ce qui l’inquiète c’est les répercutions de notre dispute sur Harry. Si elle est revenue ici, c’est pour lui, pas pour moi. Dans le fond, on est toujours seul et on ne peut compter que sur soi-même. Ça fait tellement mal.