Dans la dimension Lucre, de nombreux meubles et objets du quotidien sont périssables, ou en tout cas sujets à une usure prématurée.
Ainsi, les poêles, les casseroles et les couverts de table les plus communs y sont généralement conçus dans des matériaux fragiles, limitant leur durée de vie à quelques mois. Les tables, les chaises et les sommiers deviennent de leur côté de moins en moins stables après une utilisation répétée. Tous ces meubles nécessitent, en conséquence, des pièces spécifiques pour être réparés ; seulement, ces mêmes pièces disparaissent du marché au bout d’un ou deux ans, lorsque parait une nouvelle gamme de ce type de mobilier. Sur les étagères, les livres les moins chers vieillissent eux aussi prématurément et tombent en miettes. Les libraires se sont alors mis à vendre de petites pelles et de petites balayettes pour entretenir les bibliothèques. Les CD et DVD ne peuvent quant à eux être lus qu’une dizaine de fois. Il est également commun que les miroirs et les fenêtres bon marché s’opacifient avec le temps. Suivant la même logique, les murs de nombreux logements à bas prix s’effritent, tandis que les carrelages se fissurent… Même les clés et les serrures finissent par casser.
Beaucoup d’autres objets du quotidien sont concernés par cette usure prématurée, comme les peignes et les brosses, les lampes ou encore les thermomètres. Mais, dans la dimension Lucre, les premiers objets à avoir été conçus pour être périssables furent… des bijoux ! L’idée germa dans l’esprit de deux frères joailliers, les frères Ménudier, dont les créations – pourtant de grande qualité – ne se vendaient pas. Ils eurent alors l’idée de baisser leurs prix, tout en rendant leurs bijoux facilement cassables (et non réparables, ou alors à un prix rédhibitoire). De cette manière, leur magasin accueillit une clientèle de plus en plus modeste, qui s’en voulait alors terriblement de devoir revenir si vite après avoir cassé un collier en or ou un bracelet de perles, et en rachetait un autre aussitôt. Leur commerce marchait si bien que les autres joailliers se virent obligés de faire appel à la justice pour concurrence déloyale. Et lorsque la justice mit son nez dans les affaires des frères Ménudier, ceux-ci se défendirent en affirmant que rien n’empêchait les autres joailliers de les imiter. Après tout, ils n’avaient fait que rendre leurs produits « consommables », au même titre que le pain des boulangers ou les chaussettes des vendeurs de chaussettes.
Cette remarque, largement médiatisée, ne tomba dans l’oreille d’aucun sourd. Tous les fabricants commencèrent alors à suivre cette idée. Tous, sauf les fabricants d’appareils électroniques : aucun ordinateur, aucun smartphone, aucun rasoir électrique ne fut sujet à l’obsolescence programmée, tant le respect de ces concepteurs pour le génie électrique était grand.