ELENA
Suzanne est époustouflante ce soir. Ça n’a pas été facile de la convaincre de porter ces affaires. Le pantalon slim noir met parfaitement ses jambes en valeur et son haut dévoile juste ce qu’il faut de sa poitrine pour attirer le regard sans paraître vulgaire. Je me suis chargée également de son maquillage. Un effet smoky eyes et un rouge lumineux rappelant la couleur de sa chevelure. J’en suis sûre, ce soir, Suzanne fera tourner les têtes et j’espère qu’elle reprendra enfin confiance en elle. Lucas est un idiot de ne pas voir à quel point elle est formidable. Je suis sûre qu’il s’en rendra compte un jour ou l’autre, et si ce n’est pas le cas, un autre le fera et ce sera tant pis pour lui.
Nous sommes parvenues à rentrer dans la boîte de nuit sans trop de difficultés. La musique vibre tellement fort que je la sens jusque dans mon corps. Je jette quelques coups d’œil rapide autour de moi, il y a quelques spécimens intéressant.
— Il y a du monde ce soir…
Suzanne flippe un peu. C’est pas dans ses habitudes de venir se trémousser sur la piste de danse. Elle préfère les petits commités ou les soirées séries netflix. C’est une vraie geek, totalement l’opposé de Jule sur ce point là. Je la rassure comme je peux, il est hors de question que je la laisse retourner dans sa grotte comme ça.
— Ce sera d’autant plus de mecs à tes pieds Suzie, lâchais-je avec malice.
— Je ne sais pas, je ne suis pas à l’aise avec ça.
— Tu n’es obligée de rien. C’est juste une soirée où on va se déhancher sur la piste de danse en toute liberté. Si un mec te plaît, tu es libre de finir la soirée avec lui, ou pas. Je veux juste que tu profites, que tu puisses le temps d’un soir te voir différemment, prendre conscience de tes charmes. Tu as vu comment le videur à l’entrée t’a maté ?
Elle rougit.
— Mmh, j’imagine que tu as pas tout à fait tord, mais c’est juste parce que je porte des vêtements aguicheurs.
— Suzanne, les vêtements mettent en valeur ton corps, mais ce qui est important, c’est ce que tu dégages toi. Le message que tu envoies implicitement dans tes gestes et ton regard. Tu serais belle même avec une tenue simple. Si les mecs habituellement ne te remarquent pas c’est parce qu’une part de toi manque de confiance en toi. Tu as tendance à te transformer en souris dès qu’un membre de la gente masculine s’approche. Enfin, sauf Lucas, mais ça compte pas.
— Tu as raison. Ça n’a pas toujours été ainsi tu sais ?
Le visage si lumineux de Suzanne habituellement s’assombrit. Son corps frissonne presque imperceptiblement. Je vois bien que j’ai touché une corde sensible.
— Et si un des gars se montre un peu trop entreprenant… Enfin je veux dire, vu ce que je porte, il va croire que…
Je la coupe tout de suite.
— Nous ne sommes pas des animaux Suzie. Ce que tu portes ne leur donne aucun droit sur toi. L’important c’est que tu sois claire sur tes intentions. Un non reste un non.
Elle hoche la tête, mais je vois bien qu’elle n’est toujours pas rassurée. Je me demande ce qui a pu lui arriver pour qu’elle se referme ainsi sur elle-même.
— Le premier qui se comporte mal avec toi j’en fais mon affaire, et crois moi, il sera pas prêt de recommencer.
Je la sens se détendre un peu et je me dis qu’un verre serait une bonne idée pour commencer la soirée.
— Viens, c’est moi qui paie la première tournée.
Alors que je pousse Suzanne vers le bar pour nous commander un verre, je reconnais, affalé dans un coin, un petit groupe de fêtards. Et merde ! Il fallait que je tombe sur Harry, Alec et ses potes. Ils sont posés autour d’une table en charmante compagnie et semblent déjà un peu éméchés. On dirait qu’ils ne nous ont pas encore remarqué et c’est tant mieux. Si Harry me vois, je suis sûre qu’il fera tout pour empêcher les mecs de m’approcher. Heureusement pour moi, il semble bien trop accaparé à rouler des pelles à la nana qui l’accompagne. Alec et Lucas semblent bien entourés eux aussi et ce n’est clairement pas un spectacle que Suzanne a envie de voir. J’aurais peut-être dû prévenir Alec de l’endroit où nous comptions sortir. Ça nous aurait éviter cette déconvenue. Après tout, il semblait disposé à me rendre service en devenant mon complice. Je sourie bêtement à cette pensée. Si on m’avait dit qu’Alec pourrait devenir mon complice pour échapper à la garde rapproché d’Harry, j’aurais bien ri.
J’essaie de forcer Suzanne à avancer plus vite, mais c’est peine perdue. Elle a les yeux rivés sur Lucas et la tristesse que je lis dans son regard me peine. Je cherche les mots pour la soulager.
— Il ne mérite pas que tu gâches ta soirée pour lui, Suzie...
Suzanne fronce les sourcils et prend une grande inspiration.
— Un de perdu, dix de retrouvé. Peut-être que tu as raison et que je devrais me laissé aller. Profiter au moins de cette soirée.
Je lui sourie. Suzanne et moi avons toutes les deux besoin de nous lâcher. Suzanne et moi… deux amies qui sortent ensemble de façon insouciante pour profiter de la vie… Il me semble que c’était hier que je sortais ainsi draguer avec Jule.
Des souvenirs m’assaillent. Je ferme les yeux un instant pour les repousser. J’ai toujours eu une vie sexuelle épanouie et assumée. Cependant, en ce moment, plus encore qu’avant, j’en ai besoin. J’ai besoin de me sentir vivante, de sentir cette excitation grandir et exploser en feu d’artifice. C’est un moyen pour moi de faire le vide dans mon cœur et dans mon esprit, un moyen pour chasser les démons qui me terrorisent chaque nuit, un moyen d’oublier ma mère, Jule et la culpabilité qui m’habite depuis ces nombreuses années. Rien que de penser à tout cela, je sens le barrage en moi se craqueler. Je respire profondément pour reconsolider cette barrière mentalement, et lorsque j’ouvre à nouveau les yeux, Suzanne me regarde, inquiète.
— Ça va ?
C’est moi qui suis sensée prendre soin d’elle aujourd’hui. Je suis une amie pitoyable… Je replace le masque et je sourie l’air de rien.
— Bien sûr que ça va ! Ça va toujours !
D'un geste rapide, j’attrape le bras de Suzanne et la tire dans une direction opposée avant que les garçons ne nous remarquent.
— Cassons-nous avant que Harry ne se rendent compte de ma présence.
Suzanne se marre et hâte le pas vers la piste de danse à l’opposée de là où les garçons passent leur soirée.
ALEC
Ça faisait bien trop longtemps que je n’avais pas vu Harry se lâcher comme ça. Depuis que Elena est revenu, c’est comme s’il s’imposait un code de conduite et même si j’aime beaucoup Elena je suis content de retrouver mon pote. Attends, qu’est-ce que je viens de dire ? J’aime beaucoup Elena ? Et merde, c’est ce que j’ai dis. Bah en même temps, comment ne pas apprécier ce petit "chaton" ? C’est vraiment amusant de la voir sortir les griffes, et puis plus je passe du temps avec elle et plus je la trouve cool. J’espère juste qu’elle ne brisera plus le cœur de mon pote. Je ne pourrais pas lui pardonner. Ce dernier en tout cas est occupé avec une charmante demoiselle. Elle est plutôt mignonne mais pas autant que sa copine. J’ai une nette préférence pour les blonde et Becky est tout à fait mon genre.
Nous passons une bonne soirée, la musique est plaisante, la compagnie est bonne et la bière globalement potable et surtout pas cher. Le combo parfait pour des étudiants comme nous avec un portefeuille limité. Axel reste le plus pingre de nous et pourtant, c’est pas le plus à plaindre. Heureusement qu’il a d’autres qualités.
— Harry, c’est à toi de payer ta tournée !
Il ne lui répond pas, bien trop occupé avec Sacha.
Lucas se marre.
— Je crois qu’il t’entend pas.
— C’est à force de se branler. La masturbation rend sourd à qu’il paraît, en rajoute Axel.
Harry lève son majeur dans sa direction sans même lui adresser un regard.
— Te moque pas, m’interposais-je. Le pauvre a fait vœux d’abstinence à l’appart depuis le retour de sa sœur.
Et il m’a aussi entraîné avec lui, mais ça je ne le dis pas.
— Dure ! C’est pour ça que je serais jamais en colocation avec une petite sœur.
— Ça devrait pas être trop difficile pour toi vu que t’as pas de petite sœur, Axel, lui fais remarquer Lucas.
— C’est bien ce que je dis. Il affiche son plus beau sourire et hausse ses sourcils avec malice.
J’adore Axel. Il ne prend jamais rien au sérieux, c’est rafraîchissant.
— Et toi Alec ? Comment ça se passe la coloc avec la petite Elena ? Pas trop frustrant ?
Je fronce les sourcils, voyant déjà où il veut m’emmener.
— C’est qui Elena ? Demande Becky à mes côtés, le sourire crispé.
— C’est juste la petite sœur de Harry, je lui répond.
— Elle est gaulée comme un avion de chasse, réplique Axel.
Harry prend rapidement part à la conversation.
— Ouais, ma sœur est canon, mais vous n’avez pas intérêt à jouer avec elle. Elle est hors limite compris ?
Lucas semble soudain contrarié. Je crois bien qu’il en pince pour elle, mais je préfère ne pas m’en mêler. Je sais à quel point c’est un sujet sensible pour lui.
— Quel dommage, moi qui espérais pouvoir devenir ton beau-frère dans un avenir proche, s’exclame Axel plaçant sa main sur son cœur blessé. Comme si ce con avait un cœur…
— De toute façon, Elena ne daignerait même pas t’accorder un regard vu ta gueule, le charrie Harry.
Je rigole tout en me demandant quel est le genre de type qui plaie réellement à Elena. Comme elle n’a jamais ramené de mec à l’appart, je ne sais pas du tout à quoi ressemble ses conquêtes habituelles.
— Elena est comme une petite sœur pour toi aussi j’imagine ? Demande Becky.
Je ne suis pas dupe. Cette question est une manière d’évaluer si elle risque de lui faire de l’ombre. Non, Elena n’est clairement pas une petite sœur pour moi. Mais, je n’envisage absolument pas quoi que ce soit avec elle, je peux rassurer Becky sur ce point même si quelque part c’est peut-être un peu salaud de lui faire croire que quelque chose de sérieux est possible entre nous. Je n’ai aucune intention de me poser avec une fille, les nanas le savent et Becky aussi. C’est son problème si elle se ment à elle-même et souhaite s’accrocher à l’espoir qu’avec elle se sera différent.
— Elena n’est pas du tout mon genre, j’ai toujours préféré les blondes. Et comme Harry vient de le dire, elle est intouchable.
Elle me répond par un sourire satisfait en se lovant un peu plus contre moi. J’en profite pour relever son menton et embrasser ses lèvres. Axel interrompt notre baise.
— Bon, c’est pas tout ça, mais si Harry se bouge pas le cul, c’est à toi de t’y coller Alec.
Je m’écarte de Becky, qui me laisse faire avec réticences.
— Je reviens dans pas longtemps. Je paie cette tournée et on aura qu’à aller chez toi.
Elle se mord les lèvres avec sensualité. J’ai hâte de pouvoir me retrouver seul avec elle.
Je me relève et me tourne vers Harry.
— J’y vais, mais c’est toi qui paie gros ! Tu me dois bien ça.
Vu toutes les concessions que je fais pour lui depuis l’arrivée de la furie brune, il sait ce qu’il me dois. Il est vrai que depuis quelques temps, je n’ai pas vraiment l’impression de faire des sacrifices. Elena est une fille sympa, drôle et pas prise de tête. La colocation depuis son arrivée est devenu encore plus fun, mais ça Harry n’a pas besoin de le savoir. Je préfère qu’il croit me devoir encore quelque chose, même si évidemment je n’en profiterait pas vraiment. C’est juste amusant de le voir y croire. Il me tend son portefeuille sans ajouter la moindre objection.
En chemin pour rejoindre le bar et commander une nouvelle girafe de bière, je balaie machinalement la piste du regard. C’est là que je vois Elena danser : ses cheveux retombent en vagues sauvages sur ses épaules, un haut simple qui met en valeur sa poitrine généreuse. Son teint est naturellement hâlée. Une couleur de peau qu’elle tient de sa mère. Marie était une très belle femme aux traits légèrement hispaniques. Sa tenue est assez banale, rien de flashy par rapport aux autres nanas présentes ce soir. Mais son corps est à tomber. J’en sais quelque chose. Quand elle s’est frotté à moi l’autre soir, j’ai senti chacune de ses courbes et j’en ai perdu la tête. Rien que d’y repenser je commence à me sentir à l’étroit dans mon pantalon. Et merde, c’est pas le moment. Je n’arrive cependant pas à décrocher mon regard.Elena se déhanche avec sensualité, dégageant quelque chose de magnétique, d’envoûtant et je ne suis pas surpris de voir les hommes autour d’elle l’observer avec envie. Pourtant, ils n’osent pas l’approcher. C’est vrai qu’elle transpire l’assurance et ça peu en déstabiliser certains. Pas moi, si ce n’était pas Elena, j’aurais clairement été de ceux qui l’auraient dragué ce soir, même si elle est brune. J’aurais pu faire exception pour une femme comme elle. Mais qu’est-ce que je raconte, je deviens dingue. Je chasse ces pensées de mon esprit et jette un regard à Harry, comme par crainte qu’il ne lise dans mes pensées. Il n’a pas bougé et n’a toujours pas remarqué sa présence. Heureusement, je crois bien qu’il péterait un plomb en la voyant comme ça et notre soirée serait ruinée. Finalement, j’ai bien fais de me bouger chercher cette tournée. Il valait mieux que ce soit moi que lui. Je me dépêche de rejoindre le bar pour passer commande. Il y a du monde et je vais devoir patienter un peu. En me retournant pour chercher Elena du regard, je tombe sur Becky.
— Hey, tu mets un temps fou ! Je suis venue voir si tu avais besoin d'aide, minaude-t-elle en passant ses bras autour de ma taille.
— C'est rien, j'ai cru voir quelqu'un que je connaissais.
Elle me regarde avec une pointe de jalousie. Elle se demande si je vais la laisser tomber ce soir pour une autre, ça ne me plaît pas du tout mais je ne dis rien. Après-tout, demain nos chemins se sépareront et il n’y a aucune raison que je la recroise.
— Je commençais à avoir peur que tu ne te sois tourné vers une autre.
Au moins c’est honnête.
— Aucune chance princesse... J’ai pas changé d’avis. Je paie ma tournée et on décolle, je suis tout à toi pour la soirée.
Et voilà, au moins j’ai remis les choses au claire « pour la soirée ». Tu n’auras pas plus et tu n’auras pas à te plaindre que je t’ai fais des promesses en l’air. Je lui offrirais une nuit mémorable et des orgasmes multiples parce que je suis le genre de mec pour qui le plaisir de la femme est aussi important que le mien, mais ça s’arrête là.
Elle fait une petite moue déçue mais se love à nouveau dans mes bras. Elle a compris et elle est d’accord, c’est tout ce qui compte. Je resserre mes bras autour de sa taille.
— Il y a du monde ce soir, je crains qu’on attende un peu avant d’être servis.
— C’est pas grave, tant que je peux en profiter pour être avec toi, ça me va.
Je lui sourie avec sincérité. Becky a l’air d’une fille sympa et elle est plutôt intelligente. J’imagine que d’autres gars seraient ravis de pouvoir sortir avec elle et j’espère que le prochain sur qui elle jettera son dévolu saura répondre à ses sentiments. Je suis certes un coureur, mais je ne suis pas un salaud. J’aime les femmes, et je prend soin de chacune d’entre elle, juste le temps d’une nuit.