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Conte n° 22 – Les joueurs de headball d’Abalia

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article 466
Par Ewen

Le sport le plus pratiqué sur Abalia est le headball. Son principe est simple : deux équipes de neuf joueurs s’affrontent sur un terrain rectangulaire et doivent marquer le plus de points possible. Pour ce faire, ils disposent d’un ballon très léger, en baudruche, qu’ils n’ont le droit de toucher qu’avec la tête. Chaque équipe dispose d’un cerceau de 60 cm de diamètre, accroché verticalement à 2m50 de hauteur sur le mur situé au fond de leur camp. Si un joueur parvient à faire passer le ballon dans le cerceau de l’équipe adverse, un point est marqué. Il est interdit aux joueurs de toucher le ballon avec leurs mains, leurs pieds ou leur postérieur. Seul le gardien de cerceau peut toucher au ballon à l’aide de son postérieur.

Depuis plus de cent ans, le headball bénéficie d’une popularité toujours croissante à travers le monde, sur Abalia. Mais au cours des dix dernières années, ce sport connut une crise sans précédent : certains des plus grands clubs obtinrent le droit d’engager des androïdes intelligents au lieu de joueurs abaliens. Cette décision fut vivement contestée, tant par les joueurs que par les supporteurs. Mais hormis quelques représailles isolées, rien n’empêcha les hommes d’affaires auxquels ces clubs appartenaient d’imposer à leurs joueurs des coéquipiers robotiques. Ces derniers étaient en effet bien plus rentables : davantage d’endurance, une batterie autonome durant vingt heures en moyenne, beaucoup moins de fautes, pas d’émotion à canaliser… Il s’avéra que les androïdes étaient en outre bien meilleurs au headball que les Abaliens, puisqu’ils possédaient en mémoire des milliers de matches filmés ainsi que l’expérience technique et stratégique de dizaines de milliers de joueurs.

Au fil des ans, les plus grandes équipes se délestèrent donc peu à peu de tous leurs joueurs abaliens. Puis la coupe du monde de headball de 9198 se disputa presque exclusivement entre androïdes, les rares joueurs abaliens restant se retrouvant systématiquement sur le banc de touche. La victoire de l’équipe de Gance, qui devait réjouir des millions de Poivrauds et de Salots, ne fut pas célébrée par grand-monde.

Après l’événement, les supporters désertèrent les stades. L’audimat chuta si vite qu’aucune chaîne de télévision ne fut plus en mesure de diffuser le moindre match de headball. Les clubs firent faillite, et les androïdes furent revendus à une multinationale de restauration rapide, qui leur fait désormais prendre la place de serveurs ou d’agents d’entretien plutôt que celle de sportifs de haut niveau.

Aujourd’hui, le headball a trouvé un second souffle sur Abalia grâce aux clubs amateurs, dans lesquels joueurs et supporters ont retrouvé l’esprit de jeu, de compétition et de communauté que leur sport avait si rapidement perdu.

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